Slowdive – Interview bonus Obsküre # 21

21 Mai 14 Slowdive – Interview bonus Obsküre # 21

À l’occasion de la reformation de Slowdive, qui se produira très prochainement dans plusieurs festivals en France, notamment la Villette Sonique à Paris (le 7 juin), This Is Not A Lovesong à Nîmes (le 29 mai) ou encore à La Route Du Rock de St Malo (le 15 août), nous nous sommes entretenus avec Rachel Goswell et Neil Halstead et sommes revenus sur l’intégralité de leur carrière dans les quatre pages que nous leur avons consacrées dans Obsküre Magazine # 21 (juillet / août 2014, en kiosques). Voici les passages de l’interview restés inédits.

Obsküre Magazine : Suite à l’offre du Primavera, on vous en a fait plein d ‘autres, du coup vous n’allez pas seulement jouer en Europe mais aussi au Japon et aux Etats-Unis pour cette tournée de reformation.
Rachel Goswell : Oui on s’approche de la fin des annonces de concerts quant à cet été. On va jouer un peu partout. On n’était jamais allé au Japon avec Slowdive et en Irlande non plus même si le trajet était plus court pour nous. C’est fascinant d’avoir enfin l’opportunité de le faire aujourd’hui.

Il y a eu des démos enregistrées à l’époque mais qui n’ont pas été retenues pour les disques. Est-ce que vous allez retravailler ces morceaux ou ce ne sera que les morceaux que nous connaissons qui seront présentés au public ?
Rachel : Ce sera juste les chansons que tout le monde connaît. Pour être honnête je n’ai pas écouté ces démos depuis vingt ans, je ne me souviens pas du tout à quoi ça ressemble. Cherry Red avait ressorti tous nos disques en 2010. Avec le recul, c’est étonnant car c’est l’année où mon fils est né. Les choses étaient très mouvementées pour moi donc si quelqu’un m’en a parlé, ça a dû m’échapper. L’édition du disque Pygmalion qu’ils ont sortie possède un CD supplémentaire avec plein de démos. Je n’ai même pas de copie de cet album et c’est un peu tard maintenant pour en demander une. Je n’ai aucune idée d’à quoi ressemblent ces morceaux. Je crois que tous les groupes produisent beaucoup de démos qui ne se retrouvent pas sur les disques pour de bonnes raisons. Nous pensions qu’elles n’étaient pas assez bonnes à l’époque et nous ne les avons pas développées.

Pour revenir aux débuts, le groupe avait commencé en 1989…
Rachel : Disons que nous avons fait des choses avant qui ont convergé vers Slowdive.  En effet, ce devait être en 1989. Neil et moi avions commencé un groupe quand nous étions à l’école, c’était en 1986. Nous avons été à l’école primaire et secondaire ensemble avec Neil. Cela fait vraiment très longtemps qu’on se connait. Notre premier groupe c’était juste pour occuper nos dimanches quand nous étions au lycée. On avait quinze ans. On avait un batteur qui s’appelait Adrian, il était à l’école avec nous. Nick était un ami d’Adrian c’est comme ça qu’il est entré dans le groupe. Puis nous voulions une fille à la guitare mais Christian est le seul qui a répondu à l’annonce. C’est là que ça a commencé. On répétait à l’école dans ces premiers temps. Il y avait un espace pour les répétitions. On devait avoir 17 ou 18 ans. Puis Adrian est parti à l’université, il voulait avoir son diplôme et il a quitté le groupe. On a eu un batteur temporaire, Neil, pendant six mois environ puis Simon est arrivé.

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Au tout début du groupe, certains évoquaient une rencontre entre My Bloody Valentine et les Cocteau Twins. Certains citaient Siouxsie en raison du nom du groupe même si c’était très éloigné.
Rachel : Elle était citée car j’étais et je suis encore une grande fan de Siouxsie & the Banshees. Sur un plan personnel, Siouxsie m’a beaucoup inspiré quand j’étais une jeune adolescente. Je l’adore vraiment mais musicalement on ne peut pas trouver de choses plus éloignées de ce que nous faisions. Nick et moi étions de vieux goths, on adorait les Cure et ce genre de groupes. Neil était plus dans les groupes indie comme les Primitives. Quand j’avais 17 ans, je haïssais ce genre de musique. Bien sûr, nous étions des grands fans de MBV et Cocteau Twins. La première fois que j’ai entendu les Cocteau Twins, j’avais 16 ans. J’avais une correspondante et elle m’a envoyé une cassette de Treasure. Je me souviens encore d’être allongée sur le lit et d’écouter l’album au casque. La voix de Liz et les sons de guitare m’émerveillaient.

