Troum – Interview bonus Obsküre Magazine # 11

10 Sep 12 Troum – Interview bonus Obsküre Magazine # 11

Suite de notre entretien réalisé pour Obsküre Magazine #11 (septembre / octobre 2012, en kiosques depuis le samedi 8 septembre) avec GlitH et Baraka[H] de Troum quant à la sortie de leur excellent Grote Mandrenke.

ObsküreMag : En quelle façon pensez-vous que le paysage et l’environnement naturel influencent votre travail?
Nous ne sommes pas sûrs qu’ils l’influencent, mais là d’où nous venons (la partie Nord-ouest de l’Allemagne près de la mer du Nord) c’est plat, il y a toujours beaucoup de vent, et le ciel est très ouvert, immense.

La série « Power Romantic » est annoncée comme une trilogie. Par la passé, vous aviez déjà fait la trilogie « Tjukurrpa », qui se concentrait sur la culture aborigène en Australie. En quoi ce format triple vous séduit-il?
Glitc[H]: D’un côté le « 3 » fait référence aux composants essentiels de notre musique : la mélodie, le drone, les rythmes. D’un autre côté nous avons besoin de beaucoup d’espace ou de temps pour faire vraiment le tour d’un sujet : nous travaillons d’une manière excessive sur un sujet jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à dire, à penser, à jouer.
Baraka[H]: Pour moi c’est également attirant d’atteindre des dimensions plus « élevées ». Les harmonies et les sons créent un morceau, les morceaux forment un album, trois albums forment une trilogie. Et trois trilogies qui s’entrelacent forment un autre niveau, plus élevé encore, de « manifestation culturelle ». C’est un peu comparable aux niveaux de conscience.

Vous sentez-vous parfois comme des peintres avec les sons, et chaque partie de la trilogie serait un commentaire sur l’autre?
Baraka[H]: Non, je ne me sens pas comme un peintre du tout, je ne suis pas quelqu’un de très visuel. Pour moi tout n’est qu’ « atmosphère » et comme je le disais, chacun de nos morceaux et de nos albums est connecté profondément afin de créer un « organisme » plus grand.
Glitc[H]: De mon côté, je me sens comme un peintre et j’ai toujours des images dans ma tête. Bien entendu chaque « morceau » est un commentaire sur l’autre, car ils commentent nos propres vies et nos stades de développement. Ces références permanentes et ces feedbacks rendent encore d’autres développements possibles.

Savez-vous déjà de quoi traitera le troisième volet?
Ce sera encore une fois très mélodique/harmonique et cela se focalisera sur des thèmes nautiques/ »océaniques ». Ce sera peut-être le meilleur album qu’on ait jamais fait avec Troum ! Sans plaisanter, l’album est presque prêt et nous espérons le sortir sur notre label (N.D.L.R. : Transgredient) dans le courant de l’année.

Les idées et les concepts viennent-ils en premier ou les sons forment toujours la base de départ?
Les deux sont possible. Parfois la musique, une petite improvisation, vient en premier. Parfois le concept. Nous travaillons différemment, puis nous nous rencontrons. Il faut qu’il y ait une tension, sinon cela ne sert à rien.

Un autre groupe a travaillé sur le domaine de l’inconscient et les états oniriques, c’est Coil, notamment avec les deux albums Music to Play in the Dark. Vous sentez-vous liés à leur musique?
Pas du tout, désolé. Nous les respectons beaucoup, mais nous n’avons jamais été des fans ou influencés de quelque manière que ce soit.

Depuis vos débuts, vous avez toujours privilégié les instruments analogiques, les guitares, accordéon, melodica, flûtes, etc., sans jamais utiliser d’ordinateurs. Votre approche a-t-elle changé avec les années?
Non, et nous pouvons te dire pourquoi : de l’utilisation de « vrais » instruments, il ressort une physicalité dans la musique où tu peux influer sur les sons d’une manière plus sensible (en touchant l’instrument). Mais nous utilisons des ordinateurs pour l’enregistrement, pour les prises de son que nous faisons nous-mêmes, les boucles à partir de « sons trouvés » du moment que cela nous aide à compléter le sujet, à transporter l’idée.

