Treponem Pal – Interview bonus Obsküre Magazine #11

02 Déc 12 Treponem Pal – Interview bonus Obsküre Magazine #11

Extrêmement prolixe, Marco Neves, chanteur de Treponem Pal, a profité des questions que nous lui posions pour développer ses sentiments à l’égard de l’importance du punk-rock dans sa formation, de ses projets passés, de son amour pour les voix de crooner, de son groupe, de Paul Raven… Il est rejoint par ses musiciens : un gang uni avec une volonté de fer sous le groove et les rugissements.

Obsküre Magazine : Votre nouvel album s’appelle $Survival Sounds$, à quoi correspond ce titre ? Comme c’est celui de la première chanson, est-ce que vous l’aviez dès le début de la composition ou s’est-il imposé à la fin du processus ?
Marco :
Ce titre « Survival Sounds » était important pour moi, je l’avais en tête depuis longtemps, au sens bluesy heavy, et les textes sont plus ou moins un appel à l’union de toutes les sortes de rockers qui vivent depuis très longtemps cette vie avec sa part de joie, de partage et surtout les voyages à travers le monde… Pour les miens, les 3/4 d’entre nous n’aurions jamais eu les moyens de traverser l’Europe de long en large ni d’autres parties du monde… Alors je crois que lorsque l’on a goûté à cette vie, où la sécurité de l’emploi n’existe pas mais qui est dédiée à l’aventure et à la richesse des rencontres, on tombe vite accro… Malgré, au fil du temps, toutes les questions que l’on peut se poser du fait de revenus en dents de scie et tous les problèmes qui en découlent…
« Survival Sounds », c’est un titre qui a été fait au milieu d’autres : des vibes rock blues teintées d’un beat qui sonne plutôt hip-hop très groovant, comme à notre habitude, très mécanique et où le chant scande la force de la musique sur les esprits les plus démunis, les plus à vifs, et souvent lourds d’un passé mauvais. Un bad trip sans réelle vraie ambiance familiale ou carrément sans familles, livrés à eux-mêmes… Ces esprits, ces gens écorchés vifs ont un besoin puissant d’extraire des souffrances et tensions vécues par le passé et se retrouvent à travers différentes tendances du rock’n’roll qui deviennent leur exutoire ! Indispensable et nécessaire pour se reconstruire puisque la musique adoucit les moeurs, dit-on. Alors le panel reste large comme le punk-rock, rockers sounds & blues, rythm & sound des années soixante aux années 2099, le style stoner et le metal, le HxC sous toutes ses formes… Mais aussi des rocks industriels, des rocks purs et durs, engagés ou neutres et des vibes plus pop ou d’autres rappelant la new wave… et bien sûr toutes les musiques noires dont nous sommes très friands comme le reggae, le rock steady et ska raggamufffin styles, roots rock & dub reggae (beaucoup utilisé par les punks des premières années comme les Ruts, Stiff Little Fingers, The Clash, Basement 5, etc.). Une vraie révolution ; nécessaire. Elle est parfois bien plus porteuse d’un message d’espoir que les palabres mensongères de bon nombre de politiciens de tous bords.

Moi j’ai découvert le punk-rock en 1977 avec Iggy Pop aux infos de 13h00, invité par Yves Mourousi… À peu près au même moment, une émission rare et tard le soir allait présenter l’explosion du punk-rock (le festival de Mont de Marsan) et le lendemain, je courais chez le libraire pour acheter les deux mags qui existaient à l’époque, Best et Rock’n’Folk ! Et en couverture, les tronches des Sex Pistols, sales mômes arrogants, provocants, jouant mal et n’en ayant rien à foutre ! Tout ce qui me correspondait était là, enfin. Une atmosphère de rage et de révolte explosait, arrivée d’Angleterre où le pays allait mal…. grèves, violences, racisme et British National Front très forts, taxes abusives… La musique précédente était perçue comme molle, passive, elle avait perdu toute sa rébellion et le peuple ne s’y retrouvait plus ! Le punk rock était bien là pour faire bouger les choses, avant d’être plus ou moins récupéré mais ouvrant les portes à de nombreux nouveaux styles tels que le crossover, le post punk, la new wave et les tendances nouvelles électroniques qui amèneront à la musique industrielle pure (Throbbing Gristle, SPK, Cabaret Voltaire, etc).
Là est arrivé le rock industriel dans lequel nous avons été classés avec Treponem Pal, car partout dans le monde, d’autres rockers ou musiciens en mal d’énergie nouvelle allaient comme nous mélanger les genres… prendre ce qu’il y avait de plus puissant dans chaque genre pour créer une « avalanche de sons » et de rythmes puissants, répétitifs, dissonants et provocants afin de faire réagir le public et leur donner une forme de libération à travers la musique.

