Scarred – Interview bonus Obsküre Magazine #16

16 Juil 13 Scarred – Interview bonus Obsküre Magazine #16

Non et cela peut sembler difficile à croire,  le Grand-Duché de Luxembourg n’est pas que ce territoire de paysages bétonnés par d’innombrables établissements bancaires, ni seulement le paradis fiscal préféré des sociétés offshore. Oui, on y joue du metal et celui-ci délivre autant de décibels qu’ailleurs…et Sacrred tend à nous le prouverEn complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #16 (juillet / août 2013, en kiosques depuis le 10 juillet 2013) et à l’occasion de la sortie du contemporain et percutant Gaia – Medea Back to where you’ve never been, www.obskuremag.net publie les propos restés inédits d’un des deux guitaristes du groupe, Bernard Pinna.

Obsküre Magazine : Votre patronyme me pousse naturellement à vous demander quelles sont, d’après votre sensibilité, les blessures qui changent à tout jamais une existence ?
Bernard Pinna : Les décès, les frustrations, les désillusions et déceptions sont autant d’épreuves qui forgent le caractère et la personnalité d’un individu. Celles-ci laissent des marques, qu’elles soient visibles ou pas. Il faut se servir de ces épreuves pour viser encore plus haut et ne pas se laisser glisser dans une spirale négative.

Parlons musique à présent : Jouer dans Scarred vous permet, je suppose, de vous exprimer à travers la création, de libérer probablement des angoisses. Quels sont les sentiments que vous souhaitez injecter dans votre musique ? Quelles émotions occupent votre esprit lorsque vous pensez votre musique ?
Cela nous permet effectivement  de nous libérer d’une part de noirceur qui existe dans chacun de nous ; le tout est de l’assumer complètement pour pouvoir s’en servir dans notre musique. Cette idée est véhiculée dans des chansons comme « Psychogenesis » ou encore « Idiosyncrasy » dont les textes, qui abordent la folie, la colère ou encore la frustration, sont vraiment sans concession.

Selon vous, quelles sont les évolutions notables entre votre premier album (New Filth Order) et Gaia – Medea ?
Je pense d’abord que le son est la différence majeure entre ces deux productions. Nous avions déjà collaboré avec François Dediste du studio Ear We Go à plusieurs reprises car il était notre ingénieur son en live, il savait comment notre musique devait sonner. Jochem Jacobs a également fait un travail remarquable pour le mixage et le mastering. Le rendu global est plus organique,  le fait que la composition soit plus aérée et variée permet également d’accentuer certaines émotions alors que New Filth Order est beaucoup plus « straight to your face ». Les guitares sont plus présentes sur Gaia – Medea et Sacha montre plus de facettes que sur New Filth Order. Ceci s’explique par le fait que beaucoup de changements de line-up ont eu lieu avant l’enregistrement de New Filth Order. Sacha a dû se réapproprier chaque chanson alors que le texte et le phrasé n’avaient pas été forcément écrit par/pour lui. Sur Gaia – Medea il a pu s’exprimer plus sereinement et librement. On pense avoir gagné en maturité et notre travail, en cohérence, et le niveau technique me semble bien plus élevé que sur New Filth Order.

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Pouvez-vous nous détailler les étapes de construction de Gaia-Medea jusqu’à son enregistrement et son mixage ? Quelles sont les personnes qui vous ont aidé dans ses deux étapes décisives (enregistrement + mixage) ? Un producteur était-il de la partie ?
Les tout premiers morceaux de Gaia-Medea datent déjà de 2009 lorsqu’on a sorti New Filth Order.  Il nous a alors fallu près de deux ans pour écrire l’entièreté de l’album avant d’entrer en studio. Nous avons procédé de façon assez classique en commençant par les pistes de batterie, ensuite les guitares et la basse pour finir avec les voix. Au départ, on a expérimenté pas mal avec différents amplis, de plug-ins, etc…avant de trouver le son qu’on voulait. À l’enregistrement, comme déjà dit auparavant, c’était François Dediste, propriétaire de l’Ear We Go Studio, qui était derrière les manettes. Il était très ouvert à nos idées et nous a laissé essayer pas mal de trucs. Ce mec a eu une patience exemplaire avec nous parce qu’on était, sur le coup, plutôt exigeants ! Ensuite, le mixage et le mastering ont été réalisés par Jochem Jacobs des Split Second Sound Studios à Amsterdam. Quelques difficultés sont apparues au niveau de la communication car toute notre collaboration s’est faite par e-mail… essaye voir d’expliquer quel son de cloche ou quel type de distorsion tu veux par mail (rires) ! Cela a rallongé un peu la durée du mixage mais cela nous a également permis de prendre du recul pour mettre en place d’autres détails.

