The Hundred In The Hands – Interview bonus Obsküre Magazine #10

18 Juil 12 The Hundred In The Hands – Interview bonus Obsküre Magazine #10

Le duo The Hundred In The Hands délivre avec son deuxième album, Red Night, un résultat relativement éloigné de ce premier album homonyme auquel on avait reconnu une forme d’évidence pop et moderne. Red Night, qui comme son prédécesseur arrive chez Warp, n’a pas sa légèreté. Il se dirige vers autre chose, dans une aspiration plus expérimentale et climatique. Ses atmosphères, plus sombres que les couleurs du premier album, engendrent une surprenante oppression. Voici les extraits de l’interview d’Eleanore Everdell et Jason Friedman restés non publiés dans Obsküre Magazine #10, en kiosques depuis le 18 juillet 2012.

Est-ce que le nouveau processus commun, pour Red Night, peut être comparé à celui du premier album et si oui, en quels termes ?
Jason Friedman :
Ça a été vraiment un processus très différent, rien que par le fait de ne pas avoir de producteur. Ça voulait vraiment dire partir de rien et tout recommencer, de bien des manières. Dans le même temps, nous n’avions pas donné beaucoup de concerts à l’époque où nous avons écrit le premier album… Après avoir donné des shows pendant plus d’un an, nous sommes arrivés à savoir qui nous étions en tant que groupe. Tout est devenu bien plus clair que la première fois.

De quelle façon la tournée donnée pour le premier album vous a-t-elle fait évoluer en tant que musiciens et que groupe ?
Eleanore Everdell :
Nous avions donné très peu de shows à l’époque où nous avons terminé le premier enregistrement. Ceci a rendu les premiers assez terrifiants. Certains se sont très bien passés et d’autres, eh bien… je n’en suis pas très sûre ! En outre, certaines chansons sur le premier album se sont révélées difficiles, voire impossibles à jouer live. Nous ne les avions pas écrites avec le live à l’esprit. Cette fois-ci le travail s’est trouvé éclairé par les leçons que nous avons retenues de notre expérience de tournée et la façon dont nous nous avons progressé en tant qu’interprètes. J’ai appris à étirer ma voix et à la laisser aller un peu plus sur la dernière tournée, et je pense que ça traverse le nouvel enregistrement. Jason, de son côté, crée avec sa guitare ces sons de dinosaures enflammés et ils ont été incorporés dans certaines des textures les plus épaisses de Red Night.
Jason : Tourner est vraiment devenu quelque chose que j’aime. En plus d’alterner entre des lieux très différents, il y a tant de questions auxquelles ne plus répondre, par rapport à toutes celles que tu poses lorsque tu écris et que tu enregistres ! C’est aussi très libérateur de laisser ta musique se développer et devenir plus physique en concert… Nous avons certainement appris de tout cela quand nous nous sommes dirigés vers la fabrication du nouvel album. J’ai quand même été surpris de constater que de bien des façons, nous nous sommes retrouvés à faire des choses très différemment de ce que je pensais qu’elles seraient lorsque nous vivions l’expérience de la tournée. Je m’attendais au départ à ce que nous développions des choses dans le genre de ce que « Young aren’t young » ou « Commotion » étaient devenus live ; mais dès que nous avons démarré l’écriture de nouveaux titres, en allant vers ce genre de choses, nous ressentions le résultat comme presque forcé, ça ne correspondait plus au moment où nous nous trouvions alors. Les beats que nous sentions s’inscrivaient dans quelque chose de plus lent, lourd, un son beaucoup plus sombre. Ce sont des choses qui nous excitaient davantage et nous avons suivi ce chemin.


[Kmeron – Flickr]

Lorsque vous composez et enregistrez, est-ce réalisé dans l’idée de pouvoir reproduire le son à deux sur scène ? Excluez-vous à court terme de devenir un groupe live avec d’autres musiciens à vos côtés ?
La chose compliquée pour nous, c’est que nous écrivons et enregistrons en même temps, de sorte que les chansons sont une réaction directe aux outils dont nous disposons et il faut un certain temps pour comprendre comment le faire vivre. « Stay the Night » et « Red Night », par exemple, se sont en quasi-totalité formés à partir des guitares et il s’y trouve très peu de synthés en soit. « Red Night » est presque entièrement fondé sur des sons acoustiques de guitare et l’ensemble du processus s’est fait dans ce sens : une manipulation qui se réalise avec des machines. Adapter les nouveaux titres au live est un apprentissage dans lequel nous entrons, maux de tête compris. Mais cet été, la première chose que nous ferons sera sans doute de recruter un batteur. Il est temps, il me semble, de développer ce que nous faisons en live.
Eleanore : Nous sommes vraiment ravis de recourir à une vraie percussion dans le futur. Il y a eu des discussions sur d’autres apports que nous pourrions faire au groupe pour les shows, si nous le pouvions. Nous ne sommes pas opposés à l’idée, mais plus tu cherches à inclure des éléments, moins de contrôle tu maintiens sur le son dans son ensemble.

C’est le sempiternel problème du contrôle en musique…
Je suis issue d’un cursus classique, j’ai étudié l’opéra. Je ne me suis jamais retrouvée dans des groupes rock comme un gosse perçu par les autres à travers une facette d’outsider. Avant de déménager vers New York, j’avais pour habitude de faire de la musique dans des environnements extrêmement contrôlés. Je ne pouvais m’extraire aisément et rapidement du monde hautement compétitif de la musique classique, et rien ne m’a préparée à l’absence de contrôle qui s’empare de la situation lorsque tu joues en groupe. Les sons sont forts, et intrusifs, différents, à chaque endroit où tu joues. Les shows sont par nature chaotiques, imprévisibles. Mais s’habituer à l’absence de contrôle et, éventuellement, me laisser aller à perdre le contrôle a été un peu la clef de ce qui fait l’essence le travail, de ce qui le fait marcher et le rend amusant.
Jason : Je me sens davantage dans le contrôle lorsque j’évolue dans des sons lourds et bruyants. La liberté qui vient de cela m’aide à voir les choses autour de moi plus clairement, parce que je peux alors réfléchir à la guitare. Lorsque les choses commencent à être régulées, compartimentées, ça crée un sentiment claustrophobe et qui me fait me sentir hors de contrôle. Mais nous avions tous deux l’habitude de nous sentir dans cette maîtrise avant de commencer à travailler ensemble et ce que ce groupe est, part entre autres de cet apprentissage de l’abandon du sentiment de contrôle absolu. Apprendre à canaliser mon propre chaos d’une manière plus organisée m’apporte alors une lumière, mais crée un certain inconfort.

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