Il me semble que les deux premiers volumes de la série Power Romantic mettent plus l’accent sur les rythmes que d’habitude. Ce travail rythmique était-il lié à la thématique épique ou est-ce une direction vers laquelle vous vous dirigez?
Glitc[H]: Nous utilisons des rythmes quand nous sentons que nous en avons besoin pour atteindre ce que nous voulons exprimer. Il est en fait plus inhabituel que nous fassions des albums sans rythmes.
Baraka[H]: On ne peut pas dire que c’est une « nouvelle direction » car pour nous… Les « rythmes » ou les éléments répétitifs, les pulsions, les « drones » ou les « harmonies » sont toujours connectés.

Quels sont les instruments que vous avez voulu privilégier sur Grote Mandrenke?
La plupart des instruments que tu peux entendre sur Grote Mandrenke viennent d’un orchestre de cuivres, donc il y a en effet beaucoup d’instruments. Mais nous ne les avons pas tous joués !

Vous vous êtes également basés sur des concerts que vous avez donnés. Le résultat reste-t-il proche de ces performances auxquelles je n’ai malheureusement pu assister? Comment êtes-vous passé du live, où j’imagine il y a beaucoup d’improvisation, au travail studio qui a toujours été très composé chez vous ?
Les concerts possèdent des éléments qui sont déjà composés à partir de parties improvisées, auxquels se rajoutent des parties improvisées sur scène. Puis ce travail fait à son tour partie d’un travail en studio final. Chaque concert sert aussi à améliorer les pièces sonores.

Plus que jamais, votre musique intègre des sonorités dream pop/shoegaze et un son de guitare qui peut rappeler aussi bien le son 4AD des Cocteau Twins ou celui d’And Also The Trees. Pensez-vous que cela soit naturel car vous avez toujours travaillé sur des atmosphères mélancoliques et oniriques? Est-ce que le son 4AD fait partie de votre background?
Baraka[H]: Oui, c’est assez naturel ! Nous écoutions en effet certains des groupes de 4AD, mais nous aimions aussi des choses très différentes, comme le rock noise ou l’industriel lugubre. La passion pour la musique qui traverse une vie entière, même avant que tu te mettes à écouter des musiques « underground », influence et construit la passion pour ce que tu fais aujourd’hui. Ce serait idiot de le nier.
Glitc[H]: Peut-être que tu as l’impression que nous devenons plus « pop » parce que notre son est plus clair, mieux produit. Nous perdons de plus en plus notre côté lo-fi et tout d’un coup on entend la musique que nous avons toujours faite avec une autre oreille.

En dehors de cet aspect shoegaze, votre intérêt pour les drones et les sons qui renvoient à des états subconscients primaires, est toujours présent. Qu’est-ce qui vous attire tant dans les drones?
Les drones sont – en raison de leur (non-) structure informe – connectés à des états archaïques/primitifs de l’esprit. Ils sont parfaits pour te mettre en transe, car l’esprit rationnel échoue souvent à les analyser. Les drones semblent infinis et éternels, sans début et sans fin, on peut ressentir qu’il y a quelque chose qui doit exister et qui est bien plus important que nous, pour ainsi dire.

Par le passé, vous avez fait beaucoup de collaborations : Christian Renou, Reutoff, Martyn Bates, Raison d’être, Nadja, Yen Pox… Continuez-vous ces échanges et quels sont vos futurs projets?
Oui, nous adorons les collaborations quand le temps le permet, car cela ouvre de nouvelles voies pour notre son. Une collaboration avec Aidan Baker va bientôt sortir, nous travaillons aussi avec Voice Of Eye et Dead Boices On Air en ce moment et pour l’avenir.

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