Quand vous avez signé sur Creation, le label d’Alan McGee, vous n’aviez que 19 ans. Votre jeunesse était elle une avantage ou un handicap à l’époque?
Rachel : Je ne sais pas vraiment. C’est un peu les deux. C’est vrai que nous étions naïfs. Tout était très excitant. Creation était LE label de l’époque avec 4AD. Dans notre monde, ils étaient les deux labels incontournables. C’est une question difficile, on est tombé sur de mauvais managements et sur des personnes plus dans l’aspect business auxquelles nous n’aurions pas dû faire confiance. Une a fini en prison d’ailleurs. Tu as besoin de ces gens autour de toi mais tu ne tombes pas toujours bien. Puis nous avons mal jugé le caractère de certaines personnes. Mais je dis cela avec le recul. À l’époque pour nous tout était nouveau et excitant. C’est toujours difficile de savoir en quelles personnes on peut faire confiance.

Et même plus tard, c’est toujours difficile de savoir.
Rachel : J’aime penser que je juge mieux les gens aujourd’hui. Je suis plus prudente. Mais tant de choses se sont passées depuis et la vie a tant changé. Aujourd’hui nous sommes plus informés. Et nous avons des gens biens autour de nous. C’est tellement important de pouvoir faire confiance aux gens avec lesquels tu travailles. Nous aurons des gens biens qui partiront avec nous pour la tournée. Nous avons un bon ingénieur son avec nous, c’est vraiment bien.

Dès le début il y avait d’un côté les morceaux très atmosphériques et ambient comme « Avalyn » et de l’autre des chansons au format plus pop comme « Morningrise », es-tu d’accord avec cette dichotomie sur le plan créatif?
Neil Halstead : Oui, nous avions un côté pop très influencé par les sixties, les Byrds, les Beatles. Puis il y avait la facette atmosphérique. Les Pink Floyd avaient ces deux facettes aussi, une très pop et l’autre beaucoup plus atmosphérique. Et nous aimions autant les Cocteau Twins que Dinosaur Junior.

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Le premier album Just for a Day garde une vraie puissance en termes d’atmosphère et les morceaux s’apparentent à des complaintes presque religieuses. Dans quelle ambiance ces morceaux ont-ils été créés?
Rachel : C’est vraiment une question pour Neil car d’après ce que je me souviens, c’est lui qui écrivait les squelettes des chansons. C’est vrai qu’il y avait beaucoup de mélancolie mais cela fait longtemps que je ne l’ai pas écouté.

À l’époque il semblait être un concept album orienté autour de la nature, des vagues, de la brise, du souffle.
Rachel : Nous ne l’avions pas pensé comme un album concept. Il a juste pris forme naturellement en studio. Les constructions d’harmonies, les nombreuses pistes de guitares, il y en avait vraiment beaucoup, notamment sur « Waves ». On expérimentait beaucoup. On avait fait les EPs Morningrise et Catch the Breeze auparavant [NDLR : En fait ce dernier s’appelait Holding our Breath], du coup on nous avait donné du temps dans un vrai studio.

Quant à « Ballad of Sister Sue », au début je pensais que c’était la reprise d’une murder ballad. D’ailleurs plus tard avec Mojave3 vous irez explorer ces sonorités plus folk et américaines. Est-ce que cela vous attirait déjà à l’époque?
Rachel : Oui, c’est une de mes chansons préférées. Il faut la chanter très bas mais c’était une vraie joie de la chanter. C’était assez différent du reste. Je ne sais pas si Neil avait regardé un western mais on est là dedans c’est vrai.

Neil : J’écoutais beaucoup de musique folk des années 60, Simon & Garfunkel, Bob Dylan, puis Neil Young quand j’avais 18 ans. Mais c’était plus pour l’attitude.  Je me suis vraiment plus intéressé à la musique folk plus tard, quand je devais avoir 24 ans. Mais je ne sais pas vraiment d’où vient ce morceau.

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Il y avait aussi ce lien avec les années 60 et le psychédélisme. Il y a eu votre reprise de « Some Velvet Morning », mais même pour ce qui était du look, avec les coupes au bol, on aurait dit que les gars sortaient d’une formation du style des Byrds.
Rachel : Un peu dans le genre du Velvet Undergound. Dans notre première incarnation pré-Slowdive, nous faisions une reprise de « Stephanie says ». Ils nous ont beaucoup influencé. La coupe en bol de Simon était très impressionnante avec ses cheveux très brillants. Neil est passé par plusieurs phases, plus tard il a eu sa période Ian McCulloch. Moi je suis petite, du coup j’ai toujours eu les cheveux plutôt courts. Puis en vieillissant, on expérimente, on change les couleurs, ce genre de choses!

