Tribute à Daho du label BOREDOMproduct – Interview bonus

08 Avr 15 Tribute à Daho du label BOREDOMproduct – Interview bonus

Étienne Daho réussit le tour de force d’être adulé et reconnu par le grand public, ses radios de masse (le groupe Radio France), ses émissions de reprises et d’hommages et en même temps respecté par un public plus ciblé, notamment la niche synth-electro-new wave. Celle-ci a dès le départ identifié le talent certain de ce chanteur français pour brosser une pop à la française, dans un paysage musical accaparé par la variété. Pas d’étonnement alors de voir que face à cette longévité artistique, un label comme BOREDOMproduct se soit saisi de l’exercice périlleux du Tribute… Interview bonus aux deux pages de notre #24 !

Sylvaïn Nicolino : Est-ce le patron du label seul qui a décidé de cet hommage ou bien est-ce une discussion à plusieurs ?
Member U-0176 :  En fait nous nous sommes rendu compte que chaque groupe du label avait au moins un des membres, voire tous, qui aimait Daho. Je me suis mis à imaginer ce que donnerait une reprise par Foretaste ou Dekad, et là c’était trop tard : on était déjà en train d’organiser l’hommage !
Franck _M : Comme souvent l’idée part de U-0176, mais très vite on en parle, et pour ce cas très précis on s’est tourné vers les groupes pour savoir s’ils étaient partants. Tout le monde étant OK, le projet a effectivement très vite pris forme.

Quel lien fais-tu entre Daho et la scène électronique ?
Franck _M : Il est permanent pour moi. De ces premiers albums avec Jacno et Arnold Turboust puis sur Eden [NDLR : son sixième album, sorti fin 1996] ou plus récemment à travers ses collaborations avec Air ou Yann Wagner, Daho semble être toujours à l’écoute du monde de la musique dans tous ses genres, dont l’electro au sens large.
Member U-0176 : Oui, ça n’est pas la même définition de l’electro que nous avons pour le label. Pour moi, le lien se fait par Jacno d’abord. C’est vrai qu’il y a toujours un peu d’électronique chez Daho, mais c’est pas ce qui nous intéresse chez lui… c’est plutôt la qualité de ses textes, des ses chansons, à la fois pop et souvent avec un coté sombre…

À quel moment son expérience musicale a-t-elle rejoint ce que vous cherchez de votre côté en termes de sonorités ?
Member U-0176 : probablement jamais. Ce qui me plaît, ce sont ses chansons, pas ses arrangements ni la production…
Franck _M : Pour moi c’est probablement sur son premier album je pense. Et quelque part il est logique que des albums comme Paris Ailleurs (le plus soul) [NDLR : cinquième album, sorti en 1991] ou Réévolution (le plus rock) [NDLR : son huitième, sorti fin 2003] soient moins présents dans la compil.

La langue française, avec Daho, tient-elle quelque chose de l’ordre du sacralisé ?
Franck _M : Sacralisé, non certainement pas. Par contre magnifiée, oui. Quel talent avec les mots, quelle capacité à donner un côté pop au français ! Ce qui n’est pas une mince affaire.
Member U-0176 : Ça parait tellement simple, tellement évident, jamais inutilement sophistiqué. C’est sobre et ça touche au but. Tu prends un morceau comme « Boulevard des Capucines » [NDLR : chanson présente sur L’Invitation, sorti en 2007] par exemple, c’est un modèle de précision, de perfection, sans jamais que ça ne prenne le pas sur l’émotion.

Avez-vous été joyeusement surpris de la participation de certains noms ou bien les attendiez-vous sur cet hommage ?
Franck _M : Surpris surtout par la présence d’artistes étrangers, très motivés et extrêmement fans.
Member U-0176 : Surpris par certaines interprétations, oui bien sûr : c’est tout l’intérêt de ce genre de reprises. J’aurais aussi aimé avoir d’autres noms, mais ça ne s’est pas fait… de toute façon avec déjà dix-sept titres, on ne pouvait pas aller plus loin.

Que ne faut-il pas rater dans la carrière de Daho ?
Member U-0176 : À mon avis, il faut tout écouter et piocher ce qui nous parle… Je n’aime pas forcément un album entier chez lui… mais il y a des morceaux qui me touchent ; beaucoup sont sur la compile, comme « La Ballade d’Edie S » ou « Ouverture » par exemple.  Mais il y en a d’autres, de « Promesses » à « La Peau Dure »… ça couvre toutes les époques.
Franck _M : Il ne faut rien rater pour moi, je suis extrêmement fan ! Mais il y a des perles absolues comme « Le grand Sommeil », « La Baie » et plus récemment « Cap Falcon » ou « En Surface ». Mais c’est vraiment très dur de faire un choix pour moi.

