Sensorium – interview avec Paul Miles

18 Mai 18 Sensorium – interview avec Paul Miles

Paul Miles est un homme clef, avec Cian Houchin, du développement musical de Carl McCoy hors du projet culte Fields Of The Nephilim. Miles est le responsable des formidables guitares gothic/death/thrash de l’album Zoon, accouché par McCoy et ses sbires de l’époque sous le nom The Nefilim, dérivé du patronyme du groupe originel. Un projet mystique, violent et saturé, né d’ambitions métalliques non satisfaites par le Fields Of The Nephilim de cette époque-là, et dont l’émergence date d’après la tournée donnée pour défendre le dernier album du line-up originel, Elizium (1990).
The Nefilim défait, Paul monta le projet Sensorium en compagnie de l’autre ex-Nefilim Simon Rippin (batteur engagé aujourd’hui dans l’aventure The Eden House, aux côtés du bassiste Tony Pettitt, membre fondateur de FOTN). Cette première version de Sensorium eut une existence éphémère (1996-1998) et accoucha d’un album studio unique et à la production insuffisante :
Jahazralah, où se retrouvèrent des voix devenues plus tard celle de NFD, celles de Peter Bob White, aujourd’hui relocalisé aux États-Unis.
En 2018, Paul Miles fait renaître Sensorium avec de nouveaux acolytes (dont Nick Schultz, de Faces Of Sarah) et délivre un nouvel EP, symboliquement intitulé
MMXVIII. Nouveau départ ?

Obsküre : Le premier album de Sensorium, Jahazralah, a été publié il y a plus de vingt-et-un ans. Le public croyait tout cela mort et enterré. Qu’est-ce qui t’a amené à faire renaître le projet de ses cendres ?
Paul Miles :
Concernant la relance de Sensorium, j’ai toujours senti qu’il restait dans cette histoire un goût d’inachevé. Le premier album ne représentait pas la façon dont le groupe aurait vraiment dû sonner, mais en raison d’un budget studio limité, nous ne pouvions sortir autre chose que ce que nous avions. Les raisons pour lesquelles Jahazralah a échoué résident notamment dans les économies de publicité imposées par la maison de disques ; et puis, bien sûr, notre manque d’argent pour les sessions studio.

À l’époque de sa production originelle, dirigeais-tu déjà Sensorium sur un plan artistique ?
La majorité du premier album a été écrit alors que j’étais encore dans The Nefilim avec Carl McCoy, et je suppose en effet avoir dicté à certains égards la façon dont le groupe sonne.

As-tu un temps imaginé réunir le line-up originel pour ce nouvel EP ou cela n’a-t-il jamais été le plan ? As-tu discuté de cette option avec les membres originels avant de prendre un autre chemin ?
Il y a environ sept ans, j’ai contacté Bob pour reformer le groupe pour un projet studio, mais il ne semblait pas intéressé. Alors j’ai laissé tomber. Mais en 2017, j’étais toujours déterminé à reconstituer le groupe. En raison de la relocalisation de Bob aux États-Unis, il était évident que cela ne fonctionnerait pas. J’ai également contacté Simon mais en raison d’autres engagements, il était lui aussi indisponible.

Le fait que Nick Schultz ait joué un des premiers rôles dans ta nouvelle équipe a créé le contexte d’une association renouvelée entre vous deux, ce qui s’ajoute à votre coopération pour un ancien enregistrement de Faces Of Sarah. Qu’est-ce qui fait que ça matche autant entre lui et toi ?
Nous nous sommes rencontrés quand j’ai produit l’album pour The Faces et Sarah en 2007, et j’ai toujours été époustouflé par la qualité de la voix de Nick. Tout simplement, j’ai toujours gardé à l’esprit qu’un jour nous nous retrouverions sur un projet de groupe.

Avez-vous enregistré toutes les nouvelles démos de Sensorium uniquement à deux, ou avez-vous construit un collectif avant d’enregistrer pour de vrai ces ébauches ?
J’enregistrais une idée de chanson dans mon studio, Nick me rejoignait ensuite avec des paroles, puis nous abordions l’écriture de la mélodie pour qu’elle corresponde aux paroles. Il y avait ensuite réenregistrement de certaines parties de guitare, puis les autres gars entraient dans la danse. Après quelques séances studio, nous parvenions à une version démo d’un niveau correct.

