Tamtrum – Interview bonus Obsküre #21

15 Mai 14 Tamtrum – Interview bonus Obsküre #21

L’aventure est close. Des concerts à n’en plus finir, des morceaux qui renaissent sous d’autres formes, des photos et des conneries dignes de ce groupe de la génération Jackass… Tamtrum, oui, ça a été l’occasion pour ses membres de vivre à fond le rock. Dans le nouveau disque DVD + CD sorti chez Alfa Matrix et intitulé Allez tous vous faire mettre, le documentaire The Road is dry now réalisé par le groupe lui-même est un constat de succès. Oui, on peut se marrer en France en jouant de l’electro-dark. Oui, il y a bien eu des rencontres et des passages dans des lieux de liberté et d’expérimentations. On peut parfois se dire que ça vole pas bien haut avec leurs bêtises, évidemment, les gars en tiennent une sacré couche et descendent à qui mieux les toxiques licites et illicites. Mais, somme toute, on a là un esprit Choron libertaire et pas macho pour un sou qui fait plaisir. Les premiers qui affrontent le ridicule, ce sont eux et cette vie digne de l’underground-rock-stars, ils l’ont vécue de la plus belle façon qui soit : à fond et sans regarder dans le rétro !

Trois mots autres que Sex, Drugs et Rock’n’roll pour définir Tamtrum ?

Sylvicious : Pornography, Narcotics et EBM ? Non, sérieusement, y’a pas d’autres mots pour décrire la démarche du groupe. Alors oui, je sais que ce concept est usé jusqu’à la moelle, mais il faut savoir une chose, c’est qu’à l’époque 2003/2004, franchement la scène Electro-Dark était vraiment plan plan. Entre Suicide Commando qui posait avec des flingues en plastique et :Wumpscut : qui sortait des disques de manière industrielle… Nous n’avons pas grandi en écoutant Front 242 et Leaether Strip, on était pas geek, nous, on était des punks. Et je trouve que cette scène manque cruellement de risque. C’est tous des gars qui posent avec du sang sur les mains, mais qui sont bien rangés avec des tafs de maintenance en informatique. Le scène electro-dark des années 2000 est une bonne grosse blague, qui ne fait plus rire grand monde hélas.

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Et, pour lui remettre les points sur les i à cette scène noyée sous la futur-pop des années 2000, Tamtrum est arrivé, mal servi au départ par un nom très proche du groupe noise Tantrum, mais très vite un style et une approche rentre-dedans font la différence. Benoît Sixteen, le chanteur, venait du black-metal. Pas un look à la And One, mais des cheveux longs, un torse nu (qu’on verra d’année en année se muscler et se couvrir de tatouages) et une voix éructée pour de vrai. Derrière lui, à l’époque, un seul homme, Ins-ext, aux machines, et à son côté, Syl_vin.01 (devenu Sylvicious par la suite) explosant une capsule de peinture noire dans sa bouche – il nous précise qu’il buvait à même la bouteille de Jack’ cette peinture noire – dégoulinant comme un porc égorgé et finissant à poil, parce que la musique le réclame. Nous étions à la Flèche d’Or en 2004, pour cet avènement païen et le groupe nous avait immédiatement séduit. Sylvicious dans Obsküre # 21 est revenu sur le concert, ici, en bonus, il précise aussi le rôle de Benoît.

Sylvicious : Au départ Benoît était tellement timide, qu’il voulait que ça soit moi qui chante exclusivement. Le problème c’est qu’en studio c’est lui qui avait posé les voix, tout simplement parce que lui savait chanter, enfin crier plutôt. Contrairement à moi (rires). Puis après, sur scène, il est devenu le frontman qu’on connaît.

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Les disques sortent, surprennent par leur talent. Tamtrum, en plus d’être un monstre scénique, se durcit. L’aspect lo-fi et foutraque de Some Atomic Songs est vite magnifié par les collaborations. Les remixes des premiers soutiens (dont Punish Yourself) et les collaborations avec les meilleurs noms de la scène se multiplient. Elektronic Blakc Mess, bien servi par un visuel de circonstance, casse la baraque.

