Spektr – Interview bonus Obsküre Magazine #13

27 Jan 13 Spektr – Interview bonus Obsküre Magazine #13

En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #13 (janvier / février 2013 – en kiosques à partir du 10 janvier), www.obskuremag.net publie les extraits restés inédits de notre entretien avec Spektr, intrigante formation produisant depuis des années une musique avant-gardiste et ancrée dans l’esprit du black metal. Le nouvel album, Cypher (un essai purement instrumental), offre une vraie aventure auditive et sa forte substance ambiante bousculera les certitudes de ceux qui voyaient en le black metal un canon insubmersible.

Obsküre Magazine : L’annonce de la sortie de ce nouvel album a été un oeu une surprise…
kl.K. :
Après Near Death Experience, nous avons sorti le EP Mescalyne en 2007, puis après il a fallu redescendre… Des changements radicaux et prenants ont touché nos vies personnelles, il a fallu y consacrer la majeure partie de notre temps. La prison systémique d’une vie en société n’a cependant pas altéré le contact, au contraire il en est devenu plus vivace. Techniquement parlant, pour tout dire, les premiers enregistrements de Cypher se sont fait en 2008… Puis encore le silence, le poids de l’hermétisme et de l’initiation, les cheminements, la maturation de l’œuvre. Cypher ne s’écoute pas, il se vit ou se meurt, cela dépend du sujet de l’écoute : il le subit ou le sublime de son image akashique qui se reflète en son expérience. Nous avons repris, puis abandonné, puis nous sommes revenus sur nos traces, toujours en quête d’Absolu et je dirais que l’élaboration de l’album n’a pas été plus longue techniquement que n’importe laquelle autre de nos réalisations, mis à part le fait qu’il ait été mûri plus longtemps. C’est la voie longue de « Al Kimiya » en opposition à la voie courte, tout aussi valable, mais sans les mêmes résultats.

Une autre zone cryptée chez Spektr : l’anonymat des musiciens et leur non-représentation, supprimant de facto le parasitage du message par sa personnification… Remettez-vous cet anonymat dans un contexte plus global ?
L’une de mes grandes fascinations de la fin du siècle dernier était de trouver ce black metal d’où rien ne pouvait paraitre d’autre que la prime Essence de ce « mouvement », si tant est qu’un pareil mot puisse convenir. Moins j’en savais, plus ça me satisfaisait. Je me souviens encore de ces démos de Manes complètement introuvables dans les circuits traditionnels que j’allais chercher loin pour n’en avoir entendu que quelques secondes. Il n’y avait rien pour ainsi dire, une pochette xerox, pas ou peu d’indications – et ce son… on est loin de la débauche d’effets et de fards qui étaient déjà plus marqués du sceau d’un mercantilisme très « gagne petit ». Quiconque écoute Maanens Natt, Ned I Stilheten ou encore la Trondertun Tape de Thorns sait de quoi je parle.

Le black metal est devenu un genre si profus qu’il devient impossible d’en définir des contours précis. Cypher, par son incorporation expérimentale (black industrial, dark ambient, etc.) reconnaît-il le BM comme berceau de son background et terreau de son activité ?
Le black metal n’a pas échappé à la règle du marché, comme le metal en général d’ailleurs, ou le blues, le jazz ou le rock, qui se sont enfoncés dans leurs propres clichés. Il est peut être devenu indéfinissable du fait que nombre de gens qui composent cette dite « scène » ont peut-être le sentiment que le tour a déjà été fait. Seuls les vrais restent et j’ai conscience du cliché en disant cela… Mais tel est le reflet qu’après de nombreuses années j’ai de cette scène : seuls ceux qui ressentent les choses de cette manière restent. C’est pourquoi nous parlons d’Absolu. Spektr va droit à l’Essence ou l’Esprit du black – il n’a plus de code, plus de forme définie, mais il est – il a cessé d’EX-ister. Cette pesanteur psychique, qui devient physique parfois, ce malaise, ce Mal Saint se retrouve sous toute forme qu’elle soit industrielle, noise, jazz, classique, hip hop, il n’y a aucune frontière. Il faut donc s’attendre à tout.

> SORTIE
– SPEKTR – Cypher (Agonia Records) (2013)

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