Sybreed – Interview bonus Obsküre Magazine #11

17 Sep 12 Sybreed – Interview bonus Obsküre Magazine #11

En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #11, www.obskuremag.net publie ces extraits inédits de notre entretien avec les cybernétiques Drop et Ben, respectivement guitariste / compositeur principal et chanteur / parolier des Suisses Sybreed. Ils s’épanchent sur le passé, le présent matérialisé par God is an Automaton et le futur, avec ce ton qui n’annonce pas des lendemains qui chantent.

Obsküre Magazine : Retour vers le passé : Rain (N.D.L.R. : le premier projet goth metal de Drop) était d’une puissance froide et se gorgeait de thèmes musicaux inspirés. Pourquoi l’aventure Rain s’est-elle arrêtée en plein élan ?
Drop : Après trois albums, le chanteur de Rain a quitté le groupe. J’ai ensuite rencontré Benjamin, afin de poursuivre ensemble l’aventure Rain. Nous avons très rapidement engagé un batteur puis notre deuxième guitariste Blast est parti rejoindre Zuul FX. Nous avons donc décidé, en août 2003, de changer de patronyme et d’opter pour Sybreed. Le style ayant beaucoup évolué, ce changement s’est fait logiquement avant de continuer à composer. L’aventure ne s’est donc pas arrêtée à proprement dit, Sybreed est juste dans la suite logique de Rain. D’ailleurs, des morceaux comme « Bioactive », « Static Currents » ou encore « Technocracy » ont été composés pour Rain.

Depuis trois ans, je me réveille  chaque matin au son de « Doomsday Party »… un MP3 alarme que je n’ai jamais osé changer, j’adore ! À ce propos, quels ont été les retours du public concernant le génial The Pulse of Awakening ? Est-ce l’album de Sybreed que vous avez le plus vendu ?
Ben : Génial ! « Doomsday Party », c’est un peu notre tube « dancefloor » (rires). On a beaucoup d’affection pour ce morceau, et il a une bonne place dans notre set live. Concernant les retours de Pulse of Awakening, je dirais que c’est à l’image de chaque album de Sybreed, c’est soit on aime, soit on déteste. Cependant, cela reste un album qui nous a fait faire un grand pas en avant. En ce qui concerne l’aspect « ventes » je ne saurais trop dire mais vu l’état calamiteux du marché de la musique à l’heure actuelle, ce ne fût pas faramineux.

Depuis la création du groupe, vos thématiques s’inspirent de divers mouvements intellectuels et littéraires (N.D.L.R. : transhumanisme, cyberpunk, existentialisme, dystopie), je suppose qu’à partir de toutes ces sources, vous vous êtes bâtis une vision bien personnelle de ces sociétés imaginaires et futuristes. Pouvez-vous nous expliquer ses principes, son organisation, ses croyances, ses mœurs, ses règles et la place de l’homme dans celles-ci ?
À vrai dire, contrairement à ce que l’on pourrait croire, Sybreed ne parle pas de sociétés futuristes et imaginaires, mais bel et bien de nos sociétés actuelles. Un des slogans du mouvement cyberpunk est « the future is now » et c’est très exactement le principe que j’applique dans mes textes. Mon écriture est basée sur une critique très dure de notre temps, des comportements de notre époque : c’est le Zeitgeist qui nous intéresse avant tout. Après, émerge bien sûr une vision anticipative de ce que le monde d’aujourd’hui pourrait préfigurer, vision pas forcément réjouissante ni optimiste.

