Sylvain Chauveau – showcase @ Souffle Continu 14/06/2013 (report)

02 Juil 13 Sylvain Chauveau – showcase @ Souffle Continu 14/06/2013 (report)

Ou :
De l’abstraction en musique.

Photographies : Théo Jarrier

Nos amis Bernard Ducayron et Théo Jarrier, disquaires passionnés faisant vivre avec éclat la superbe boutique Souffle Continu (Paris), nous ont conviés à un évènement d’importance ce vendredi 14 juin 2013. Sylvain Chauveau venait y présenter son nouvel album, Kogetsudai, qui sortira en septembre sur le label Brocoli. Il avait au préalable prévenu qu’il ne pourrait assurer une performance live de cet album, la restitution de l’œuvre serait en toute hypothèse insatisfaisante à ses yeux. Qu’importe, ce soir là, outre une superbe découverte musicale, nous avons été fascinés par la rencontre avec un artiste d’une sincérité désarmante.

Le compositeur a tout d’abord pris la parole pour expliquer sa démarche sans fausse modestie et avec pudeur. Face à une œuvre qui continue sans doute à l’interpeller, il a ressenti l’envie d’accompagner son auditoire et de le guider au moins quant à la genèse de l’évolution de son propos musical. Ses paroles ont touché, et leur utilité a été réelle dans l’appréhension de l’œuvre. Non point que l’explication fût nécessaire, mais la radicalité de l’opus étant certaine, un modus operandi aura été opportun.

L’artiste a conté librement, bien qu’ayant préparé quelques notes qu’il n’aura guère suivies, la voie qui l’a conduit vers une musique empreinte d’abstraction. Ayant à cœur d’aller de l’avant, Sylvain nous dit que la composition au piano qu’il pratiquait au préalable lui parait désormais surannée, souffrant profondément d’une connotation XIXème siècle dont il veut se départir. Son idée est alors, sans qu’elle soit formalisée ainsi, de marcher dans les traces d’un John Cage, tout en apportant sensibilité personnelle et modernité.

sylvain-chauveau_sc_1

Sylvain détaille alors deux évènements, ayant eu une influence forte et essentielle dans son cheminement musical.
En premier lieu, il relate une nuit passée dans un aéroport à dormir sur un banc en métal, entouré de sonorités étranges pour certaines acérées et inquiétantes. Pour tenter de passer ces heures si ce n’est de façon confortable, à tout le moins acceptable, il prend le parti de percevoir ces bruits non comme des nuisances mais comme des éléments d’une musicalité alternative, inédite et formellement déconstruite. Et manifestement, une brèche est ouverte cette nuit-là pour l’artiste, qui commence à envisager la musique sous un autre aspect : elle peut toucher non uniquement par sa structure ou sa mélodicité, mais également par la texture des sons, le placement des silences, la variation des intensités.

La seconde expérience qui poussera l’artiste vers plus d’abstraction est la découverte de l’œuvre de l’artiste peintre française Aurélie Nemours. C’est lors d’une visite à Beaubourg que Sylvain décrit avoir vécu l’équivalent d’un syndrome de Stendhal, soit une forme d’émotion d’une intensité inouïe, proche de la tétanie ou de la spasmophilie ressentie face à une œuvre, en l’occurrence un monochrome. Ce tableau, éminemment abstrait, Sylvain en comprend le message spontanément, le ressent dans sa chair, en perçoit même une charge érotique. Et il se dit que la force de la musique pourrait également se situer dans une telle sphère, abstraite certes mais d’une puissance immense.
Sylvain nous foudroie alors, lorsqu’il précise qu’il rédigea par la suite une lettre à l’attention d’Aurélie Nemours pour lui exprimer l’impact physique et intellectuel de son œuvre précisément le jour où celle-ci décède, décès qu’il n’apprit que le lendemain.

sylvain-chauveau_sc_2

Enfin, Sylvain parle du titre de l’album Kogetsudai. Il s’agit en réalité du nom d’une sculpture de gravier d’une grande beauté de deux mètres de haut qui se trouve au temple de Ginkakuji à Kyoto, au Japon, où l’artiste a été en résidence en 2011. Cette dernière précision nous permet de mesurer la place de l’épure dans l’écriture de sa musique.
Le décor étant ainsi planté, place à l’écoute.

L’opus est divisé en six pièces et dure 24 minutes 59 secondes. Sylvain Chauveau considère qu’il s’agit de chansons, et en ce sens il est difficile de le contredire. Quel serait en effet le principe supérieur qui régirait le format chanson ? Pour autant, celui qui aurait à l’esprit le superbe album de reprises de Depeche Mode Down to the Bone sorti en 2005, peut s’attendre à une surprise de taille.
Le préambule de Sylvain Chauveau n’ayant pas été vain et la crainte d’une œuvre à l’abstraction théorique, absconse et uniquement formelle dissipée, Souffle Continu est plongé au sein d’une œuvre d’une grande pureté, profondément émouvante, faite de silences mais également de sonorités stridentes, entrechoquées, fiévreuses. Le chant vient se nicher ci et là, mais jamais dans une optique traditionnelle, les effets nombreux apportant à cette voix superbe une cohérence tangible avec l’ensemble atypique. L’œuvre est certes complexe mais toujours sensible. Elle interroge, secoue parfois, suscitant toutefois sans cesse un intérêt majeur. Il est impossible et serait dérisoire de décrire avec détail ce que nous avons pu entendre mais il est indéniable que l’écoute fait sens et parle aux sens.

L’auditoire, silencieux et conquis aura retenu son souffle, happé par une œuvre exigeante, ambitieuse et d’une sincérité bouleversante.

sylvain-chauveau_kogetsudai

Sylvain Chauveau
Kogetsudai
Album à paraître en septembre sur le Label français Brocoli

Tofukuji
The most beautiful Music
Dark Clouds in the Sand
Lenta la Neve
Demeure
Kogetsudai

Be Sociable, Share!