Warren Ellis – Autour de Push the Sky Away de Nick Cave & The Bad Seeds – Interview bonus Obsküre Magazine # 14

17 Mar 13 Warren Ellis – Autour de Push the Sky Away de Nick Cave & The Bad Seeds – Interview bonus Obsküre Magazine # 14

Retour sur l’album de Nick Cave & The Bad Seeds, Push the Sky away, avec Warren Ellis, devenu ces dernières années le véritable bras droit de Nick Cave. En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #14 (mars / avril 2013, en kiosques depuis le 8 mars).

Obsküre Magazine : J’aurais voulu savoir comment tu interprètes le titre de ce disque, Push the Sky away ?
Warren Ellis : Je ne sais pas (rires). C’est une image très évocatrice. Cela a à voir avec le fait de passer au travers des choses et continuer. Pour moi, c’est lié à la perte. Repousser les choses et les surmonter.

En termes de composition, dirais-tu que ces chansons naissent de la confrontation des visions de chaque musicien ou est-ce que tout part de Nick Cave dès le départ ?
Les paroles viennent toujours de Nick, c’est sa vision. Musicalement, c’est vraiment un travail de groupe. Tous les Bad Seeds s’impliquent pour savoir ce à quoi tu veux que le morceau ressemble et surtout ce à quoi tu ne veux pas qu’il ressemble. Savoir ce que tu ne veux pas, c’est le principal. Quand tu te retrouves avec un groupe qui est resté depuis si longtemps ensemble, tu reviens toujours avec des choses que tu connais déjà. Selon moi, en termes de son, le sentiment est très différent de tout ce que nous avons fait par le passé.

On peut entendre des drones, des samples. Est-ce que cela a été un album plus électronique en termes de production ?
Oui, nous essayons toujours de trouver de nouvelles façons de créer les textures des chansons. Nous voulions nous éloigner du rock’n’roll, c’est pour cela qu’il y a si peu de guitares sur l’album. En studio, tu te dis souvent « on devrait mettre de la guitare ici ou du piano là », mais c’est souvent la chose qu’il ne faut pas faire parce que c’est un réflexe. Il faut juste en être conscient. Pour moi, cet album sonne très frais. Je l’écoute encore et je le trouve toujours surprenant. Cela me parle.

Chaque son est à sa place, c’est très raffiné.
C’est contrôlé. Mais il y a aussi beaucoup de choses étranges qui s’y passent, cachées derrière ce contrôle. C’est très alchimique.

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Quels sont les titres qui te sont les plus proches ? Ceux dans lesquels tu t’es le plus impliqué ?
Question difficile. Je me sens vraiment connecté à l’album en tant qu’un tout. J’aime beaucoup « Jubilee Street » et « Higgs Boson Blues », « We No who U R » et « Push the Sky away ». Et « We Real Cool » aussi. J’ai des connexions très fortes avec ce disque, peut-être plus encore qu’avec les précédents.

Qui a assuré les voix féminines?
Il ya un choeur d’enfants à côté du studio à St-Rémy de Provence. Il y avait entre dix et douze enfants. Puis il y avait une fille anglaise que nous avions enregistrée pour The Proposition. Il se trouvait qu’elle était en vacances et elle est venue. Puis il y a eu deux autres personnes, des hommes, que nous ne connaissions pas pour faire les chœurs aussi. Ce ne sont pas des gens connus. Ce n’était pas des duets ou des choses comme ça. C’est vraiment un album de Nick Cave & the Bad Seeds.

J’ai cru que c’était des femmes mais c’était en fait des enfants.
On a un peu modifié leurs voix. Le mixage a été très intéressant car il y a énormément de pistes par morceaux. C’est surprenant de voir le nombre qu’il y a sur un morceau comme « Water’s Edge ». C’est massif. Le nombre de pistes était énorme pour « Higgs Boson Blues » ou « Jubilee Street ». Contrôler tout cela, c’est ce que nous avons essayé de faire.