Dans le vif du sujet : God is an Automaton est déjà votre quatrième album… Je me souviens comme si c’était hier avoir découvert Slave Design et m’être dit : « Ce groupe me fait penser à du Soilwork, à Devin Townsend, … à And Ocean et The Kovenant, en mieux ! ». Bref. Votre manière d’appréhender la composition a probablement évolué depuis 2004, gagné en automatismes. Quels sont les changements dans votre manière de travailler ?
Des automatismes, pas vraiment. On essaye plutôt de casser nos habitudes pour que justement, chaque album soit différent dans sa substance. Par exemple, God is an Automaton a été composé dans une optique très « rock’n’roll, » tout à fait à l’opposé de Pulse of Awakening. Ce sont les riffs et les rythmiques que nous avons rendus prioritaires, alors que les arrangements ont été gardés à un niveau de « squelettes » basiques jusqu’à la phase de mix par Rhys Fulber. De même, auparavant, nous étions très portés sur la complexification des structures, alors que le nouveau disque est plutôt orienté vers une épuration de notre style.

Existe-t-il un lien textuel entre toutes les compositions de God is an Automaton ?
Pas vraiment, j’ai aussi voulu alléger cet album conceptuellement parlant, donc il n’y a pas de lien à part l’articulation des sujets que j’affectionne. The Pulse of Awakening m’avait beaucoup coûté et je ne voulais pas replonger tout de suite dans une écriture aussi abyssale. Bon, pas que notre nouveau disque inspire des sentiments très optimistes, mais il est définitivement dans une optique d’affirmation plus que de dégoût généralisé. Bref, dans tous les cas, chaque morceau doit être appréhendé comme une entité séparée exprimant aussi bien la décadence des sociétés humaines, la marchandisation du corps que le besoin de surpasser certaines limites en tant qu’individu. Bref, ça reste fondamentalement nietzschéen.

Votre dernier album fait à nouveau montre d’un parfait équilibre guitares / machines. Votre formule est bien dosée, efficace et les auditeurs savent à quoi s’attendre. Avez-vous prévu de faire évoluer Sybreed stylistiquement ou pensez-vous que le cyber metal offre encore de nombreux champs d’exploration ?
Seul l’avenir dira vers quoi Sybreed s’orientera musicalement mais la chose primordiale pour nous est d’éviter de s’accrocher au premier bandwagon qui passe, ou de coller à l’air du temps. Il y a une idée de synthèse concernant God is an Automaton et sachant que le groupe à bientôt dix ans, je crois que nous avons fait un « état des lieux » avec cet album, une sorte de pause pour observer le chemin que nous avons parcouru. C’était une phase nécessaire car je crois qu’à vouloir changer en permanence, on risque de se perdre. C’est aussi une volonté de rester en contact avec nos racines, et en même temps d’essayer d’aller à l’essentiel. Leonardo Da Vinci disait que la simplicité était la forme ultime de sophistication et je crois que nous allons garder cette idée en tête pour le futur. En ce qui concerne le côté « cyber metal », les machines font partie du son de Sybreed, il n’y a donc aucune chance qu’elles disparaissent de notre musique. De plus, considérant que le « cyber » tient autant de notre facette électronique que du concept et des textes, je crois qu’il y a encore beaucoup à dire dans ce style.

Vous avez une nouvelle fois fait confiance à Rhys Fulber pour vous accompagner dans la finalisation du projet et au regard du résultat, on n’osera critiquer ce choix (N.D.L.R. : l’introduction explosive de « Posthuman Manifesto » impressionne). C’est selon vous le producteur qui correspond le mieux au metal futuriste de Sybreed ?
Drop : Pour moi, Rhys Fulber est incontestablement une des mes influences majeures niveau synthés, programmation, ambiances, etc… et ce depuis que j’ai découvert Front Line Assembly il y a une quinzaine d’années. Nous avons fait appel à ses services pour l’album précédent, et étions pleinement satisfaits de son travail au mixage. C’est donc tout naturellement que nous avons repris contact avec lui pour notre nouvel opus. Cette fois, nous l’avons carrément inclus dans le travail de production, il a énormément participé à construire les ambiances. Il a complètement compris la musique de Sybreed et, selon ses dires, il adore bosser dessus. J’ai envie de l’avoir avec moi pour tout le processus de notre prochain album, mais c’est encore un peu tôt pour en parler.

