Virginie Despentes – Interview bonus OM#24

21 Juin 15 Virginie Despentes – Interview bonus OM#24

Le deuxième tome de Vernon Subutex, excellent dernier roman de Virginie Despentes, sort enfin en librairie, après une attente un peu plus longue que prévu. L’occasion pour nous de vous donner un petit bonus de l’interview de Virginie Despentes, parue dans Obsküre #24.

Vous avez expliqué dans diverses interviews que les séries télé vous avaient beaucoup influencée dans la conception de Vernon Subutex. C’est la multitude des points de vue, les flashback, le refus de toute linéarité, qui vous inspirent dans cette façon-là de raconter des histoires ?

Aucune de ces techniques ne sont propres aux séries télévisées, mais ce qui me plait des séries c’est que toutes les techniques narratives sont permises. Et ce qui caractérise la série, c’est qu’elle prend son temps – donc elle peut se rapprocher d’un personnage ou d’une situation, ou remonter l’histoire sur trois générations – tout est possible. Ça ramène d’une certaine façon à une époque de feuilletons. Mais ce qui m’a le plus fait réfléchir, c’est qu’autour de moi presque tout le monde regarde des mêmes séries, et qu’on est capable de plonger dans In Treatment, In the Flesh, Left Over, Mad Men, True Detective, Orange is the New Black ou Lost… c’est à dire qu’on s’adapte à n’importe quel type de narration, sans se poser aucune question. En tous cas je crois que si un jour on s’intéresse à notre civilisation, les séries sont aujourd’hui ce que le roman était au XIXe siècle.

Même à la rue, Vernon reste très dépendant de Facebook et des ordis. Quel regard portez-vous sur le fait que les réseaux sociaux et la communication virtuelle soient devenus une extension de nous-mêmes ? Vous exploitez ça très naturellement, en tant qu’écrivain.

Je passe mon temps sans surveillance sur un ordinateur… donc je passe mon temps sur Internet … ça me plaît, d’avoir un cerveau étendu. C’est une prothèse, comme dirait Preciado (N.D.L.R. : Beatriz Preciado, la philosophe espagnole à qui l’on doit Testojunkie) qui est géniale. J’ai connu une vie d’avant Internet, et l’information non mainstream était super difficile à obtenir. Je trouve qu’Internet a transformé les choses, par exemple sur le féminisme – aujourd’hui, si tu t’intéresses au féminisme, tu trouveras quasiment tous les textes et les références en faisant un tour sur Internet, et des endroits de débats, et des blogs passionnants… il n’y a plus besoin d’être adoubé par un éditeur, un rédac chef, des libraires… tu cherches et tu trouves tout ce qu’il te faut. Je trouve ça absolument génial.

Qu’avez-vous pensé de Soumission ?

Je ne l’ai pas lu. Je le lirai quand il sortira en poche. J’ai fait ça avec la plupart des romans de Michel Houellebecq, parce que ses romans hystérisent tellement les médias que c’est difficile de lire sereinement au moment où ça sort… mais je le lis toujours avec plaisir et grande curiosité – et chaque fois je suis ébahie quand je lis enfin le roman, tant l’impression qu’aucun article ne m’avait parlé de ce roman est désarmante.

 

VIRGINIE DESPENTES, série Vernon Subutex (Grasset, 2015)

 

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