The Eyes In The Heat – Interview bonus Obsküre Magazine #11

31 Oct 12 The Eyes In The Heat – Interview bonus Obsküre Magazine #11

À l’occasion de la sortie du nouvel album ProgramMe, www.obskuremag.net publie les extraits restés inédits de l’entretien avec le duo expé, dansant et cold formé par Zizi Kanaan (chant, synthétiseurs) et Oliver Ho (électronique, guitare) paru dans Obsküre Magazine #11 (septembre/octobre 2012).

Obsküre Magazine : Zizi, trouves-tu dans le texte une façon de décrire l’extérieur autant que l’intérieur? Quelle est la partie d’intimité et d’observation dans ce que tu couches sur le papier ?
Zizi Kanaan :
Beaucoup de paroles ressortent du stade personnel en quelque sorte – mais peut-être davantage parce que je les ai écrites, plutôt qu’au sens littéral du terme. Il a presque toujours été impossible pour moi d’écrire sur un événement spécifique personnel, les sentiments sont toujours filtrés par une sorte d’histoire. Comme avec « Florida » : c’est peut-être la chanson la plus personnelle au sens littéral, puisque j’ai passé une grande partie de mon enfance là-bas. Mais même ici, je fais face à des sentiments et des idées à faire avec une mémoire corrompue, une nostalgie – la façon dont le monde « réel » d’un enfant s’avère souvent un mélange de fiction et de vérité. Comme beaucoup d’enfants je suppose, lorsque j’étais plus jeune je vivais dans un monde de rêverie constante – et le fantasme et l’imagination peuvent souvent se retrouver dans nos souvenirs, nous semblant réels.

Les aspects dansants sculptent une grande partie de votre son sur le nouvel album. Sortez-vous beaucoup en clubs et la culture de ces lieux imprègne-t-elle ce que vous faites chez vous, en écrivant ? Diriez-vous enfin que votre jeu sur les rythmes correspond à la recherche d’une hypnose in concreto ?
Oliver Ho :
Eh bien, j’ai passé les quinze dernières années à faire le DJ dans les clubs du monde entier. J’ai toujours aimé la danse, les clubs et je pense que cela s’est infiltré dans notre musique, cette pulsation rythmique forte et hypnotique… J’aime la sensation d’un son très simple de boîte à rythme. La musique dansante fait partie de mon ADN… Après, que puis-je en dire ? C’est une influence, mais qui ne gouverne pas tout dans l’intention. Nous empruntons des idées associées à ce domaine, auxquelles nous faisons investir d’autres champs, et ce afin de toucher de nouvelles significations. Ainsi créons-nous une hybridité que nous pouvons nommer notre propre « style ».
Zizi : Le sentiment d’acharnement et de répétition est sans aucun doute une grande partie de ce style, mais cela ne veut pas dire les choses vont vite tout le temps. La structure doit être apte à faire passer plus de nuances, des aspects délicats, comme des sentiments de tristesse ou de réflexion.

