Saigon Blue Rain – Interview

22 Oct 16 Saigon Blue Rain – Interview

Saigon Blue Rain ne s’est pas toujours nommé ainsi. Le patronyme du projet français correspond, quelque part, à un nouveau baptême pour Stupid Bitch Reject, mais garde pour noyau dur les personnes de Franck et Ophelia. Un premier EP paru en 2013 a servi de carte de visite, et le format long Noire Psyché en dit long sur l’identité musicale du binôme : un relief sonore que l’auditoire dark ne manquera pas de rapatrier à un certain héritage musical (cold wave et âge d’or de 4AD en ligne de mire) tout en appréciant les colorations aériennes et légèrement acides des guitares, à la fois poétiques et névrosées. Entretien avec les deux fondateurs sur la teneur du discours, la réduction d’une intention par le commentaire, et le jeu des influences – dont celles que vous ne soupçonneriez pas à l’écoute du nouvel album.

Obsküre : Revenons un brin sur le passé. Qu’est-ce qui a provoqué la mutation de Stupid Bitch Reject en Saigon Blue Rain en 2014 ?
Ophelia :
Stupid Bitch Reject s’inscrivait comme une version punk de nous-mêmes. L’insolence, la nervosité et le non-conformisme faisaient partie des émotions que nous voulions en premier lieu faire ressortir dans notre projet avant même d’entrer dans le vif des compositions qui l’ont finalement constitué. L’écriture a démarré à la fin de l’année 2012 par des morceaux dans cette teneur – que sciemment nous avons décidé de ne pas sortir – puis a rapidement évolué vers des ambiances plus éthérées, apaisées. Ce changement s’est opéré durant la phase qui a correspondu à la naissance de notre fille. Cette nouvelle page s’écrivant dans nos vies a insufflé une tout autre intention dans notre démarche artistique : sans être pour autant devenue terre à terre, notre musique s’est imprégnée des réminiscences de l’enfance et de la pureté qui la caractérise, de souvenirs plus ou moins bons profondément enfouis, qui par leur éclosion ont dessiné peu à peu les contours de Saigon Blue Rain.

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Quelles différences établiriez-vous dans votre processus de travail, entre le groupe du premier EP et celui que vous êtes aujourd’hui ?
Le processus est sensiblement le même, si ce n’est que nous sommes maintenant plus sûrs des directions que nous voulons prendre depuis l’élaboration de Noire Psyché. Nos inspirations sont multiples et nous ne souhaitons plus nous cantonner à faire de la cold wave pure et dure pour pouvoir correspondre à une scène bien précise ; mais, techniquement, étant en auto-production depuis la naissance du groupe, les étapes qui constituent nos travaux sont identiques. Nous composons, écrivons, enregistrons et mixons chez nous, ce qui a le mérite de nous laisser une totale maîtrise de nos projets. Néanmoins et par voie de conséquence, tout cela nous demande un investissement important en termes de temps et d’argent.

Votre binaire a cette coloration aérienne et éthérée qu’on peut affilier à une certaine école soit anglaise – l’époque d’or de 4AD, ou évidemment la scène plus ouvertement affiliée au mouvement gothique 80’s via la référence phare All About Eve – soit américaine : cf. Tess Records, avec des groupes comme Autumn. Vous reconnaissez-vous ou non dans une certaine tradition musicale et pourriez-vous, si oui, en définir les contours généraux ? Croyez-vous en la notion d’« écoles » en musique ?
Franck :
Nos influences ne se trouvent que peu dans la scène gothique. On pourrait citer And Also The Trees et Crime And The City Solution comme les deux catalyseurs qui nous ont amenés à faire la musique que nous faisons. Evidemment nous aimons aussi The Cure et Depeche Mode, mais au-delà de ces quelques groupes affiliés à cette scène, nos muses se trouvent bien ailleurs, aussi bien dans la scène noise rock que dans le metal, la pop, l’electro, le post-hardcore ou encore l’indus. Des groupes tels que Thrice, Phantogram, Katatonia, Bat For Lashes, Godflesh, Chelsea Wolfe ou Foals nous ont certainement plus influencés en nous aidant à insuffler du moderne dans une scène qui se complait trop souvent à recycler toujours les mêmes poncifs. Évoluer dans la scène goth n’a jamais été un choix.

