Velvet Acid Christ – interview

10 Mar 13 Velvet Acid Christ – interview

Il faut laisser la parole à Bryan Erickson. Pas uniquement parce qu’il dirige l’un des plus importants projets electro indus ou venant de sortir un nouvel album salvateur et toxique ; mais aussi parce que, on pourra dire ce qu’on veut, il est sacrément loquace en interview ; et diablement singulier. Voici pour vous Velvet Acid Christ, flamboyant, énervé, passionné.

Estimes-tu que tes albums expérimentaux, Lust for Blood et The Art of breaking apart, ne te correspondent en fait pas vraiment, et qu’ils t’ont éloigné de l’essentiel ?
Bryan Erickson : Non, ils me correspondaient vraiment. C’est juste que le nouveau VAC, c’est moi et moi seul. Ça m’a permis d’affiner mes idées et de me concentrer davantage. Quand je travaille avec d’autres personnes, il y a du chaos, les idées fusent dans tous les sens.

Tu as écrit que Maldire relevait d’un son « indus/EBM métallique, sombre, brutal et enfiévré, que personne ne fait plus ». Cet album, alors, est né dans l’angoisse et la colère, d’un désir d’invoquer à nouveau des démons pour danser avec eux ?
Absolument. C’est fabuleux de mélanger disco et occultisme. Les démons sont heureux dans le mal et la concupiscence ; mais ils ne cessent jamais de penser. La stupidité, c’est pour les chrétiens. Nous, païens, devons nous hisser à un plus haut degré mental, même si nous sommes dans le péché. C’est ça, le problème avec beaucoup de nouveaux projets musicaux de notre scène : ça manque terriblement d’intelligence, ça veut à tout prix s’engouffrer dans de l’indus chrétien ; ils laissent à des groupes comme nous l’esprit sombre et païen.

vac

Comment as-tu travaillé pour cet album ? Tu es revenu à une ancienne méthode ?
J’ai écrit Maldire et le nouvel album de Toxic Coma (N.D.L.R. : son projet parallèle) en même temps, et avec le même matériel. Mon tracker, c’est Renoise ; je ne me suis pas trop servi de Cubase ou de Logic pour cet album. J’aime le son de Renoise. Dans les vieux VAC, on utilisait Cubase avec des mixers, des sons midi et des synthés numériques, systématiquement. Cette fois, j’ai eu un recours quasi exclusif à Renoise, plus quelques synthés analogiques et instruments samplés.

Tu présentes :Wumpscut:, Haujobb et Covenant, entre autres, comme les représentants d’une période idéale de l’electro indus. Tu peux en dire plus à ce sujet ? D’ailleurs, qu’est-ce qui te plaît en particulier dans des albums comme Embryodead (:Wumpscut:) ou Sequencer (Covenant) ?
C’était la meilleure époque pour l’EBM, quand ils sont sortis. Cette musique était intelligente, brute, vraie. Tous les groupes sonnaient de manière unique ; on ne peut plus dire ça, aujourd’hui. Je pense aux remixes de :Wumpscut: par Haujobb (en particulier le remix de « Mother »). Divin. Je pense à « Tabula Rasa » de Covenant (N.D.L.R. : morceau de l’album Sequencer), à « Nature’s Interface » d’Haujobb (N.D.L.R. : morceau de l’album Solutions for a small Planet) : des morceaux épiques, époustouflants. Plus personne ne les joue dans les clubs. Les gens écoutent des merdes dance beurrées qui ne servent à rien. C’est trop triste. Ces bouses, pour moi, sonnent juste comme des trucs comiques ; elles n’ont rien de sombre ou de provocant.

Tu penses qu’un nouveau chapitre de l’histoire de VAC s’ouvre avec Maldire ?
Oui, tout à fait. Un chapitre qui s’appellerait « Je travaille complètement seul ». Plus de collaborations, fini. Désormais, il n’y a que moi. Et Renoise. Ça m’a permis de renouveler mon son. J’en appelle, de surcroît, à de nouveaux démons pour me guider à travers ce nouveau chapitre de ma vie. Le changement est une bonne chose ; du moins, quand il te permet de penser, de réfléchir. L’esprit est tout.

À quoi ressemble ta vie aujourd’hui ?
J’ai la peau verte, les yeux rouges et je porte des masques. Je vais à la gym et je conduis une vieille bagnole qui marche à peine. Je suis brisé et j’essaie de m’en sortir, comme beaucoup de gens ; je continue de vendre mon art pour bouffer, et je m’en sors limite. Je me nourris toujours très mal, j’essaie quand même de me maintenir en forme et je bosse sur des tonnes de musique, un nouveau VAC, un nouveau Toxic Coma. On peut dire que je suis très occupé, en cette fin de trentaine. Je le souhaite à tout le monde. En vieillissant, je deviens un peu comme un sorcier, je balance des sorts et je tente comme je peux de tracer un chemin pour moi et ceux que j’aime.

 

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