Seabound – Interview bonus Obsküre Magazine #20

02 Mai 14 Seabound – Interview bonus Obsküre Magazine #20

Le très bon nouvel album des futurepoppers de Seabound, Speak in Storms, a donné lieu à un entretien passionnant avec Frank Spinath, l’un des deux maîtres d’œuvre du projet. Voici le complément à la page publiée dans OM#20.

Vous avez procédé comment, pour l’enregistrement, après tant de temps ?
Frank Spinath : Nous n’avons pas réinventé notre modus operandi, mais je dirais que nous avons atteint un niveau supérieur dans le respect et la confiance relatifs à nos qualités et talents respectifs. Je ne me souviens pas que les sessions d’enregistrement des précédents albums aient été aussi dénuées de frictions, de luttes pour des détails et autres choses dans ce genre. Ne te méprends pas, malgré tout : chaque titre est passé par huit ou dix versions différentes, en moyenne, avant que nous le considérions comme terminé.  Mais l’interaction pour en arriver là était bien plus apaisée.

Tu vois quel genre de paysages quand tu écoutes l’album ?
Je t’aime de me poser cette question (rires) ! Tu sais pourquoi ? Parce que c’est la première fois que je peux y répondre très simplement : tout est dans l’artwork ! En particulier, la Tempest Edition avec son livret de quarante-huit pages te donne une parfaite idée des paysages que je visualise. Nico J. d’Acretongue, qui a créé ce merveilleux artwork, a eu recours a de nombreuses manipulations numériques pour obtenir la version finale, mais les images conservent un côté naturel et authentique. Mes propres photographies font également partie du produit final ; l’édition bonus de Speak in Storms, la Tempest Edition, est en quelque sorte une plongée dans un album de photos personnel, dont les images accompagnent parfaitement la musique.

Comment définirais-tu les différences entre Speak in Storms et ses prédécesseurs ?
Ça me semble toujours un  peu creux quand j’entends des gens déclarer que leur nouvel album est leur « meilleur à ce jour », le « plus mature », notamment parce que la plupart du temps, « mature » semble être le terme consensuel pour dire que la musique était bien plus excitante dans le passé (rires) ! S’il y a évidemment à apprendre de l’expérience et du temps qui passe, il faut néanmoins nuancer les choses : Speak in Storms rend compte d’une observation plus profonde, par exemple, de l’injustice globale et d’un désespoir intime plus fréquent ; cela donne un cocktail psychologique très corrosif, très orageux. Tout cela se retrouve bien dans la musique et dans les paroles et est, à vrai dire, présenté de manière beaucoup plus directe aujourd’hui que par le passé.

La philosophie et la psychologie, d’ailleurs, sont les principales influences de Seabound ; si tu devais rattacher Speak in Storms à une philosophie particulière, laquelle serait-ce ? De même, quels terrains psychologiques avez-vous exploré cette fois-ci ?
Mon approche de la philosophie est vraiment celle d’un amateur. Je dois aussi avouer que j’ai très vite perdu tout intérêt pour la philosophie pratiquée pour elle-même. Trop de masturbation intellectuelle, improductive. J’ai un petit faible pour les philosophies personnelles qui consistent en l’action personnelle et la prise de risques. Je gravite autour d’individus qui ne font qu’un avec leurs convictions. Il y a bien trop d’indécision et de lâcheté dans le monde. Mes héros personnels restent les « tainted souls with a twist » (je prends ces paroles à une chanson rare de Seabound, « Assymetry »).

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Que représentent ces « plumes noires » qui caractérisent la fin de l’album (N.D.L.R. : du titre conclusif « Black Feathers ») ?
« Black Feathers » est le requiem des choses. Un regard en arrière sur les opportunités manquées, les liens vitaux disparus. Souvent, j’imagine un ancien musicien à succès, dans une maison de retraite. Son ouïe est presque morte, ses charmes et ses attraits ne sont plus, et quoi qu’il ait valu artistiquement – et qui lui apportait l’admiration de ses fans –, cela n’est plus non plus. Je me figure un vieil homme triste qui tente de dire aux employés de la maison de retraite qui il était, dans le passé, les ennuyant jusqu’à sa mort avec ses vieilles histoires ; et ça me brise le cœur. Il faut bien mourir.

Tu suis la production d’autres groupes de futurepop ? Par exemple, les derniers VNV Nation ou Mesh ?
J’ai entendu des morceau du dernier Mesh, parce qu’il se trouve que j’étais au studio d’Olaf Wollschläger (N.D.L.R. : producteur de Mesh) dans la phase finale du mixage de Speak in Storms. Ça me plaît beaucoup, notamment parce que c’est remarquablement soigné. Toutefois, je jette souvent mon dévolu sur des territoires musicaux insoupçonnables. Récemment, un court morceau du pianiste américain Dustin O’Halloran m’a impressionné. Il y a aussi cette monstrueuse pagaille électronique, en live, de mon ami Ben Boysen de Hecq ; ça m’a transcendé. Je suis désormais plus réactif aux effets immédiats produits par toutes les sortes de musique, au lieu de me pencher spécialement sur des genres précis. J’aimerais que les gens écoutent Krister Lunder ou Architect au lieu de perdre du temps sur la dernière idiotie d’un style à la mode.

Seabound - Speak in Storms

> SORTIE : SEABOUND
Speak in Storms (Dependent / Metropolis) (2014)
> WEB OFFICIEL
www.seabound.de

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