Sally Dige – Interview bonus Obsküre Magazine #13

10 Jan 13 Sally Dige – Interview bonus Obsküre Magazine #13

En complément de la chronique du 45 tours Immaculate Deception/ Doppelgänger (Fabrika Records), Obsküre Magazine vous offre cet entretien avec la talentueuse canadienne d’origine danoise, Sally Dige, rencontrée lors d’une représentation donnée à Bordeaux, dans la cave sombre d’un bar nommé El Chicho. Au vu de la qualité de ces nouveaux morceaux, il s’agit là d’une artiste dont vous n’avez pas fini d’entendre parler.

Obsküre Magazine : On t’a découverte avec le morceau « Immaculate deception » qui figurait sur la compilation Future Echo mais tu as eu une carrière auparavant, notamment au sein de Petroleum-by-Product. Peux-tu nous en dire plus sur ce projet ?
Sally Dige : J’ai en effet joué dans ce groupe. On l’a commencé quand je venais d’entrer à la fac avec des ami(e)s. Au départ c’était plutôt un projet artistique mais c’est devenu un groupe au sens plus conventionnel. On a joué ensemble quelques années, cela étant j’ai toujours voulu aller vers une musique plus électronique, plus dansante, plus synth-pop. Mais je n’ai pas fait d’autres projets en dehors de ces deux là.

Avec cet autre groupe, tu as sorti l’album Superficial Artificial.
Oui, on avait sorti un album et un 45 tours et on avait participé à quelques compilations.

Dirais-tu qu’il y a un certain son et une énergie particulière à Vancouver, là d’où tu es originaire ? On peut penser notamment à Animal Bodies, qui se rapprochaient un peu de ce que tu faisais avec Petroleum-by-product.
Notre scène synth-pop est très petite. Tous ceux qui font ce genre de musique ont tous joué les uns avec les autres. Mais ce son n’est pas tellement apprécié là-bas, c’est pourquoi beaucoup de ces groupes partent en tournée en Europe. À Vancouver, le son est plus garage ou punk, donc les groupes avec des synthés partent en général pour jouer ailleurs.

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Tu as fait le choix de cette esthétique synth-pop et dark wave. Mais quels ont été les albums ou les artistes qui ont été vraiment importants au point de faire de toi une accro du genre?
J’aimais beaucoup Ronny même si elle n’a pas sorti tant de disques, la chanteuse française qui a fait « Blue Cabaret ». La première fois que je l’ai vue, j’ai été très impressionnée, j’aimais sa présence, sa voix qui avait une certaine puissance. Je n’ai jamais aimé les clichés que l’on associe aux voix féminines. J’aime quand il y a de la diversité, c’est pourquoi j’aime descendre dans les graves ou monter beaucoup plus dans les aigus. Je suis toute seule mais je me vois toujours comme un groupe, où j’imiterais les choristes et remplirais tous les rôles.

Quand tu as posté le clip d’ « Immaculate Deception », beaucoup ont cru que c’était une vidéo des années quatre-vingt qui avait été retrouvée. Je te demandais cela car certains pensaient que tu étais une chanteuse oubliée des 80’s.
Fad Gadget m’a aussi beaucoup inspirée en tant qu’artiste. La manière dont il compile ces sons à priori expérimentaux pour au résultat composer une pop song. Cela m’a toujours plu. Expérimenter avec des sons abstraits mais les structurer comme une chanson pop que tu pourras jouer sur le dancefloor.

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Beaucoup t’ont découverte par le biais d’Internet et le buzz est monté assez vite, avec beaucoup de monde attendant ton premier album. Pour l’instant, nous avons ce 45 tours, mais as-tu ressenti une certaine pression de la part de ces personnes qui attendent beaucoup de toi?
Tu parles de la tournée et des prochains disques? De toute façon, je suis toujours sous pression et très nerveuse quand je me produis live. J’essaie de ne pas trop y penser car on crée avant tout pour soi même et pour s’exprimer. A l’origine, on ne fait pas cela pour les autres mais pour soi même, donc je dirais que je ne ressens aucune pression. Mais c’est peut-être un mensonge.

Je me souviens que sur ton site tu partageais tes états d’âme quant à tes nouveaux morceaux. Étaient-ils vraiment finis ou pas, comme dans une quête de perfection ?
Je pense l’être car cela me prend beaucoup de temps pour terminer un morceau. Tout d’abord, je ne sais pas ce que je fais, je découvre en le faisant et je suis en train d’apprendre sans cesse les méthodes d’ingé son, de mixage et d’enregistrement. Mais même si je ne possède rien moi même, j’ai toujours le désir de faire de bonnes pop songs, sans que cela sonne lo-fi enregistré sur un quatre-pistes. J’ai envie que cela sonne comme quelque chose qui passerait à la radio. J’essaie de faire du mieux avec les contraintes qui sont les miennes.

