Svart Crown – Interview bonus Obsküre Magazine #15

28 Mai 13 Svart Crown – Interview bonus Obsküre Magazine #15

En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #15 (mai / juin 2013, en kiosques depuis le 9 mai), www.obskuremag.net publie les propos restés inédits de JB Le Bail, guitariste / chanteur de Svart Crown ; il revient pour nous sur les motivations de leur troisième album, Profane, nous parle de laïcité dans nos sociétés, de violence groovy et s’attarde sur ceux qui ont compté pour lui.

Obsküre Magazine : Votre black death moderne est très groovy – je pense parfois à Dying Fetus mais aussi à Immolation, Mayhem et Behemoth en vous écoutant – et se trouve être la bande son idéale pour « headbanger » jusquau bout de la nuit ! Y a-t-il une démarche consciente et volontaire derrière cette science à faire bouger les têtes ? Cherchez-vous à positionner à lintérieur de vos compositions des « déclencheurs rythmiques » pour parvenir à ce résultat ? Ou est-ce simplement votre manière denvisager la musique extrême ?
JB Le Bail : Un petit peu des deux. On a toujours voulu faire une musique qui ne soit pas monotone. Les groupes que tu cites en sont de très bons exemples pour catégoriser la musique de Svart Crown. Le groupe est né fin 2004, à cette époque des disques comme Close to World below ou Unholy Cult d’Immolation, Zos Kias Kultus de Behemoth ou Chimera de Mayhem ont été très importants pour moi. Ces albums réunissent tout ce que j’aime dans la musique extrême : de la furie, des ambiances mais aussi des riffs qui te brisent la nuque. Je pourrais compléter aussi avec Twilight of the Idols qui, pour moi, est le meilleur album de Gorgoroth. Cette notion de « groove » a toujours été présente et maintenant nous savons la maîtriser.

Sur Profane, les passages plus ambiancés et lourds annoncent un déluge imminent de blast beats (je pense à lexcellent titre « Until the last Breath »), vous jouez sur lalternance des tempi et cette intention donne à votre musique son caractère hétérogène et non-ennuyeux. Est-ce que ces variations rythmiques continues sont le fait de votre nouveau batteur ? Qui dans le groupe contrôle le métronome ?
On revient un peu à ce que je disais précédemment, c’est plus une façon de voir la musique qu’autre chose. Ranko a dû s’adapter à notre façon de riffer et a dû passer à travers le moule Svart Crown. Tous les tempi sont déterminés lors de la création des morceaux et c’est les personnes à l’origine de la mélodie qui sont décisionnaires du rendu final.

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Svart Crown est réputé pour offrir à ces albums une production dynamique, massive et puissante. Quels ont été vos choix à ce sujet ? 
Depuis Witnessing the Fall, on a clairement défini ce qu’on voulait avoir en termes de son. Retrouver quelque chose de vivant, d’organique mais massif à la fois. Pour arriver à ce résultat, on a décidé de travailler avec un producteur capable de faire ce type de son, et en France ils ne sont pas légion… Francis Caste est réellement dans cette optique. Il a produit des albums qui nous ont vraiment touchés au niveau sonore : Cornerstone of the Macabre de Phazm , No Surrender de Kickback, A Lament for the Addicts de Hangman’s Chair ou encore Orthodoxyn de Arkhon Infaustus. Il arrive à trouver cette alchimie qui sublime les compositions. Après avoir terminé le mixage de Witnessing the Fall, il nous a dit : « Les mecs, le prochain, faut vraiment le faire entièrement ensemble car si je maîtrise tous les paramètres d’enregistrement, on peut vraiment faire un disque de malade ! » Et pour le coup, je sais que c’était pas du baratin commercial… On s’est rappelé deux ans plus tard pour en rediscuter et on était tous unanimes sur la question, sauf Ranko qui ne savait pas trop à quoi s’attendre. On est resté environ un mois et demi en studio et tout le monde sans exception est très satisfait du résultat.

Le visuel de Profane interpelle, heurte la sensibilité. Quelle en est votre propre interprétation ? Que se cache-t-il derrière cette gestation ?
Je suis content d’entendre ça. La plupart des personnes qui me parlent de la cover ont été interpellées, ce qui est une bonne chose. Nous travaillons avec Stefan Thanneur, depuis Witnessing the Fall, il avait déjà réalisé un travail formidable sur cet album. Et comme pour Francis, nous voulions continuer d’explorer la même voix tracée par l’album précédent. En parlant un peu des paroles avec Stefan, il a été interpelé par le thème du morceau : « In Utero : A Place of Hatred and Threat». Ce morceau est inspiré d’un passage du livre de JC Grangé : Le Passager, une grande source d’inspiration pour moi. Il raconte l’histoire d’une femme profondément croyante et enceinte de jumeaux. Cependant sa grossesse se passe mal et l’un des deux jumeaux est sur le point de mourir. Elle pense que le survivant est habité par un esprit « vil » et tente de tuer son frère dans l’utérus. Elle décide donc de faire appel à un prêtre qui ce charge de tuer l’enfant dominant in utero… Cette pochette caractérise très bien l’idée de « Profane », à savoir quelque chose qui est opposé en tout point au sacré.

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Profane est-il un appel à lutter contre toutes formes d’oppression et d’endoctrinement religieux ? Quelles sont vos croyances ?
Un appel non, car contrairement aux dogmes établis, nous ne prêchons rien du tout. Nous mettons en relation des thèmes qui nous influencent et qui nous inspirent dans notre projet artistique. En France nous n’avons pas vraiment à nous plaindre de ce côté-là. Notre pays est plus ou moins laïque, contrairement aux États-Unis ou au Moyen Orient. Je ne me sens pas oppressé au quotidien dans ma liberté d’expression ou de parole. Les rares personnes d’obédience chrétienne qui tentent de censurer notre musique n’ont aucun impact et passent pour des guignols, même aux yeux des plus hautes autorités de l’État. Il n’y qu’à voir toutes cette fausse polémique autour du Hellfest… Par contre, les choses seraient plus compliquées si l’idée nous venait de focaliser uniquement sur les deux autres religions très présentes en France, à savoir L’Islam et le Judaïsme. Dans ce cas précis nous aurions certainement des problèmes, mais c’est un débat qui est plus politico-social que religieux.

« le monde n’est habitable qu’à la condition que rien n’y soit respecté » disait Bataille. Défendez-vous des idées nihilistes ? Globalement, obéissez-vous à une quelconque doctrine ? Suivez-vous les préceptes dune croyance ?
Il y aurait beaucoup à dire concernant cette citation de Bataille. Il y a une certaine part de nihilisme dans nos paroles dans le sens où nous avons une vision du monde assez pessimiste, où le sacré n’a pas sa place. Nous n’obéissons à aucune doctrine ni croyance, de mon côté je suis quelqu’un de très pragmatique et terre à terre. Et puis bon être nihiliste à plein temps ça doit être épuisant comme activité (rires) !

Selon-vous, quels sont les comportements humains qui pourraient nous mener à notre perte ?
Ils sont si nombreux : consumérisme, arrivisme, égoïsme, superficialité. Nous vivons dans une époque très difficile mais paradoxalement très intéressante. Nous n’avons pas les armes pour lutter car tout est construit ici bas sur un modèle qui nous dépasse totalement. Chacun vit sa vie au mieux sans trop se soucier des autres, ni même de l’avenir de notre espèce. Mais bon, je ne pense pas être la meilleure personne pour juger autrui.

> SORTIE
– SVART CROWN – Profane (Listenable) (2013)

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