La presse anglaise n’a pas toujours été tendre avec vous, et dès le premier album c’était assez mélangé. Est-ce que cela vous a influencé dans votre choix d’aller vers une écriture pop plus traditionnelle sur Souvlaki?
Rachel : Les critiques n’ont jamais influencé la façon dont nous composions de la musique. Je me souviens de la sortie de Catch the Breeze. Il faut savoir qu’en Angleterre Melody Maker, NME  et Sounds étaient des sortes de Bibles. Quand j’étais adolescente, je les lisais tous.  Ils ont influencé les musiques que j’ai explorées et que j’ai écoutées. Puis on rencontre ces auteurs et journalistes. Certains sont gentils et sincères. D’autres ont un caractère très égotiste. Il faut aussi dire que la plupart sont aussi musiciens. Vu qu’ils savaient qu’ils avaient le pouvoir d’influencer la direction qu’allait prendre la carrière d’un groupe, ils l’utilisaient. Nous avions des radios underground indie mais rien de comparable à aujourd’hui. Christian nous a parlé récemment d’un journaliste Paul Lester qui était un grand fan du groupe sur nos trois premiers EPs. Il était aussi un slurt [insulte britannique]. Il avait vu Christian dans un festival à Reading juste avant que Just for a day ne sorte. Il était avec un autre journaliste dont je ne citerai pas le nom même si j’aimerais le faire. Paul a parlé à Christian et lui a dit, « je suis désolé mais je vais devoir faire une mauvaise critique de l’album, il ne me plait pas vraiment ». Et l’autre gars a dit agressivement à Christian : « you are gonna be stuck in chairs within six months ». C’était choquant d’entendre ça car Christian ne nous en avait pas parlé à l’époque. Quand tu as 19 ans, c’est horrible d’entendre ça. Ce journaliste écrit toujours. Il est vraiment un exemple de l’ego qui peut se cacher derrière un journaliste. Mais cela n’a eu un impact en aucune sorte sur Souvlaki qui a été fait d’une façon très différente. On avait beaucoup répété et c’était vraiment une expérience de groupe. On se sentait plus comme un groupe à ce moment là. Nous adorons cet album. Encore aujourd’hui je trouve que c’est un bien meilleur album que Just for a day. L’écriture est plus mature. Et ce fut un vrai plaisir de faire ce disque.
Neil : Je crois que les trois premiers Eps étaient une très bonne représentation du groupe. Je les aime beaucoup. En revanche, ce premier album aurait pu être bien meilleur s’il avait été plus écrit. Pour Souvlaki, au contraire, nous avions beaucoup de matériau. Nous en avons rejeté beaucoup, presque un album complet. Nous avons fait une session à Bath puis nous avons recommencé ailleurs. Il y a eu beaucoup de travail sur ce disque. Je ne pense pas que c’était en réaction à quoi que ce soit. C’était juste une tentative personnelle de faire un bon album.

Dès les débuts, vous avez mélangé le son rock indie avec des textures ambient dans le style de Brian Eno. Et Eno vous a soutenu à travers sa participation à ce second album.
Rachel : Nous adorions Brian Eno. Nous voulions qu’il produise l’album. À l’époque on lui avait envoyé un fax pour savoir si ça l’intéresserait de produire l’album. Il nous a dit qu’il connaissait et qu’il appréciait notre musique et qu’il ne souhaitait pas nous produire mais écrire des chansons avec nous. C’était génial. On est entré en studio avec lui et il avait posé une longue horloge sur la table de mixage. On a joué de la guitare pendant un petit moment puis il a pris des sons à l’intérieur de cette session, en a créé d’autres. Puis en studio nous avions les squelettes des chansons, les bruits, Nick est venu avec la ligne de basse, puis chacun a apporté des choses au morceau et cela a évolué. On a enregistré ce disque à divers endroits. Les démos ont été faites à Bath, puis à Londres puis aux Courtyard Studios à Abingdon, là où nous avions fait le premier album et les premiers EPs avec Chris Hufford.

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Et penses-tu qu’avec Souvlaki, vous aviez atteint la fin d’un mode d’expression car avec Pygmalion vous alliez complètement redéfinir le son de Slowdive.
Neil : À l’époque de Souvlaki, j’ai commencé à m’intéresser à des musiques plus expérimentales. Il y avait des choses comme « Souvlaki Space Station » par exemple, et écrire des chansons commençait à moins m’intéresser.

Pour toi Pygmalion n’est pas vraiment un album de Slowdive?
Rachel : Si, je le considère comme un album de Slowdive. Je ne suis pas partie, j’étais là pendant toute la création du disque. C’était un disque plus difficile à faire. J’ai fait des petites choses de ci de là, mais j’ai vu toute l’évolution jusqu’au résultat.

Ce qui est intéressant c’est cette évolution d’une musique avec plein de guitares noisy vers du quasi silence, quelque chose de très introspectif.
Neil : J’avais déménagé à Londres et des amis tenaient un club. C’était une période très intéressante musicalement, il y avait de bons disques qui sortaient sur le label Warp, LFO et le reste. Puis il y avait toute cette bonne énergie à Londres et je suis entré là dedans. Tout est venu de cet intérêt.