L’arrivée de votre premier album, je m’en souviens, a coïncidé avec une absence de terme pour désigner cette musique. Sur « Doum Doum Wah Wah », l’émission radio de RMC consacrée au métal, on qualifiait par exemple un groupe comme Voivod de techno–thrash–industriel… Et puis le genre a cartonné, suivant les Swans, les Youngs Gods, Sielwolf, KMFDM, Die Krupps, etc. Pour l’anecdote, c’est même Franz Treichler des Young Gods qui avait produit votre LP en 1989, comme une histoire de famille. Aujourd’hui, avec la fin de Nine Inch Nails, celle de Ministry, le virage des Young Gods, le metal indus’ n’est plus autant à la mode, qu’est-ce qui a motivé ce nouvel album sous cette forme ?
Déjà, Ministry est de retour ! Al Jourgensen semble aller beaucoup mieux… Les Young Gods expérimentent en permanence, d’un gig à l’autre, l’ambiance peut être très électrique et sauvage, ou plus acoustique avec des sonorités indiennes et très hippies… Le metal indus, plus à la mode !? Mais nous ne nous sentons pas concernés, nous jouons avant tout une musique bâtarde ! Et après quelques écoutes, tu t’apercevras que le côté metal est beaucoup moins présent sur ce nouvel album, Survival Sounds. Notre motivation est toujours la même, faire ou au moins essayer de faire quelque chose de neuf… Ne jamais faire deux fois le même album… Nous taillons notre route depuis longtemps, complètement hors normes, hors fashion, ce qui nous permet de faire absolument tout ce dont on a envie, sans jamais aucune concession !

Oui, je comprends et j’admets que Treponem Pal ne se cantonne pas un style et impose ses marques, la chronique (N.D.L.R. : parue dans Obsküre Mag #11), le montre bien d’ailleurs. Je pensais plutôt à une opposition entre ce metal indus au sein de Treponem Pal et tes expériences passées en lien avec le reggae ou le dub. Amadou, lui a avec Collapse un son qui se colore de réminiscences new wave. Ces écarts ne se retrouvent pas forcément chez Treponem Pal. Une question plus personnelle, pourquoi n’y a-t-il pas eu de suite à l’EP que tu avais fait avec Amadou sous le nom de Primitive ?
Tout simplement parce qu’Amadou est très indépendant et très occupé par sa petite famille et ses projets personnels qu’il aime construire seul je crois… Et pour lesquels il a un réel talent de savoir passer d’un rock indus au départ assez dur à un album totalement new wave ! Je lui tire mon chapeau, c’est un mec très passionné mais aussi très prudent… L’aventure « rock’n’roll » au quotidien n’est pas son truc du tout je crois… Mais nous sommes toujours en bons rapports et pourquoi pas, maintenant que tu relances l’idée, faire ou refaire un nouveau maxi ou EP… puis un album par la suite ! C’est un vrai ami et c’est plaisant de construire des titres et des ambiances avec lui ! Le problème est d’avoir assez de temps pour mener ces projets à bien. Le trip des musiciens qui doivent se détester pour faire quelque chose de bien n’a jamais été pour moi ! C’est tout ce que je déteste et ai vécu il y a très longtemps, j’en ris encore tellement c’était pathétique. Mais je crois que bon nombre de tarés sado-masochistes ont besoin de ce genre de rapports de force inutiles et destructeurs. J’arrive depuis longtemps maintenant à les sentir et à les garder loin, très loin de moi !