Votre musique est influencée par toutes les tendances liées au genre metal : death mélodique, thrash, metalcore, heavy, etc. Je rapprocherais votre musique de celle de Gojira (« Cinder ») ou celle de Darkane… Pour n’en citer que deux. Lorsque vous avez composé Gaia-Medea, vous êtes-vous préoccupés de la manière dont sonnait votre musique ? 
C’est avant tout la musique qu’on aime jouer et le groove ressenti lorsqu’on joue l’ébauche des chansons ensemble. Il est évident qu’on ne peut renier certaines influences, comme tous les groupes d’ailleurs, mais nous ne cherchons pas du tout à sonner comme tel ou tel. On a notre propre style et notre conception de la musique, ce qui fait qu’on peut se laisser aller sans trop de crainte. Encore une fois, c’est l’ambiance véhiculée par le morceau qui nous guide, qui détermine le tempo, le type de chant, le beat… Pour répondre à ta première question, il y a effectivement beaucoup de genres différents dans cet album ; donc oui, on a énormément travaillé sur le son, sinon il aurait été impossible de rendre l’ensemble cohérent.

D’ailleurs, pouvez-vous me citer les cinq albums qui ont changé votre perception de la musique… et qui ont immanquablement influencé la musique de Scarred ?
Facile ! Alors : The Great Southern Trendkill – Pantera; Destroy Erase Improve – Meshuggah; City – Strapping Young Lad ; Domination – Morbid Angel ; Enemies of Reality – Nevermore.

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L’album débute avec le titre « Gaia » et se termine sur « Medea ». Entre ces deux repères de l’album, un cheminement, des transformations. Pouvez-vous nous raconter quelques-unes de ces histoires intermédiaires ?
Le morceau qui suit l’ouverture, « Cinder », raconte l’histoire d’un homme qui dans sa vie a toujours opté pour les choix faciles et qui constate que cela ne l’a pas mené bien loin. Il essaye donc de s’échapper dans un monde imaginaire, parfait, qu’il s’est créé. Cela va-t-il fonctionner ? Dans « Psychogenesis », comme le titre l’indique, on aborde le thème de la folie, les causes de sa naissance et la manière dont elle grandit dans une personnalité lambda. Je crois que nous avons tous en nous cette capacité de devenir fou si on y met les ingrédients nécessaires. Dans un autre registre,  « The Knot » est une critique de l’inaction de l’homme vis-à-vis des systèmes d’exploitation mis en place par le pouvoir. On y a visé le pouvoir capitaliste en écrivant le texte, mais cela s’applique aussi à tout autre système totalitaire. Pour le reste faudra lire le livret, on va pas tout dévoiler non plus !

Selon vous, quels sont les arguments convaincants de Gaia-Medea ? Ses points forts où les détails qui feront la différence avec des albums ayant la même orientation stylistique que Gaia-Medea ?
(Rire) On se croirait dans un entretien d’embauche… Bon, alors, ce n’est jamais facile de s’envoyer soi-même des fleurs, mais bon, allons-y… tentons de convaincre : on peut dire que nous nous sommes beaucoup investis dans la production de l’album, tant au niveau de la composition, de la mise en place des différents titres, que de la qualité du son. Ce qui le différencie peut-être d’albums au style similaire, c’est qu’il n’y a pas deux titres qui sonnent de la même façon, mais tous portent la griffe Scarred.

Pour conclure l’interview, c’est l’encart où le groupe peut s’exprimer comme bon lui semble : faire passer un message d’espoir, une déclaration d’amour, un ou des coups de gueule, commenter l’actualité ou dénoncer le secret bancaire luxembourgeois… en bref, c’est à vous !
Ahah c’est une bonne initiative ça ! Et bien pour commencer il faudrait que les gens dans le pit arrêtent de se prendre pour Jet-Li (N.D.L.R : Bernard semble évoquer le mosh, danse typique du punk hardcore : une tradition culturelle impressionnante, énergique mais inoffensive. Une question toutefois demeure : pourquoi les kids dansent le mosh à un concert de Scarred ?) et reviennent au bon vieux moshpit d’antan ! Je t’avoue qu’on a du mal à comprendre ce phénomène, on est plus partisan du Circle Pit, du Wall of Death et du Crowd Surfing que du Violent Dancing qui crée un fossé de plusieurs mètres entre les premiers rangs  et le reste du public qui n’ose plus s’approcher. On aimerait aussi que la scène métal retrouve son côté solidaire et que tout le monde se serre les coudes. On voit beaucoup trop souvent des groupes de qualité, locaux ou non, jouer devant des salles presque vides. Sortez et bougez-vous pour les soutenir ! C’est tellement important ! Il y a des tas d’orgas qui font un travail de malade pour à peine se maintenir à flot, juste par passion. En plus ces concerts sont généralement à des prix très abordables et peuvent cacher de belles découvertes musicales. Concernant le secret bancaire luxembourgeois, on aimerait solennellement déclarer… qu’on s’en fout un peu en fait ; de toute façon peu importe la personne qui dirige, c’est toujours le bas de l’échelle qui trinque. Tu n’as qu’à regarder en Grèce, en Espagne ou au Portugal.

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> SORTIE
– SCARRED – Gaia (Klonosphere / Season Of Mist) (2013)
> WEB OFFICIEL
www.scarred.lu

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