Mais le caractère lo-fi fait partie du charme des vidéos.
C’est peut-être vrai. Une amie m’a dit aussi que les gens préfèrent quand c’est un peu brut. Au départ, « Immaculate Deception » n’était qu’une démo, je voulais l’améliorer mais cette amie m’a dit de laisser les choses comme ça, avec un peu de saleté.

Car tu n’es pas que musicienne, tu es aussi designer et vidéaste. Accordes-tu la même importance à tous ces aspects, les costumes aussi importants que la musique ou les visuels ?
C’est une expérience totale. Par exemple, Depeche Mode utilisaient souvent les mêmes réalisateurs pour leurs vidéos, pour obtenir cette identité visuelle bien précise. Mais c’est important, c’est sûr.

Et est-ce que les costumes sont dictés par la musique ? Est-ce que ce sont les images que tu as en tête pour la vidéo que tu vas faire qui dirigent la musique, tout est-il vraiment lié?
Parfois c’est un film dans ma tête qui va inspirer le morceau, et souvent les costumes ou les vidéos peuvent venir de choses très abstraites avec lesquelles je démarre.

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Peux-tu nous en dire plus sur l’origine des morceaux « Immaculate Deception » et « Doppelgänger »?
« Doppelgänger » se réfère vraiment au statut de l’artiste et ce fait de n’être qu’un alter ego, un autre soi, et comment tu regardes à cet autre toi même. D’autant plus quand tu es un performeur, c’est comme du théâtre. Je ne pourrais aller sur scène en étant timide, mais tu dois être possédée par un autre toi même. « Immaculate Deception » développe aussi cette idée, de regarder cette autre soi même.

Ton attirance pour la new wave et la synth pop vient elle aussi du look et de la présentation visuelle de ces artistes, leurs costumes, etc.
J’aime tous ces aspects mais c’est la musique qui prime, c’est ça que j’aime avant tout.

Tu as dit que tu n’avais pas d’instruments, comment fais-tu alors, utilises-tu un ordinateur?
Non, tout est fait avec des instruments mais ils ne m’appartiennent pas! Je les emprunte aux amis puis je les ramène. Je ne possède qu’un seul synthé mais il ne marche que quand bon lui semble. Un autre ami m’en a donné un autre peut-être parce qu’il avait pitié. C’est un petit jouet mais j’ai enregistré de chouettes choses avec. J’aime bien travailler avec presque rien. Les limites c’est une bonne chose. Je connais des personnes qui possèdent tout ce qu’elles veulent mais leur musique est assez ennuyeuse. Ils pensent qu’en pressant sur un bouton, cela suffira.

Tu penses que c’est mieux pour l’imagination ?
Tout à fait. Les limites sont une bonne chose. Tu dois vraiment ouvrir ton esprit afin de créer à partir de rien. C’est vrai que d’un côté je n’ai pas le choix mais j’apprécie aussi. J’ai le désir de créer des choses énormes mais au résultat, tout est très minimal.

Ce soir, sur scène, on va découvrir de nouveaux morceaux qu’on ne connaît pas encore. As-tu le projet de les sortir dans le courant de l’année 2013?
Oui, le 45 tours est parti très vite, il me reste très peu de copies. La prochaine étape sera l’album et j’en suis très heureuse. C’est le gros projet sur lequel je travaille.

Cela sortira chez Fabrika Records aussi ?
Je ne sais pas encore. Je pense d’abord à finir mes morceaux. Et j’espère que vous ne serez pas déçus.

Que peut-on te souhaiter ?
Cet autre disque avec dix ou douze  morceaux dessus et sûrement de nouvelles vidéos très cool. Et c’est tout ce à quoi je peux penser pour l’instant.

J’ai vu aussi que tu étais impliquée dans une sorte de programme TV, une série, un peu dans le genre film d’horreur.
A Vancouver il y a une nuit gothique qui se nomme The Shadowline. C’est là bas que j’ai joué pour la première fois et je n’avais que deux morceaux! Et ils ont voulu faire cette sorte d’épisode TV, Massacre at Shadowline High, avec des personnages qui vont à la soirée. Un ami a écrit le script. C’est une ambiance collège un peu dramatique. Et il travaille sur le prochain épisode. Il y aura un épisode pour chaque événement.

Qui a fait la couverture du 45 tours?
C’est moi encore. Fabrika voulait la couverture assez vite car ils voulaient que ce soit pressé pendant l’été pour que ce soit prêt pour le festival. Ma sœur a pris des photos. On a attendu une semaine pour qu’elles soient développées. On a scanné les négatifs mais ils se trouvaient sur un disque dur qui s’est perdu. Fabrika m’a relancé et j’ai paniqué. J’ai juste pris mon appareil photo numérique, j’ai sélectionné la meilleure photo et j’ai fait le graphisme par dessus.

T’as pu découvrir des groupes intéressants pendant cette tournée européenne?
On a joué avec le groupe suédois Agent Side Grinder. Je ne les avais jamais vus, c’était très chouette. Malheureusement sur cette tournée, on s’est souvent retrouvés tout seul, j’aimerais en avoir vu plus. Mais c’est un des seuls que j’aie vu.

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