Votre unité se sent à travers un titre comme « Runaway far away » dont la puissance est plus qu’évidente : comment ce morceau en particulier est-il né ?
Polak : On avait presque terminé l’album mais Marco voulait continuer à composer tant qu’on en sentait l’envie. D’habitude on travaille chez Didier mais cette fois, on s’est retrouvé chez Marco. J’avais mon ordi, ma carte son et une gratte, et on voulait faire un titre… encore différent.
Donc on a sorti un son de synthé qui nous a plu tout de suite et là-dessus, Marco m’a chanté le petit riff de gratte du début. Ensuite on a brodé autour, ce qui donne un morceau à la fois lourd et mélodieux, ambiance crooner. Un morceau que j’apprécie particulièrement de jouer sur scène…
Marco : Oui, ce titre a été composé au dernier moment ! Quand on a senti qu’on tenait le bon riff, j’ai très vite ressenti de très bonnes vibes monter en moi, rapport au chant, il y avait de l’espace… Un détail est important : il faut savoir construire un titre où l’on sent d’avance qu’il va marcher avec tel ou tel chanteur… J’écoute depuis toujours des musiques très différentes et depuis quelques années de plus en plus d’artistes crooners ou crooneuses… Je suis par exemple un grand fan de Barry Adamson, ex-bassiste de Magazine et ex-batteur de Nick Cave & The Bad Seeds à ses débuts. Il est capable de jouer soul à la Barry White et de faire des titres extrêmement dark et toujours d’une efficacité déconcertante. Tout comme j’aime Franck Sinatra ou Lee Hazelwood dont nous allons faire la reprise de « Some Velvet Morning » qu’il chantait avec Nancy Sinatra… Nous nous allons faire cette expérience avec une artiste parisienne qui s’appelle Demi Mondaine et qui a une voix et une prestance incroyable ! Elle a sorti deux EPs jusqu’à présent et commence à tourner de plus en plus. On peut voir ses vidéos sur YouTube et facilement la rencontrer au bar La Féline qu’elle tient avec son homme Pat, dans le XXème à Paris.
Je suis vocalement de plus en plus attiré par des compos toujours aussi fortes mais où je peux poser ma voix de façon plus croonée ou chantée, sans pour autant que cela devienne de la soupe…. Tom Waits aussi est devenu une influence pour moi. Je me tourne de plus en plus vers des ambiances rock blues, des histoires vécues ou imaginaires, sans perdre de vue la base punk qui est le moteur de Treponem Pal.

« Riot Dance » me fait penser à cette page de la bande dessinée La Nuit de Druillet, où les vauriens dansent sous les étoiles. Le groupe Proton Burst avait fait un album thématique sur cette BD il y a de longues années. Comment expliques-tu la longévité de ton groupe malgré les changements de line-up ?
Marco :
La longévité de ce groupe tient surtout au fait que je vis la musique, le rock le blues, la soul au quotidien ! Je suis aussi un grand fan de musiques noires… Ce sont les sons que j’ai besoin de faire vibrer pour faire danser le public. J’ai besoin, depuis que je suis tombé dans la musique quand j’étais petit, de produire sans cesse de nouvelles compos avec mes compagnons de route qui sont réellement la meilleure équipe que j’ai jamais eue depuis très très longtemps ! Un jour en haut / un jour en bas, c’est la vie d’un groupe de rock… Ils le savent, même si Treponem Pal dans le passé a vécu de belles et grandes expériences surtout à l’étranger. En France rien n’est jamais joué ! Si je refais le compte, Treponem Pal, ce n’est pas rien : on a été invités à jouer avec Ministry, NIN, Faith No More, Godflesh, Prong, Killing Joke pour leur tournée de 2008…

Paul Raven, tu peux en parler ?
Oui : la mort de Paul Raven, bassiste de Killing Joke et Ministry, avait beaucoup jouée sur cette invitation car Paul est décédé chez nous le 21 octobre 2007. Il était venu répondre à mon invitation à faire les basses de notre album précédent Weird Machine en compagnie de Ted Parsons, batteur avec qui il était très ami aussi…. Il n’aura eu le temps de jouer que sur trois titres avant de faire une crise cardiaque en pleine nuit pendant son sommeil… Le destin… R.I.P. 1961/2007.

Qu’est-ce qui a manqué selon vous au public ou à l’album Weird Machine pour faire un retour gagnant ?
Polak :
C’était le retour de Treponem Pal après une pause assez longue, et là-dessus, changement de line-up… Je pense que la fan base s’attendait peut-être à un album plus indus mais on est partis dans la composition de Weird Machine comme pour Survival Sounds, en faisant ce dont nous avions envie. Donc nous sommes super contents du rendu de Weird Machine, nous jouons encore plusieurs titres de cet album sur scène, mais bon après, les goûts et les couleurs… Cependant cet album a été très bien accueilli par les webzines et la presse française et internationale…. Il est normal que ça ne plaise pas à tout le monde, le principal est qu’on soit fier de cet album comme des autres.

En préparant mon article, je me suis rematé grâce à la magie d’internet la séquence de la « stouquette » sur Canal + : cette drôle de publicité, ça vous a gênés ou avantagés, sur le terme ?
Marco :
Dans un premier temps nous avons vendu plus de disques, et bénéficié d’énormément de presse positive… dont carrément une demi-page dans L’Evénement du Jeudi qui nous encensait, disant que l’on rappelait qu’il pouvait encore se passer du vrai live à la télé.

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