Soror Dolorosa

28 Mar 11 Soror Dolorosa


L’impatience est parfois satisfaite. Soror Dolorosa promettait beaucoup avec son excellent premier EP
Severance, et le premier album du combo français Blind Scenes, non content de confirmer nos espoirs, les dépasse allègrement.

Pour compléter le foküs paru dans le troisième numéro d’Obsküre, voici de nouveaux éclairements apportés par Andy Julia, le vocaliste.

Obsküre Mag : Le processus d’écriture et l’enregistrement de votre premier LP ont-ils été aisés ?

Lorsque nous sommes partis en studio pour enregistrer « Blind Scenes », les conditions étaient très différentes à la session de « Severance », tant au niveau artistique que matériel. Nous avons signé quelques mois auparavant pour trois albums avec le label allemand « Northern Silence – Beneath Grey Skies » et cette opération a été très importante par rapport au fait que nous avions un budget de studio et la possibilité d’enregistrer dans d’excellentes conditions, tel que nous l’avions toujours désiré.

Nous avons choisi le Drudenhaus Studio (Alcest, Anorexia Nervosa, Les Discrets, Varsovie, Ultra Vomit), isolé au beau milieu de la Bretagne, porté par un été frais et humide. Cette situation géographique idéale et les compétences absolument parfaites de Mr Xort, le maitre des lieux, étaient tout ce dont nous avions besoin pour donner vie à Blind Scenes car il a une connaissance et une appréciation très aiguisées de la new wave, des sonorités et de son histoire. Les résonnances eighties et la couleur de nos compositions se sont trouvées à leur place, entre les mains de Mr Xort qui est pour nous à l’heure actuelle, une sorte de cinquième membre du groupe. Nous avons d’ailleurs prévu de retourner là-bas pour l’enregistrement du second album, prévu à ce jour pour Décembre 2011 ; entre temps des enregistrements live et un Ep sont en prévision.

La musique de Soror Dolorosa semble ouvrir sur un vaste champ de références, qu’elles soient littéraires ou musicales. Justement, la littérature est-elle une source d’inspiration permanente pour vous, de la même manière qu’elle est à l’origine du nom du groupe ?

Absolument, les textes du groupe, notamment ceux écrits par Hervé Carles (bassiste) sont profondément empreints de littérature symboliste et romantique décadente de la fin du second empire. D’ailleurs, beaucoup de nos textes sont des poèmes adaptés à la musicalité des compositions et traduits en anglais. Cette formule évidente et directe que permet la poésie est un mode d’expression essentiel pour nous. Un poème va droit au but en laissant assez de zones d’ombres pour que le lecteur, ou auditeur puisse entrer dans le texte et se l’approprier. L’émotion des morceaux de Soror Dolorosa est entièrement liée à cela. Visuellement, la période de la sécession  Viennoise a été notre point d’inspiration majeur, notamment le remarquable travail de Koloman Moser. Metastazis, le graphiste à qui nous avons fait appel pour la réalisation de l’artwork de l’album, s’est d’ailleurs profondément inspiré de son travail et l’a adapté à nos couleurs. Sous les traits d’une effigie néo égyptienne, la mort silencieuse, représentée  les yeux bandés, orne la couverture de l’album et donne sens au titre de l’opus. Elle trône, telle que l’on pourrait l’imaginer, ornant sous la forme d’un bas relief, la tombe d’un écrivain ou illustrant les écrits d’un théologiste du début du 20ème siècle.

J’ai été tout particulièrement transporté par la volupté mélancolique et mortifère de « Broken Wings ». Mais vous, quels sont les titres de Blind Scenes que vous préférez, et pourquoi ?

« Broken Wings » ferme sobrement l’album, cela nous est apparu comme une évidence après mixage. Le dernier morceau de l’album est une sorte d’épilogue, une plongée dans un monde légèrement différent. La dimension mélancolique et le rythme flottant de ce titre, soutiennent un texte court en intense, abordant la notion de renouveau, le moment précis ou l’on décide de donner un nouveau sens à sa vie, sans vraiment en savoir les conséquences…La brume qui caractérisent ce morceau se retrouve en bien des points sur les autres morceaux. Aussi, cette impression d’hallucination, de vision soudaine, est un élément capital des lignes de chant et des textes que j’écris en tant que chanteur du groupe.

Nous apprécions tous les titres de l’album, chacun des membres y trouvant naturellement ses préférences. C’est un album qui se teinte facilement de nuances variées, selon l’état d’esprit dans lequel on l’écoute, et nous l’avons voulu comme cela, variable et inchangeable comme l’est la vie. Le morceau « Soror Dolorosa » a été composé en 2001 et dans cet enregistrement nous lui avons donné un nouveau souffle, après l’avoir beaucoup joué sur scène, à des périodes différentes. Les morceaux « Autum Wounds » et « Low end » ont été choisis pour porter l’album sur les samplers dans la presse ; ces titres sont certainement les plus aboutis ceux dont nous sommes le plus satisfaits.

« Low end » a fait d’ailleurs l’objet d’un clip réalisé par Toshadeva Palani, un jeune réalisateur américain. Nous avons collaboré à distance et il a fait pour nous un travail extraordinaire. Il a interprété le titre et le texte d’une manière très personnelle, moderne et pertinente. Sous les aspects d’un court métrage de cinéma expérimental, le clip emmène le spectateur vers la recherche d’un absolu, d’un ailleurs, que seul l’art permet d’exprimer…nous espérons que vous apprécierez cette surprenante réalisation autant que nous.

SOROR DOLOROSA – Blind Scenes

(Northern Silence – 2011)

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