Tristania – Interview bonus Obsküre Magazine #15

31 Mai 13 Tristania – Interview bonus Obsküre Magazine #15

Le nouvel album de Tristania n’est certainement pas leur plus lumineux. Résolument métallique, infiniment moins lyrique que ce qu’ils ont fait par le passé, noueux, torturé, et défait des touches pop de l’album précédent Rubicon – qui marquait l’arrivée de la nouvelle chanteuse Mariangela – on peut dire que son écoute est passionnante. Chose promise, chose due, voici l’interview bonus de Kjetil Nordhus (chant clair), en compagnie duquel nous avions découvert Darkest White dans Obsküre Magazine #15 (mai / juin 2013, en kiosques depuis le 9 mai). Voici les extraits restés inédits de l’entretien avec le groupe norvégien paru dans le magazine.

Depuis que Mariangela a rejoint le groupe, il me semble que la musique de Tristania est plus directe, moins orchestrée. Diriez-vous que sa présence vous a conduit à « simplifier » votre écriture, dans le sens d’une orientation plus directe et naturelle ?
Kjetil Nordhus : Choisir Mariangela comme chanteuse marquait un souhait de faire quelque chose de différent. Je ne suis pas forcément d’accord avec l’idée que l’écriture s’est simplifiée, je pense même que certains titres de Darkest White sont plus complexes que nombre de nos anciens travaux. Mais, en tant que résultat d’une progression et de nos goûts personnels, il est naturel pour nous d’arranger nos chansons d’une manière différente qu’il y a dix ou douze ans. D’où l’absence de grandes chorales chantées en latin, par exemple.

Et maintenant que Mariangela a enregistré deux albums avec vous, que diriez-vous de l’accueil que lui a réservé le public ?
Globalement, elle a été très bien accueillie ; il faut dire qu’en effet, elle a beaucoup apporté au groupe. Par exemple, les gens qui nous ont vus en live ces dernières années l’ont tous bien compris. Il y a toujours des gens, évidemment, qui ne veulent pas accepter les changements dans les groupes qu’ils aiment, et nous n’avons pas fait exception.

Vous êtes d’accord avec moi, si je dis que Darkest White est un album difficile d’accès ? L’auditeur a besoin de plus d’écoutes pour vraiment entrer dans son univers. Peut-être est-il donc plus metal, plus brut, mais il est aussi plus complexe.
C’est difficile de répondre à ça parce que nous n’avons pas encore eu beaucoup de retours. Ce que j’espère, c’est que les gens vont le trouver à la fois immédiat et complexe. La plupart de mes albums préférés n’ont rien d’immédiat, on y trouve de nouveaux trésors à chaque fois, on les écoute pour de vrai. Je crois que la complexité, dans Darkest White, réside à la fois dans la tonalité, les arrangements, et dans chaque instrument. Nous avons déjà répété le nouveau set live, et les guitaristes et le batteur, en particulier, ont de nouveaux défis à relever, notamment en ce qui concerne le tempo.

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Toutes vos ressources vocales sont exploitées, dans cet album. Mariangela n’est pas omniprésente. Vous en aviez assez, d’être associés à la scène « metal à chant féminin » ?
Une autre chose dont nous avons parlé avec notre producteur, c’était justement d’exploiter au maximum nos atouts, aussi bien collectifs qu’individuels. Évidemment, avoir quatre vocalistes dans le groupe, c’est formidable, et je crois que nous avons essayé de mettre cela à profit, aussi bien pour Rubicon que pour Darkest White. Sur ce dernier, il n’y a pas autant de chœurs chargés de voix différentes que sur Rubicon, mais je dois dire que j’ai réalisé, vocalement, des choses que je n’avais jamais faites avant, et j’en ressens beaucoup de satisfaction. Pour ce qui est de la scène « metal à chant féminin », je ne sais pas, vraiment. Ça ne nous ennuie pas d’être associés à elle, mais ce n’est pas une fin en soi, pour nous. Le plus important, c’est que chacun des membres du groupe fasse de son mieux, et je pense sincèrement que Mariangela brille plus encore sur Darkest White que sur Rubicon.

Le titre de l’album met en avant un contraste… « Le plus sombre des Blancs »… qu’est-ce que cela traduit de votre relation à la mort ? Beaucoup de titres évoquent les ténèbres et la mort (« Requiem », « Night on Earth », « Arteries », « Cypher »)…
Tu vois juste, aussi bien en ce qui concerne le titre de l’album que ceux des chansons. Je crois que la question du contraste traduit, plus encore que le thème de l’album, la réalité de la relation à la mort. Tarald, notre batteur, a écrit tous les textes ; je crois que globalement, nous nous sommes éloignés des thèmes plus politiques, pour aller vers quelque chose de plus psychologique. La question de la mort est discutée de bien des manières, au fil de l’album, mais le plus important reste le point de vue de celui qui écoute, qui lit les paroles. On peut dire une chose, mais pour une autre personne qui a son propre vécu et sa propre façon de penser, cette chose peut avoir plusieurs significations. En règle générale, je ne parle pas trop en détail de nos textes, pour ne pas ruiner la conception personnelle des gens.

Darkest White surprend, comme je disais. Aucune facilité, pas de ballade… vous vouliez faire ce qu’on attendrait le moins de vous ? Réinventer une scène metal qui tourne en rond ?
Honnêtement, le simple fait de voir Darkest White et réinvention dans le même phrase me rend heureux ! Pourtant, nous n’avons pas planifié de faire des choses inattendues ; le rêve ultime de tout musicien, c’est de faire quelque chose de nouveau. Et ce n’est pas quelque chose qu’on planifie. Ça ne peut arriver que de façon naturelle. Et Darkest White a été conçu de la manière qui était naturelle, pour nous, en 2013. Voilà tout.

Êtes-vous toujours en contact avec Vibeke ? Comment va-t-elle ? Et travaille-t-elle sur de nouveaux projets ?
Vibeke et moi habitons la même ville, en Norvège, et je la vois de temps en temps. Il me semble qu’elle va très bien. Mais je ne pense pas qu’elle s’apprête à se lancer dans un nouveau projet musical.

Cela vous arrive-t-il, parfois, d’écouter vos premiers albums ? Comment les trouvez-vous, aujourd’hui, et comment analysez-vous votre évolution depuis ?
Cela nous arrive, et nous en discutons, parfois, au sein du groupe. Tout en étant très fiers de ce que nous avons fait au début, c’est une bonne chose de voir comment nous avons progressé. Il y a un temps pour tout, et je ne pense pas que le groupe aurait pu tenir aussi longtemps sans mener une exploration constante de nouvelles idées. J’espère, et je pense, que dans quelques années, nous regarderons Darkest White avec fierté.

TRISTANIA-Darkest-White

> SORTIE
– TRISTANIA – Darkest White (Napalm Records) (2013)
> WEB OFFICIEL
www.tristania.com

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