Team Ghost – Interview bonus Obsküre Magazine #14

06 Mai 13 Team Ghost – Interview bonus Obsküre Magazine #14

Nicolas Fromageau, cofondateur de M83, a quitté le navire pris en manœuvre par le seul Anthony Gonzalez (M83 qui, sous la seule gouvernance de ce dernier, a littéralement explosé). Fromageau, avec Team Ghost, propose aujourd’hui une musique faisant bel effet, à la confluence des vapeurs acides du shoegaze, de l’efficience mélodique que recherche toute bonne musique pop. Un feeling new wave nervure le tout et donne à apprécier un disque abouti dans son énergie comme dans ses climats : Rituals, sorti chez wSphere / Disque Primeur. Obsküre Magazine revient avec Fromageau sur l’initiative et dissèque les entrailles.

Obsküre Magazine : We all shine, en 2011, compilait les premiers EP. Le Team Ghost d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier…
Nicolas Fromageau :
Ça a un peu évolué pour le nouvel album. Notre formation ne bouge plus. La section rythmique est stabilisée et nous avons beaucoup travaillé en groupe, à répéter les morceaux en conditions live, alors que le premier EP, c’était plus fait « dans la chambre ». Et puis l’apport de Benoît de Villeneuve (N.D.L.R. : chant, guitares, claviers) a été très important : il a un home studio bien achalandé en matériel analogique. Nous avons donc passé beaucoup de temps chez lui à peaufiner des sons plus léchés. Au global, c’est davantage un effort de groupe dans lequel chacun travaille et trouve ses propres parties. En fait j’ai apporté des démos sans pousser pas le détail, ce qui a laissé de l’espace aux autres. »

Entre les premiers EPs et ce premier album, plusieurs années se sont écoulées. Le travail sur l’album a démarré en 2010, semble-t-il…
L’album s’est fait très vite, j’ai le sentiment. Il était enregistré en avril 2011 mais nous avons rencontré des problèmes lors de la phase suivante, le mixage. Après c’est toujours le problème de trouver un deal qui nous correspondait pour le sortir, avec derrière l’organisation de la promo, etc. Il y a des temps qui ne dépendent plus uniquement de toi une fois que ton travail est fini. La maison de disques cherche aussi à trouver le meilleur moment pour le sortir, etc. Mais de notre côté, j’ai le sentiment que nous avons travaillé assez rapidement sur la substance musicale.

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Cette pochette est assez surprenante. Je ne suis pas certain qu’elle sera du goût de tout le monde…
Jean-Philippe Talaga fait nos pochettes et je le considère comme un sixième membre du groupe. Il avait envie d’une photo de groupe au départ, histoire de prendre l’époque à contrepied. Ça ne se fait plus trop, de mettre la gueule des membres à l’avant, comme ça. D’ailleurs en le disant, je pense à ces vieilles pochettes d’Echo & The Bunnymen, où tu les vois toujours dans des décors de dingue. J’aimais bien cette approche-là… Et puis Jean-Philippe a eu cette idée de reproduire un tableau de Caravage avec des éléments Renaissance. Nous lui avons fait confiance, j’aime le résultat mais c’est vrai que c’est surprenant et il faut l’assumer (rire). Je suppose que tout le monde n’aimera pas la pochette, mais honnêtement… on s’en fout (rire). »

Kiss Me First, cette équipe de production montée par Guéroin et toi-même, quel avenir se donne-t-elle ?
C’est en suspens. Il s’agissait initialement de monter une association pour nous permettre de produire nos premiers EPs, car il faut une structure pour asseoir le truc économiquement. Mais nous n’avons jamais eu pour désir de monter un label ou de nous produire nous-mêmes. On verra pour le futur, mais en même temps ça a l’air d’être tellement galère de monter un label aujourd’hui que ce n’est pas à l’ordre du jour ; pas mal de monde semble se casser les dents là-dessus, ces jours-ci (rire).