La pochette provocatrice des Chansons de l’innocence retrouvée, vous en avez pensé quoi ?
Member U-0176 :  Je n’ai jamais aimé les pochettes de Daho… La photo du chanteur en couverture, c’est vraiment pas mon truc… C’est marrant d’ailleurs parce que nous avons pourtant repris la pochette de La Notte la Notte [NDLR : le deuxième album, de 1985], donc avec son visage, pour la représenter sous forme de typon…
Franck _M : En tout cas, des années après cette pochette signée Pierre et Gilles, c’est un net retournement de situation. Je ne suis pas sûr que ça lui ait nécessairement apporté plus de buzz, l’album n’en n’avait en tout cas pas besoin.

Pour vous, Foretaste, l’enrobage synthétique place une couche de givre sur « Ouverture » là où Daho sonnait vulgairement FM, à mon goût. Rejoignez-vous ce constat ?
Pierre : Un peu oui. J’adore ce morceau, le texte, sa mélodie, sa structure et je le déteste en même temps pour sa production trop neutre à mon goût et ses violons empruntés à « Unfinished Sympathy » de Massive Attack.
Sylvie : Je ne rejoins pas ce constat mais si tu trouves que l’on a réussi à rendre le morceau plus froid, je ne peux que le prendre bien.
Pierre : Le principe de la reprise ne nous semble intéressant qu’à partir du moment où nous avons carte blanche pour réinventer l’original à notre façon. On met l’accent sur ce que l’on aime et on supprime tout ce qui nous semble superflu.

Pour vous, Happiness Project, le choix de la chanson (ils reprennent « L’Adorer ») à reprendre a-t-il été immédiat ?
Cyrille : Non pas vraiment, nous avons cherché une chanson d’Étienne Daho qui était en résonance avec l’univers du groupe et qui contenait à la fois une charge passionnelle, émotive et dramatique. Après un tour d’horizon de l’œuvre de Daho « L’Adorer » s’est imposée naturellement.

Pour toi, Dekad, le choix de ce titre, « Les Voyages immobiles », tient-il au clip que Gondry avait réalisé à l’époque ?
JB : Pourquoi avoir choisi « Les Voyages immobiles » ? Pas pour le clip, même si évidemment, l’univers de Gondry se marie à merveille avec le morceau. Encore une fois, ce sont les paroles qui ont guidé mon choix. Il se dégage une sensualité et une poésie qui en font, à mes yeux, une chanson à part. Il y a plusieurs lectures possibles de cette chanson et c’est ça que je trouve très fort chez Etienne Daho.

Enfin, Neutral Lies, vous êtes ceux qui avez joué le plus avec les limites de l’hommage en renforçant l’aspect chanson d’été de « Week-end à Rome ». Les copains en ont pensé quoi de cette reprise ? Vous la voyez en concert (un rappel ?)
Nico : Franchement on n’en sait rien car on ne l’a pas faite écouter autour de nous. Le seul retour qu’on a eu c’est celui de M.Saroyan qui aurait voulu nous faire refaire tout le chant car lui aussi semblait trouver qu’il y avait un vrai décalage entre le côté léger du morceau et des paroles et le chant qui est plus radical… maintenant on assume jusqu’au bout et Nicolas doit même admettre que sa partie préférée de la reprise est le final sur lequel il a pu pousser le chant dans un retranchement entre une voix McCarthyenne et des intonations un peu FM, finalement pour un morceau qui se voulait à l’époque « electro » et « pop » pourquoi pas ?
Après la jouer en concert ? Non ça semble inconcevable… même si jouer une reprise en live dépend toujours du lieu et de l’audience…

On est d’accord, c’est du mi-sérieux, mi-déconnade ? (j’ai vécu à Amiens, je pense saisir un peu le genre d’humour qu’on sait y avoir).
Nico :  On sait qu’on traîne une affreuse réputation de bout-en-trains limite potaches avec parfois des paroles et thèmes de morceaux « gay and feathers up the ass » (dixit un chroniqueur Belge), que nous sommes vus comme les cancres du label BOREDOMproduct ; mais non pour le coup on n’a pas cherché à tomber dans la foire à la saucisse…
Par contre l’allusion à Amiens, on n’a pas bien compris… Amiens c’est à 200 Kms de chez nous, c’est pas forcément l’endroit où on a le plus erré… Si je ne m’abuse, à Paris il n’y a pas que des moustachus portant béret et baguettes sous le bras qui déambulent sur un air d’accordéon, non ? Sur le moment cette question m’a vaguement rappelé la réflexion d’un Américain rencontré en vacances à qui j’avais dit que j’habitais à Londres et qui m’a dit : « Tu dois dans doute connaître mon cousin, il y habite aussi » ! Heureusement que l’humour n’est pas régional ou national et une des satisfactions de ce drôle de monde dans lequel on vit c’est qu’on a parfois l’impression de rencontrer des gens qui nous ressemblent ou qui sont sur la même longueur d’onde mais habitent parfois à des centaines voire des milliers de kilomètres et ne parlent pas la même langue et n’ont pas la même culture… Bref tous les chemins mènent à Rome, même ceux sinueux et escarpés…

PISTES NOIRES*
*de préférence
« HOMMAGE ÉLECTRONIQUE-POP À ÉTIENNE DAHO »

http://www.boredomproduct.fr/

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