C’était frustrant de ne pas avoir joué ces chansons live à l’époque? Mais apparemment vous allez réparer ça?
Rachel : Oui, c’est bien d’y revenir car c’est un très bon album. Simon était parti au tout début de l’enregistrement de cet album et Ian est arrivé. Les jouer avec le line up « classique » est vraiment intéressant car il n’a jamais vraiment écouté ces chansons. Il n’avait même pas de copie de Pygmalion. Et en ce moment il est très porté sur l’ambient et l’avant-garde dans la musique qu’il fait. Apprendre à jouer ces morceaux sur scène est très intéressant aussi, car il y a beaucoup de choses qui s’y passent. C’est un défi mais c’est fun. Cela va être vraiment une expérience spéciale et pour le public aussi.
Neil : Nous avions répété ces morceaux pour une tournée avant que le groupe ne se sépare. C’est bien d’avoir enfin l’opportunité de le faire aujourd’hui. Nous avons aussi abordé l’idée à un moment de faire juste un concert avec Pygmalion où nous jouerions l’album en entier.

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Et il y a cet instrument que l’on entend déjà sur le premier disque, c’est le violoncelle. Je ne sais pas si il s’agissait de samples.
Neil : Non, il y avait du vrai violoncelle sur quasiment tous les disques.

La technologie des pédales a aussi beaucoup changé depuis l’époque. Vous avez gardé vos anciennes manières de travailler ou vous avez complètement revu votre équipement?
Rachel : Oui, on a tous de nouveaux équipements. J’ai toujours mon effects 500, je l’ai utilisé pendant les répétitions mais ça ne sonne pas si bien comparé aux nouvelles pédales. Neil et Christian ont des planches de pédales vraiment massives. Ils en ont plein et moi je n’en ai que deux. Mais je n’ai toujours fait que des petites choses sur les morceaux de toute façon. On en reste à ce qu’on sait faire. On peut faire tellement plus de choses aujourd’hui et c’est si facile. On a de nouvelles guitares. La compagnie Crafton m’a offert une guitare, ce qui est charmant. J’ai vendu ma Fender il y a des années.

Aujourd’hui, en tant que quarantenaires, explorer ce passé c’est une expérience cathartique pour vous?
Rachel : Je ne pense pas que ce soit cathartique. Du moins ça ne l’est plus. Car c’est là où j’en suis dans ma vie personnelle. Je suis très heureuse. Toute l’angoisse est partie. Christian a dit dans une interview récemment qu’il a laissé tomber toutes les choses merdiques et c’est comme s’il était en lune de miel à nouveau. C’est vrai que pour refaire cela aujourd’hui il faut s’amuser et prendre du plaisir. Je n’ai plus de temps pour ne pas apprécier la vie. Et je l’apprécie tellement plus aujourd’hui . Les problèmes de santé de mon fils m’ont amenée à avoir une autre vision des choses. Ce n’est pas cathartique, c’est juste que c’est bien de nous retrouver à nouveau. On se connait depuis l’adolescence et il s’est passé tellement de choses ces vingt dernières années dans nos histoires individuelles. Il n’y a pas de pression si ce n’est celle que l’on impose à soi même. Il n’y a plus de sens d’urgence, on n’essaie pas d’être signé sur un label ou ce genre de choses. C’est juste du plaisir, et aussi celui de voir quelles nouvelles chansons peuvent émerger de ça.
Neil : Pour moi, c’est juste excitant de voir comment jouer à nouveau ces titres sur scène et faire en sorte qu’ils sonnent bien. Revoir les pédales est très intéressant aussi car il y a tellement de pédales disponibles à présent. Quand nous avions commencé, nous avions juste des pédales de reverb digitales. Les choses ont tellement changé, c’est amusant d’explorer ce qui existe aujourd’hui.

Et peut-être un nouvel album?
Neil : C’est sûr. Mais ce sera une évolution naturelle, pas comme si on allait dans un studio.  Les meilleures chansons que nous ayons faites, comme « Avalyn » ou « Souvlaki Space Station »,  sont celles qui sont apparues alors que nous improvisions dans la salle de répétition. Espérons que ce sera bon.

J’espère que vous jouerez « Miranda », c’est mon morceau préféré.
Rachel : Je me souviens encore quand j’ai écouté la démo brute de ce morceau dans l’appartement de Neil. J’étais partie y faire les voix probablement sur un magnéto 8 pistes. Il y avait aussi une voix féminine samplée en plus de la mienne [NDLR : Dans la version démo, on peut reconnaître le sample de la voix de Lisa Gerrard sur « The Wind that shakes the Barley »].

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