Oui, cela contribue beaucoup à l’atmosphère.
Oui, et en faisant les soundtracks, nous nous sommes rendus compte qu’il y avait un espace à construire là dedans. Avec la basse ou avec autre chose. Il y a une clarté. Nous avons pu obtenir des choses que l’on n’obtient pas facilement avec un groupe. Mais c’est vraiment un album des Bad Seeds, un album de groupe, et c’est important. Martyn était là, et Jim, et Conway.

Vu que cela fait pas mal d’années que tu travailles avec Nick Cave, est-ce que tu commences à vraiment lui ressembler aujourd’hui, que ce soit dans ta vision de la musique et en termes artistiques?
Je n’en suis pas sûr mais je ne pourrais pas juger de cela. Je sais que quand nous nous sommes rencontrés, nous avions la même approche : à foncer dans les choses qui nous intéressent et les pousser le plus loin possible. Nick était incroyable en studio. Il dégage toujours cette énergie phénoménale. Il est presque en suractivité et c’est captivant de le regarder. C’est si addictif, aussi… Ce n’est que plus tard que nous avions vu que nous pourrions nous compléter et faire des soundtracks ensemble. Les faiblesses de l’un deviennent une force quand l’autre est présent. Nous sommes conscients aujourd’hui que nous pouvons faire des choses ensemble qui nous donnent un certain pouvoir, pour ce qui est de certains domaines. On m’a souvent fait remarquer, que quand on demande quelque chose, on répond la même chose en même temps, peut-être parce que cela fait longtemps que l’on travaille ensemble et que nous partageons nos goûts. Mais cela peut arriver que nous ayons une petit dispute, ou en tout cas que nous nous posions des questions. Dans notre relation, il y a toujours eu la possibilité de dire « non ça ne sonne pas comme il faut » ou « non, ce n’est pas comme ça qu’il faut faire ».

Pour ce qui est des thèmes, je ne sais pas si Nick en a parlé avec toi, mais le naturalisme et les personnages féminins sont très présents comme dans le titre « Mermaids ». On retrouve même une femme, qui plus est en tenue d’Eve, sur la pochette du disque. En a-t-il discuté avec toi?
Non, il n’en parle jamais en studio. Ce n’est pas qu’il n’y a pas le temps. Mais tu te retrouves en studio, et tu dois avoir confiance en l’autre, c’est pour cela que tu es dans un groupe. Tu ne sais pas si tu vas pouvoir produire quelque chose mais tu sais qu’en étant ensemble, cela risque de marcher. Je n’ai jamais posé de questions à Nick sur ce qu’il raconte dans les chansons. Je lui fais confiance. Je sais qu’il aime créer et avancer. C’est comme un voyage pour lui qui dure toute une vie. Il est un de ces rares auteurs qui écrit toujours sur les choses autour de lui à un moment précis. Il ne pourrait écrire aujourd’hui ce qu’il écrivait à vingt ou trente ans. Il s’est toujours engagé dans le processus d’écriture. C’est une des raisons pour lesquelles je ne lui ai jamais posé de questions. Je lui ai peut-être dit « j’aime bien ces images ou cette phrase »… Parfois, en studio, Nick partage ses doutes. Il nous demande si cela sonne correctement. Mais 99 % du temps, il fait ce qu’il aime et tout le monde respecte ça. Et j’ai l’impression que ça a toujours été comme ça.

Vous avez dû commencer les répétitions pour les prochains concerts. Est-ce que les vieux morceaux vont être réorchestrés pour coller avec cette veine plus mystérieuse des Bad Seeds?
Oui, nous allons jouer l’album et cela va nous indiquer les autres morceaux à jouer. Nous n’allons pas nous plus nous lancer dans une version électronique de « The Mercy Seat ». Nous allons aller où ça nous chante car il y a tellement de chansons, tant de matériau dans lequel on peut choisir… Le show représentera aussi bien le dernier album que les titres phares de la carrière du groupe.

Pour finir, j’ai vraiment ressenti les morceaux de ce nouvel album comme des sculptures construites à partir de toutes ces couches de son. Est-ce que toi même tu considères l’artiste comme un artisan?
L’artisan est quelqu’un qui travaille et qui construit. C’est comme un ouvrier, en Français. L’artisan est un terme trop poli pour le dire. La plupart du temps, je me sens plus comme un ouvrier.

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