Zizi, comment décrirais-tu le processus de travail sur les paroles? Est-ce quelque chose d’instinctif, voire une sorte d’écriture automatique, ou l’approche lyrique nécessite généralement des instants de réflexions ?
Parfois, l’écriture est facile, comme avec « Stare». Ce titre est arrivé subitement, rapidement, sans hésitation, comme si je purgeais quelque chose. Pour d’autres paroles par contre, et histoire de poursuivre dans cette métaphore de l’évacuation, c’est un peu comme chier un rocher ! (N.D.L.R. : l’image devrait plaire à Costes) Et puis, après, tu te rends compte que certaines de ces roches sont de l’or pur … Mmmh… Mais dis-moi, tout cela a mû en une bien étrange métaphore !
En fait, non, je n’ai pas de programme ou de processus d’écriture particulier. J’aime abstraire les choses, les réduire … Parfois, le point de départ est une référence littéraire ou la scène d’un film que je veux raconter et, en quelque sorte, concentrer. Je travaille le langage comme un matériau, argile fait de malléabilité et d’ambiguïté. Je trouve intéressant de réfléchir à ce qu’est la langue, et comment nous pouvons éprouver le désir, puissant parfois, de la forcer à aller vers ce qu’elle n’est pas. Je suppose que tout cela se rapporte à l’identité. La plupart des gens ont tendance à vouloir tout niveler vers le bas, à catégoriser les choses et à en tirer une application avec certitude dans leur vie. Mais en réalité, nos identités se trouvent toujours au cœur de multiples flux, par-delà une multiplicité d’influences et de significations…
Ce que j’ai toujours essayé de faire, c’est laisser mon esprit se retirer et prendre du recul pendant un certain temps, afin que je puisse entrer dans cet état de rêve, là où l’esprit, en quelque sorte, s’ouvre et se permet une libre circulation des idées… Parfois ça marche, d’autre fois non. C’est certainement plus facile à faire à certains moments de la journée, avant que le cerveau se retrouve bouché par la crasse de la vie quotidienne. Pour moi, c’est tôt le matin ou tard le soir, quand le reste du monde est endormi.

Comment voyez-vous tous deux, pour l’avenir, se dessiner le rôle de Jérôme Tcherneyan (N.D.L.R. : collaborateur de Piano Magic et Cocteau Twins, devenu collaborateur de The Eyes In The Heat après l’écriture du premier album) ? Reste-t-il exclusivement un contributeur live ou aspirez-vous à le laisser participer à la composition pour le groupe ?
Jérôme a été totalement intégré à The Eyes In The Heat. Il est notre prisonnier.
Olivier : On ne peut plus imaginer le groupe sans lui. ProgramMe a été écrit principalement avant que nous nous trouvions, mais la musique dans le futur va certainement nous amener à nous présenter comme un trio. Tous les musiciens seront amenés a priori à porter des idées.

À travers ce premier album, ProgramMe, se dégage une sensation de froid. Sa mécanique reflète en ce qui nous concerne quelque chose de typiquement urbain, pleine de cette « vibration de la ville ». Votre vie se dédie-t-elle qu’à cette urbanité ou existe-t-il chez vous un refuge autre, campagne, nature ?
J’ai toujours vécu à Londres, aussi Londres a-t-elle eu une grande influence sur mon développement musical. Mon expérience de la musique a été très urbaine. J’allais dans les clubs situés dans d’anciens entrepôts industriels, j’allais voir des groupes jouer live dans des lieux sombres. J’aime la ville, sa poussière, j’aime l’odeur froide du béton : ce n’est pas un endroit stérile, il s’agit d’un terrain fertile offrant d’infinies possibilités. Cela peut certainement s’avérer trop intense parfois, mais cette énergies, je la fais mienne. J’aime faire des pauses en extérieur, pleine nature. La nature me lave de cette tension mais au bout d’un moment, je suis à la recherche de cette poussière à nouveau, j’aime trop cette tension de la ville.
Zizi : Je pense me nourrir plus largement de l’espace et l’océan … Et je crois que l’album a une sorte d’humidité, de densité de feeling tropical. Je ne pense d’ailleurs pas à lui en termes particulièrement « froids ». Mais là encore, je ne ressens pas la ville comme un endroit particulièrement froid … peut-être conflictuel, confus, et comprimé, ça oui… Mais la ville donne aussi lieu à des sensations de chaleur et d’intimité, de mélancolie et de complexité. « Sang » est la chanson qui résume le mieux ces idées, peut-être pourrait-on même y voir le portrait d’une ville. Cela dit, tout l’album est une sorte de mélange ou peut-être une guerre, entre les mécaniques et les angoisses de la vie urbaine, et l’aspiration à une sorte de fusion, de libération tropicale.

> SORTIE
– THE EYES IN THE HEAT – ProgramMe (Kill the DJ/Differ-Ant) (2012)
> WEB OFFICIEL
www.facebook.com/theeyesintheheat

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