Simon Rippin et toi apparteniez à The Nefilim et à la première incarnation de Sensorium. Jahazralah avait de sérieux points communs avec l’orientation des enregistrements constituant Zoon, du moins dans son ambiance et ses phrasés musicaux. Le son du line-up actuel de Sensorium est assez différent, beaucoup plus aéré que ce que le groupe a fait dans les années quatre-vingt-dix. Dans ce contexte, qu’est-ce qui rend plus avantageuse l’option d’un retour de Sensorium, comparée à la création d’un nouveau nom et d’une nouvelle entité ?
Le premier album datant de vingt-et-un ans, je pense qu’en tant que compositeur, mes influences et le style de mon jeu ont quelque peu changé. J’aspirais d’ailleurs à ce que le son et le feeling du groupe évoluent par rapport à ceux de sa première incarnation. En ce qui concerne le maintien du nom… c’était mon idée de nommer le groupe Sensorium dès le départ. Et comme il me restait ce goût d’inachevé, prégnant, eh bien nous en sommes là.

Envisages-tu de réenregistrer certains des vieux titres avec le line-up actuel, pour réaliser leur potentiel ?
Nick et moi avons effectivement discuté de réenregistrer « This Emptiness » dans le futur.

Il est difficile de se projeter dans la scène de nos jours, musicien est un statut précaire. Avez-vous déjà commencé la préparation d’un album studio complet pour Sensorium ou attendez-vous les résultats du EP avant de partir sur un format plus conséquent ?
Nous avons quelques autres chansons qui n’ont pas terminé sur l’EP mais pour l’instant notre objectif est de défendre ce format semi-long. Si nous obtenons une réaction que nous considérons comme positive, il y aura certainement une autre production dans un proche avenir.

Certains des fans de Nefilim vont frisonner à l’écoute de certains moments de MMXVIII, notamment sur les sections de guitare finales de « Dreams of the Dead ». Ces dernières reprennent une mélodie lead très proche de celle du classique « Shine » présent sur Zoon, mais aussi des phrasés de voix proches de l’orientation de McCoy sur le final du morceau. Y’a-t-il là un clin d’œil volontaire, et une manière de rappeler au public ta responsabilité dans les formes de la musique de Nefilim ?
Cette section de « Shine » a toujours été l’une de mes parties de guitare préférées parmi celles que j’ai écrites sur l’album. Quand nous avons commencé à écrire « Dreams of the Dead », j’ai pensé que ce serait une bonne idée d’incorporer un riff de guitare similaire, en forme de clin d’œil. C’est un coup de chapeau à l’adresse de « Shine ».

Tu as accompagné plusieurs étapes importantes dans le développement personnel de Carl McCoy : l’ère Nefilim 1992-1996 bien sûr, suivie du retour live sous le nom Fields of The Nephilim 2000, mais nous ne t’avons pas recroisé officiellement dans les incarnations de FOTN postérieures à 2000. As-tu maintenu un contact personnel avec Carl et le management du groupe ?
J’étais et je suis toujours très fier d’avoir été impliqué dans un groupe aussi emblématique. Nos vies prenant des directions différentes, je n’ai pas parlé à Carl pendant plusieurs années.

Néanmoins, tu gardes légitimité dans l’histoire. De son côté McCoy et The Nephilim, qui avaient annoncé la sortie d’un album studio en 2015, n’ont pas finalisé l’opération à ce jour. N’as-tu jamais été approché pour les aider après 2005 et la sortie de Mourning Sun, et accepterais-tu d’aider ce collectif actuel pour un projet studio si Carl te le demandait ?
Non, personne ne m’a sollicité pour la production ou l’écriture de nouveaux titres mais je suis certain que les gars travaillent sur de nouveau morceaux à l’heure où nous parlons. Pour le reste : il ne faut jamais dire jamais, je crois.

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