Tricky/Skilled Mechanics – Interview bonus Obsküre #27

14 Mai 16 Tricky/Skilled Mechanics – Interview bonus Obsküre #27

Complément de notre entretien parisien avec Tricky pour Obsküre #27, autour de son superbe album Skilled Mechanics. Skilled Mechanics est aussi le nom du projet en lui-même, une collaboration ouverte pour laquelle Tricky retrouve, entre autres, son ami d’enfance DJ Milo (ex-The Wild Bunch). Au cours de notre conversation, il a beaucoup été question de politique. Car le « tricky kid » est un artiste engagé, passionné, et d’une grande générosité.

 

Obsküre : Quand tu as connu le succès dans les nineties, je crois que tu as eu du mal à gérer cette gloire soudaine ?
Tricky : Oui, car tout ça n’avait rien à voir avec la musique que je faisais. J’ai donc pris mes distances avec le star system. Ce n’est pas mon truc ; mon truc, c’est de faire de la musique, pas d’être une célébrité qui frime en portant des lunettes de soleil. Ces deux mondes sont antinomiques pour moi.

 

Aujourd’hui, la musique est devenue une sorte de foire aux célébrités.
Il ne s’agit plus que de célébrité. Tu n’as plus besoin de faire quoi que ce soit pour devenir célèbre. Il te suffit de jouer dans un film porno… Tout ce cirque n’a rien à voir avec la musique. Quand j’ai débuté dans ce métier, il ne s’agissait pas de créer un disque qui entre à tout prix dans les charts. Aujourd’hui, il ne s’agit que de ça…
Le hip-hop est devenu une forme d’esclavage moderne. Les prisons sont les plantations d’aujourd’hui. Aux États-Unis, les prisons sont privatisées, elles sont la propriété de sociétés gigantesques. Ces gens font des profits de l’ordre de 50 000 $ par an et par prisonnier. La télévision et la musique mainstream sont les plus gros moyens de propagande ; il s’agit d’une véritable guerre psychologique. C’est une façon de réduire la population noire et ethnique. Si l’on présente constamment les jeunes Noirs et les jeunes Latinos de manière négative à la télévision et dans les médias, ils finiront par suivre cette image négative. Le système fait donc d’énormes profits par le biais de l’industrie musicale, mais aussi par celui des prisons. Il s’agit de propagande pure.

 

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Certains pensent que Barack Obama est malgré tout progressiste …
C’est des conneries ! Si Obama était réellement progressiste, il ne serait pas au pouvoir. Il serait déjà mort ! Aux USA, tous ceux qui ont vraiment quelque chose à dire se font assassiner. Il n’aurait jamais pu faire deux mandats successifs s’il avait vraiment voulu changer les choses – il serait mort.

 

Le stade auquel est arrivé le capitalisme est inquiétant.

Ils veulent la dépopulation. Ils veulent contrôler les ressources. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, s’ingèrent dans d’autres pays pour piller les ressources naturelles ; ils assassinent leurs dirigeants. Quelles conséquences peut-on en attendre ? La violence engendre la violence. Avant de nous lamenter sur des sujets comme l’État islamique, nous devrions examiner les agissements de nos propres gouvernements, afin de découvrir quelles sont les causes du problème. Mais c’est justement pour empêcher cela qu’ils mettent en place tous ces mouvements nationalistes… Tout ça devient très triste. Honnêtement, j’ai peu d’espoir en l’humanité.

 

Tu as vécu à Paris pendant plusieurs années, et tu as même été en résidence au centre culturel Le 104.

Oui, pendant six mois. C’était génial ! C’était supposé être une résidence, mais en fait j’ai surtout impliqué les gosses des cités. J’ai rencontré des jeunes autour du 104 qui m’ont expliqué que ce lieu ne leur était pas ouvert, contrairement à ce que l’administration m’avait dit. J’ai donc amené ces gamins avec moi. J’ai organisé des matches de football, etc., mais les responsables étaient réticents : « Ce n’est pas l’objectif du 104… » Je leur ai répondu que c’était mon projet. Et le 104 est devenu un lieu où les gosses, petits et grands, pouvaient se retrouver, jouer au football, faire de la boxe, utiliser mon studio d’enregistrement… Quand on n’a pas d’argent, les options sont limitées. Ces jeunes n’avaient nulle part où aller, ils traînaient dans la rue car ils n’avaient pas le choix.

 

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