The Mission – Interview avec Wayne Hussey (Pt. 2)

31 Oct 16 The Mission – Interview avec Wayne Hussey (Pt. 2)

The Mission joue au Bus Palladium (Paris) le 1er novembre 2016 (FB event). Ce sera la seule date donnée en France pour la tournée des XXX ans. Elle verra le leader Wayne Hussey (chant, guitare) et les originels Craig Adams (basse) et Simon Hinkler (guitares) porter mémoire. Le groupe, épaulé depuis plusieurs années sur scène par le batteur et producteur Mike Kelly, plus en 2016 par la chanteuse Evi Vine (The Eden House), défendra à Paris un nouvel album studio fort bien tenu. Intitulé Another Fall from Grace, il a été produit par un collaborateur historique de Mission : Tim Palmer, responsable d’enregistrements ayant fait la première gloire du groupe. Dans cette seconde partie de notre entretien avec Wayne, retour sur les modalités de travail mises en œuvre par Mission sur sa récente période d’existence.

Obsküre : La sortie d’Another Fall from Grace a impliqué l’organisation d’une opération de crowdfunding. Crois-tu en ce modèle économique pour d’autres projets futurs, qu’ils concernent Mission ou ta carrière solo ?
Wayne Hussey :
Je ne sais pas top. C’est un modèle que nous avions appliqué à mon dernier opus solo, Songs Of Candlelights & Razorblades – et pour ce que nous en attendions, le moyen employé a été raisonnablement efficace. C’est pourquoi nous avons transposé l’expérience à Mission. La distribution d’Another Fall from Grace reste pour sa part cantonnée à des canaux classiques, via un deal avec SPV. Ce que nous aimons dans ce modus operandi, c’est le niveau de contrôle gagné sur l’opération. Nous sommes la maison de disques, et ceci est un modèle différent de notre pratique ancienne : elle consistait à conférer des licences sur nos enregistrements à d’autres maisons de disques. Or, les labels peuvent faire de l’entrisme dans un processus créatif. Là, non – nous prenons toutes les décisions : nous déterminons la manière de faire, le tempo de l’opération, la façon d’aborder l’artwork, etc. Après, est-ce que nous recourrons de nouveau à Pledge dans le futur, je ne sais pas. Ça a marché pour mon expérience solo, ça marche jusqu’à un certain point concernant The Mission, alors nous verrons. Demain n’est jamais certain (sourire).

The Mission (line-up originel)

The Mission (line-up originel)

Via Pledge, le groupe fait partager une expérience de production aux fans et cela passe par ces petites choses comme l’entrevue que tu as toi-même dirigée avec Tim Palmer, filmée en mode fixe et postée sur la page de l’opération de crowdfunding. C’est une entrevue à bâtons rompus et dont certains passages sont révélateurs de la nature du lien, dans ses aspects positifs comme négatifs, entre le producteur et le groupe : Tim ne se prive pas, à une ou deux reprises, de t’interpeler sur la rupture de votre relation de travail pour Children et sur le regret, pour s’en tenir à ce mot, que ça a pu engendrer de son côté (Wayne émet un petit rire). Intéressant de constater ce niveau de transparence que vous avez pratiqué autour de la fabrication du disque, alors que cet extrait de votre échange aurait pu être enlevé du montage vidéo…
Pourquoi aurions-nous censuré sa parole ? Non, j’ai moi-même trouvé intéressant le fait qu’il exprime son désappointement. Tim fait partie de notre univers depuis trente ans. Qui sait ce que demain réservera.