Sylvicious : Nous n’étions pas un gros groupe. EBM s’est vendu à 2500 copies : tu vois c’est pas la fin du monde. Même si les gens du business sauront que faire ce chiffre au milieu des années 2000, en pleine crise du disque, dans le milieu goth-industriel c’est pas mal du tout, et pour un groupe français carrément énorme. Tout ça pour dire, que le peu de fans que nous avions ont vraiment, vraiment aimé EBM. Ils ne l’ont pas pris pour un simple disque d’electro-dark à la con. Du coup venir trois ans après avec un disque d’electro-rock, c’était sûr que ça allait coincer. Voilà, j’ai même reçu quelques lettres d’insultes… ha ha ! À côté de ça, j’ai beaucoup de gars qui nous suivaient depuis le tout début et qui, une fois l’album digéré, ont ADORÉ Fuck you… En Russie, quand on jouait un morceau de Fuck You les gars devenaient ouf… en France, dès qu’on les jouait, les gens arrêtaient de danser. Il y a encore deux ans, je préférais Fuck you..., mais aujourd’hui quand je réécoute nos disques, au final, je trouve EBM meilleur. Les fans avaient raison en fait (il sourit). Par contre non ça n’a pas précipité la fin. Y’a eu des supers concerts, notamment celui au Hellfest qui n’était pas gagné d’avance.

La polémique prend de l’ampleur, la réussite du groupe et l’utilisation de femmes aux seins nus sur scène sert de prétexte pour leur taper dessus alors même que la nudité dans le groupe est un acte partagé, entre hommes et femmes, et avec le public. Le DVD remet les pendules à l’heure sur ce point, avec la désinvolture qui a permis au groupe de tenir dans ce dur moment. En parallèle, les soirées Shoot Ton Goth jouent dans le même registre. Oui, on peut être dark et aptes à s’éclater sans se prendre la tête. Un sacrilège pour certains… malheureusement. Tamtrum continue sa route, paume ses fichiers sons, recompose, la machine se grippe et le groupe décide de se saborder, sans se prendre la tête, confiant dans le chemin parcouru, reconnaissant envers ceux qui les ont soutenus.

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Sylvicious : Puis on a eu trente ans. On s’est marié chacun de notre côté, Benoît et moi. Il a eu un enfant. Je trouve pas ça très compatible avec le fait de faire une tournée qui s’appelle : « Bring your Drugs and Daughters Backstage on our Tour » On jouait pas la comédie avec Tamtrum, c’est pour ça que ça a un peu fonctionné et que ça a parlé à des gens. On a vraiment fait les cons sur la route, et ça se voit sur notre DVD Allez Tous Vous Faire Mettre. Regarde les plus grands groupes : ils ont quasiment tous un rush de dix ans, environ trois albums. Après ça tourne en rond et ça s’essouffle. Alors pour un petit groupe à la con comme le nôtre, dix ans c’est suffisant. On a préféré arrêter avant de devenir pathétique. Je trouve ça honnête.

Vous avez généré de l’amour (une fan base incroyable) et de la haine : Tamtrum, c’était de l’excès en tout ?

Sylvicious : Oui bien sûr. Tant mieux… Mec, si tout le monde aime ton groupe, dis-toi bien qu’il y a un problème quelque part. Je finirais cette interview par la même citation que celle avec laquelle j’ai conclu l’annonce de la fin du groupe et qui est de Kurdt Cobain. « Il vaut mieux s’enflammer que de brûler à petit feu. » [NDLR : (merci Statik), cette citation est un extrait des paroles de la chanson « Hey hey my my (into the Black) » de Neil Young, que Cobain a cité dans sa lettre d’adieu. Apprenant cet emprunt fatal, Neil Young a ensuite rendu hommage au leader de Nirvana en lui dédiant son album Sleeps with Angels.]

Il reste alors un DVD lumineux et un CD de remixes et raretés, comme de nouvelles étincelles dans une nuit de concerts assez ternes en comparaison.

« Allez tous vous faire mettre » CD + DVD (alfa matrix) (2014)

https://fr-fr.facebook.com/Tamtrum

Photos par Jeanne Saint-Julien

www.jeannesj.com

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