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Cette minimal house que tu dis avoir tant aimé à une époque… Tu donnes toujours dans ce genre de son ?
Un peu moins. Je sors moins, j’ai arrêté la drogue (rire), enfin c’est surtout cet âge d’or d’il y a une dizaine d’années avec des artistes comme Superpitcher, Michael Meyer. Ça, ça m’avait vraiment retourné : c’était la house que je voulais écouter en club et que je pouvais écouter chez moi, avec cette sensibilité que je retrouvais aussi chez certains artistes du rock indé ou de la new wave… ça oui, ça m’avait vraiment retourné… Depuis, j’écoute assez peu d’electro. Et puis le fait de moins sortir en ce moment fait que je ne me tiens plus trop au courant.

Le format album implique d’ordonner, histoire de créer un flux. La musique peut être très frontale sur l’album (le single), ou s’inscrire dans plus de détachement, de langueur (« Somebody’s watching »). Le tracklisting a-t-il été difficile à définir ?
Il y a eu du boulot pour l’enchaînement. J’ai aussi cette vision d’un album, et Loveless (N.D.L.R. : chef d’œuvre en rouge de My Bloody Valentine) a un peu cet image d’album parfait, dans l’idée de flux. Donc il faut essayer. C’est facile de trouver le premier et le dernier morceau, mais tout ce qui est entre les deux, c’est un travail, ça prend du temps. Il faut faire des listes et essayer, voir si ça fonctionne… ça n’arrive pas tout seul.

Sur « All we left behind » prennent place un sentiment nostalgique et un physique fort, notamment sur la dernière partie du morceau. Serais-tu de nature foncièrement nostalgique ?
En ce qui me concerne, absolument… Par rapport à l’adolescence, cette période des quinze à vingt-cinq ans où tu as l’impression que tu peux tout faire, que tu arriveras à tout, cette espèce de naïveté… Et ça ressort surtout dans ce passage à l’âge où j’arrive, de réaliser que nous ne sommes plus des enfants, que le statut d’adulte n’est pas simple à assumer dans le monde dans lequel nous vivons.

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Des ponts peuvent être établis, dans la brillance dans le son, un souci de la mélodicité, entre certains albums de M83 et ce que tu fais aujourd’hui avec Team Ghost. Vois-tu un jeu de miroir ?
Peut-être… Mais peut-être aussi que Tony s’est éloigné du côté sombre des premiers disques pour arriver à quelque chose de plus lumineux, alors que moi non… En fait, la cold wave et le gothique n’étaient pas des scènes auxquelles Tony était très attaché, c’était davantage mon truc. La différence s’est faite là. Je suis resté fan de Joy Division quand il s’est intéressé à des sonorités plus lumineuses : Kate Bush, ce genre de choses-là… Après, comparer Team Ghost aux premiers M83, j’aurais du mal. C’était purement électro, il n’y avait pas de chant, c’était quand même assez différent.

Certes mais paradoxalement, on retrouve des moments shoegaze chez M83 qui me font penser à ce que tu fais aujourd’hui, mais qui sont survenus après ton départ.
Oui, c’est vrai, l’album d’après. Peut-être bien. Le troisième album a été le premier album que Tony a réussi à faire avec un batteur, un bassiste et c’est finalement là qu’il a réussi à faire le disque que nous aurions aimé faire avant, je pense. Je le vois un peu comme ça. Nous avons grandi et appris à faire de la musique ensemble et nous aurons toujours des réflexes et des harmonies en commun. Nous n’avons pas de contacts très réguliers ces derniers temps et puis Tony a un emploi du temps de fou depuis deux ans. En plus il vit aux États-Unis… Mais j’ai vu son show parisien au Pitchfork festival et j’ai littéralement adoré le concert.

> SORTIE
– TEAM GHOST – Rituals (wSphere / Disque Primeur) (2013)
> WEB OFFICIEL
https://www.facebook.com/teamghostmusic

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