Von Magnet – interview bonus Obsküre Magazine #11

01 Déc 12 Von Magnet – interview bonus Obsküre Magazine #11

Phil et Flore de Von Magnet offrent avec Archipielagos, leur nouvel album, un kaleidoscope auditif. Vingt-cinq années de musique sous ce nom et autant de moments d’échanges et d’expériences qui les ont grandis. En plus de l’article et de la chonique que nous leur avons consacré dans le numéro 11 d’Obsküre Magazine, voici un supplément dans lequel ils reviennent sur leurs dernières rencontres et leur cheminement au moment de la création du disque.

Obsküre Magazine : « Sin Gritos » est de l’ordre du rêve avant le démarrage de la deuxième partie du disque. Plus loin, « Inoxydable » marque un retour au calme, à la méditation introspective avant un partage lorsque le violon arrive. Il y a une volonté de rendre marquants les moments de passage, de frontières ?
Nous nous lassons vite, alors nous aimons casser les codes – du moins les nôtres – et ainsi nous permettre des ruptures, des vagues, des digressions/transgressions et des « sas » de passages. Plus contemplatifs et intérieurs, puis plus actifs au sens d’un processus de transe. Le cheminement au travers d’un disque se doit d’emprunter ces détours afin d’emmener l’auditeur dans un voyage heurté, « incidenté » et non linéaire.

Une autre question technique, puisque le processus est différent, sur le morceau « Quittez-vous ! » j’aime ce collage de nappes, comment a-t-il été travaillé ?
« Quittez-vous ! » est une relecture du morceau « La Centrale Magnétique » qui figurait sur l’album Computador. Le morceau original était structuré de plusieurs mouvements distincts, un essai plutôt lyrique. Peut-être fallait-il ce recul de vingt années pour oser le revisiter et le déstructurer. J’ai conservé les lignes mélodiques et rythmiques, désormais jouées par d’autres instruments, puis j’ai tout mélangé, chantant par exemple en épilogue le texte original du couplet. La nouvelle version est plus cinématographique, cette fois Flore reprend le rôle de
Maria Casarès, ce texte fétiche d’Orphée que nous avions utilisé dans l’album El Grito. Après toutes ces années consacrées à la création et à aller de l’avant, nous avons je crois enfin découvert cette liberté totale de pouvoir puiser dans notre propre répertoire et de nous auto-dévorer.

De quelle façon vos dernières expériences avec d’autres formations nourrissent-elles votre travail (« … as we already sampled you ») ? Le duo 2kilos &More que nous avons suivi sur Obsküre depuis quelques temps est une vraie rencontre pour vous deux…
Bien sûr, toutes nos aventures parallèles avec des compagnies de performance (Persona, Materia Prima, Underclouds, Entre Terre et Ciel) ou de théâtre (Flore dans la pièce Quai Ouest de J.M Koltès) ou avec d’autres groupes comme 2kilos&More, Picore ou Vuneny influent sur notre travail. Nous servons les projets qui nous sollicitent et nous y puisons de nouveaux souffles. Par cet échange nous évitons probablement de nous scléroser. Avec le duo 2kilos&More, c’est une belle histoire d’entrelacement. Séverine et Hugues sont devenus membres de Von Magnet, Flore et moi sommes guest singers pour eux et Lisa May leur artiste vidéo.

Et un travail avec Jan Fabre est-il envisageable ?
Non. Jan est un maître. Nous ne pouvons même pas imaginer pouvoir croiser son chemin. Lisa est à la fois membre de Von Magnet et de la compagnie Jan Fabre, c’est le seul lien.

Je ressens « Alma Muda » comme une élévation du fait du chant, mais aussi comme un morceau terrien, bloqué au sol du fait de la musique profonde (un peu à l’image du visuel de la pochette où je vois les restes d’un squelette, âme enfuie, corps exhumé). Quelles ont été tes sensations lors de l’enregistrement du chant ?
Bien sûr, il y a lorsque l’on chante une quête d’élévation et ce sentiment d’être « habité » d’un vertige qui ne nous appartient plus, particulièrement sur scène. Le plus difficile reste la capture de cette vibration insaisissable. Lors d’un enregistrement studio, c’est souvent avec la première prise, comme pour ce morceau, que l’on saisit cet instant. Admiratifs ou envieux peut-être des rituels des confréries, de la perte de soi du soufisme ou de la foi semi païenne des gitans, nous avons toujours « entre les lignes » cherché une forme de spiritualité ou du moins une identité culturelle qui pourrait être juste simplement « nôtre », et en ce sens, Von Magnet nous sert de vaisseau.

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