Il pourrait refaire partie du voyage, pour ton travail solo ou pour Mission ? Est-ce une hypothèse que tu réexaminerais sérieusement ?
Oui. J’ai adoré travaillé avec lui sur Another Fall from Grace, ça a été une expérience forte – et en même temps très différente de celle que nous avions connue ensemble pour les premiers albums de Mission. Pour Gods Own Medicine, je crois que nous sommes restés ensemble physiquement cinq semaines pleines en studio. Pour Carved in Sand, trois mois. Nous résidions au studio, en fait… Cette fois, la distance a marqué le processus : Tim était au Texas, j’étais au Brésil, Craig a fait ses parties aux Etats-Unis. Quant à Simon et Mike, eux, c’est l’Angleterre et Sheffield. L’e-mailing et le web ont permis d’entretenir notre échange, nous nous envoyions des fichiers les uns aux autres. Tim m’a concrètement aidé en ce qui concerne la partie « arrangements » : il me disait « essaie ci, essaie ça » – ou encore : « j’aime cette ligne de guitare, pas celle-là », « cette partie du texte me semble étrange », etc. – des choses comme ça. Ce n’était pas une collaboration au sens complètement traditionnel du terme, mais ça a été très positif de bénéficier de son regard tôt dans le processus, car ça a fortement contribué à façonner les chansons. J’adorerais connaître à nouveau cette expérience prolongée en studio où nous nous retrouvons tous avec lui, en résidence permanente – mais malheureusement, le contexte financier n’est plus le même que dans les années 1990 ; et puis surtout, et cela m’attriste encore plus, de moins en moins de studios restent équipés pour ce genre d’expérience-là.

the-mission_2016

Simon et Craig ont donc travaillé avec toi à distance pour parvenir aux formes finales du nouvel album. Ces chansons se sont construites sans mise à l’épreuve en conditions live par le groupe. Clairement, The Mission est entré de plein pied dans l’ère du web…
Oui, et toujours pour des raisons pratiques et économiques. En fait, ça coûte trop cher de procéder autrement ! Nous sommes précautionneux quant à l’économie afférente aux activités du groupe. J’ai un très bon studio ici au Brésil et j’y fais la plupart de mes enregistrements. Mike a aussi un studio chez lui, où il enregistre ses batteries. Simon et Craig ont eux aussi leurs propres home-studios. Par contre, certains aspects ne se finalisent pas à distance. Je me suis rendu au Texas pour travailler en direct avec Tim sur le mixage de l’album. Lui-même a converti l’un de ses deux garages en studio. En résumé, je crois que la façon dont The Mission procède aujourd’hui recoupe la manière dont font d’autres groupes, nombreux. C’est presque devenu un mode de travail dominant.

Et puis sur le strict plan pratique, si vous voulez faire exister Mission artistiquement, le fait que vous soyez tous à distance les uns des autres ne peut que vous faire abonder dans le sens de recourir au web.
Oui c’est sûr, la distance n’aide pas. Nos face-à-face sont rares au stade créatif… mais bon, ils peuvent survenir. Par exemple je me suis rendu au Royaume-Uni pour quelques shows solo en avril dernier. À cette occasion, j’ai pu voir Mike quelques jours pour travailler sur les parties de batterie avec lui. C’est de mémoire le seul meeting en face à face que nous ayons pu organiser au stade de la préparation, pour ce nouvel album.

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Dieu merci, le web vous permet de faire exister ce groupe tout en créant un cadre respectueux de vos choix de vie respectifs, et qui impliquent cette distance les uns des autres. Conclusion : en pareil contexte, The Mission peut exister pour toujours, non ? (sourire)
(Grand rire) Je ne connais pas le mot « toujours », mec ! Après… oui, tu as raison sur le point de souligner que le web facilite grandement les choses sur pas mal de plans. En même temps le débat n’est pas forcément facile à entretenir sur le web. Si j’extrapole hors de l’activité du groupe, nous voyons cette difficulté à travers l’utilisation que font les gens des réseaux sociaux. Le commentaire n’est pas quelque chose de facile à maîtriser. Au début de notre carrière, l’interaction que nous avions avec le public se produisait lors des tournées. C’est à ce moment-là que nous pouvions enfin ressentir la manière dont l’auditoire percevait ce que nous faisions. Juste avant de voir les fans, nous lisions les chroniques des journalistes dans le NME et le Melody Maker, mais c’était à peu près tout. Neuf fans sur dix de Mission ont aujourd’hui accès à Internet, tout le monde a une opinion et chacun a le droit de l’exprimer – mais certaines choses devraient rester personnelles aux gens et ne pas forcément entrer dans la sphère publique, à mon avis.

(A suivre)

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