Jouons au décryptage de pochette : quelles idées précises souhaitiez-vous faire passer à travers le visuel de l’album ?
Ben : Honnêtement, le seul capable de répondre à cette question est Seth Siro Anton (N.D.L.R. : bassiste et chanteur de Septicflesh, illustrateur notoire à ces heures perdues), car nous lui avons donné carte blanche : c’est la manière dont il travaille le mieux. On peut lui faire confiance pour qu’il s’imprègne de la musique et des paroles avant de nous présenter une création graphique. Je pense qu’il a bien perçu l’essence de cet album avec ce « prêtre ironique de la lumière noire » comme il l’a si bien nommé ! On sent l’envie de toucher un esthétique presque « Renaissance » tout en ayant un aspect décadent, à la limite du surréalisme. C’est futuriste et pourtant ésotérique : un beau reflet de notre époque ! C’est plus une œuvre d’art qu’une bête pochette de disque à mon sens.

Malraux annonçait : « le XXIème siècle sera spirituel ou ne sera pas ». Qu’en pensez-vous ? Quel est l’avenir de l’homme selon-vous ?
Honnêtement, il suffit d’observer nos sociétés contemporaines pour comprendre que le spirituel n’y a plus sa place, ou alors sous la forme du ritualisme vide ou de la croyance en kit : il suffit de se frotter à la « culture » de masse pendant cinq minutes pour comprendre cela. On est dans l’ère de la métaphysique façon Ikea et du voyeurisme sensationnaliste, pas vraiment le meilleur environnement pour développer les consciences. Donc de ce point de vue-là, Malraux avait vu juste… et malheureusement, ce que l’histoire risque de retenir c’est qu’il n’y aura pas eu de XXIème siècle, mais plutôt une pause civilisationnelle, technologiquement avancée certes, mais tout à fait obscurantiste. Quand il est impossible de voir même une seule trace de bon sens dans les affaires humaines, je crois qu’il ne vaut mieux pas espérer l’avènement d’un « âge d’or ».

Comment se porte la scène metal suisse ?
Drop : Elle prend de l’essor, il y a pas mal de groupes qui ont émergé ces dernières années, dans tous les styles. Je viens d’ouvrir un gros studio d’enregistrement à Genève, je vais essayer de tous les enregistrer (rires). Dans les nouveaux groupes à surveiller, je parlerai de This Misery Garden, que je viens de produire dans mon studio, du metal dépressif à la Katatonia. Il y a aussi Neosis et Promethee qui commencent à faire beaucoup de bruit.

Vous prenez beaucoup de plaisir à jouer live, si je ne m’abuse. Une tournée est-elle en train de s’organiser ? A quoi doivent s’attendre les fans qui viendront vous voir pour la promotion de God is an Automaton ?
On va essayer de jouer un maximum live, tourner en Europe, aux États-Unis et en Australie… et essayer de mettre les pieds pour la première fois en Asie, mais tout est encore au stade de discussions. Les gens doivent s’attendre à un concert qui avoine, avec des mecs motivés sur scène et qui ont envie de faire partager ce qu’ils préfèrent faire dans la vie. En 2013, Sybreed aura dix ans, on aimerait faire quelque chose pour célébrer l’évènement comme il se doit, avec des surprises, mais on vous en parlera en temps voulu.

Pour conclure l’interview, c’est le moment où le groupe peut s’exprimer comme bon lui semble : faire passer un message d’espoir, une déclaration d’amour, annoncer la fin du monde, un ou des coups de gueule… en bref, c’est à vous !
Ben : Un message d’espoir et de paix avec nous, ça va être difficile. Quant aux coups de gueule, chez Sybreed, on ne lave pas son linge en public : on l’emmène dans un coin bien sombre et on le blanchit nous mène, façon Fight Club si nécessaire (rire).

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