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Le fait d’avancer Cocteau Twins et All About Eve en références de l’orientation vocale d’Ophelia, correspond-il à l’affichage de sources conscientes et assumées, ou est-ce davantage le résultat d’un référencement que le public ou le journalisme opère à votre égard ? Que représentent ces deux groupes pour vous, dans le sound design comme dans la direction poétique ?
Ophelia :
Ces comparaisons nous font toujours sourire car Cocteau Twins comme All About Eve étaient, jusqu’à ce qu’on nous compare à eux, des groupes que nous n’écoutions pas et qui donc, ne faisaient pas partie de nos influences. Après avoir découvert Cocteau Twins par la force des choses, nous nous sommes rendus à l’évidence que des similitudes existent bel et bien dans le paysage musical de nos groupes respectifs et nous sommes assez flattés de la comparaison, après coup. Le lien qui est souvent fait entre SBR et All about Eve est en revanche moins évident pour nous, ces derniers ayant des sonorités beaucoup plus rock, que l’on croise rarement dans nos compos. À la réflexion, la plupart des artistes nous ayant inspirés jusque-là sont souvent des figures masculines, lesquelles sont citées rarement dans les papiers journalistiques. Les voix féminines étant plus rares dans la scène post-punk, il est sans doute inconscient de la part des initiés du style de comparer les groupes à chanteuses entre eux. Nous trouvons tout de même cela assez réducteur.

Guitares et voix créent sur Noire Psyché un enchevêtrement appelant au merveilleux et évoquant le spleen en même temps. Tout cela fonctionne-t-il la main dans la main où procédez-vous par étapes ? Y’a-t-il chez vous une « méthode » ?
Sur Noire Psyché, comme sur nos deux précédents projets, l’écriture des synthés et des guitares réalisée par l’un ou l’autre donne la marche à suivre au reste du morceau. Une fois ce squelette constitué, nous y ajoutons la boîte à rythme, la basse et les lignes de chant. À tout moment, Franck ou moi-même pouvons apporter des modifications aux compositions. Nous travaillons en parfait binôme, ce qui peut bouleverser un morceau du tout au tout. C’est en tout cas cette méthode qui a fait ses preuves jusque-là.

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Qu’est-ce qui a provoqué le choix de « The Unknown » comme single ?
À la découverte de Noire Psyché, le public et pas mal de nos amis musiciens ont été interpellé par le titre « The Unknown », sans doute à cause de son côté plus accrocheur et efficace que d’autres morceaux de l’album. C’était également une volonté de notre part de provoquer une rupture entre le single de « L’Offrande », très éthéré et dépressif, qui illustrait le précédent album What I don’t see.

L’optique sensuelle du clip a-t-elle été proposée par Marie-Line Pochet ou cela correspond-il de prime abord à un désir que vous aviez en tant que groupe ?
Noire Psyché, dans sa globalité, est érotisme et impudeur. Tout est dirigé dans ce sens, que ce soit au travers des compositions, des paroles ou encore de l’artwork. Il nous apparaissait donc logique de faire un clip reflétant la tonalité de l’album, sans tomber dans la vulgarité et le sensationnel. Avant même que nous discutions ensemble du contenu de l’album et à la première écoute de « The Unknown », Marie-Line avait imaginé ce couple éphémère aux contours imprécis et anonymes.

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Ce qui frappe aussi sur Noire Psyché, c’est cette unité, cette cohérence dans le son. Elle sert des compositions, gardant toutes une identité et une dynamique propres. Cette unité de ton était-elle un but conscient dès le début du travail sur le disque ou les choses se sont-elles simplement dessinées comme ça ?
Franck :
Nous voyons chacun de nos albums comme une œuvre où chaque morceau est indispensable à la cohésion de l’ensemble. À cette fin nous avons évincé certains morceaux qui, pris dans l’ensemble, n’étaient plus pertinents. Chaque morceau doit avoir sa propre coloration sans pour autant trop trancher avec le reste. Il s’agit vraiment de trouver le bon équilibre, que ce soit dans le choix ou l’ordre des morceaux.

Appartenir au groupe live de Sylvaine (NDLR : deuxième album paru récemment chez Season Of Mist), c’est mettre une compétence au service d’un propos autre mais qui, à certains égards, n’est pas outrancièrement éloigné de l’esthétique sonore de SBR. Lorsqu’il s’agit de jouer live avec elle, Franck, y a-t-il pour toi une marge de manœuvre ? Est-ce là « insuffler » quelque chose ou davantage s’effacer au maximum « au service de »… ?
Au sein de Sylvaine je suis un musicien de session. Je joue exactement ce que me demande Kathrine. Je peux apporter un peu de personnalité dans l’interprétation de certains passages, mais cela reste marginal et doit bien sûr être mis au service de chaque titre. Pour ce qui est de la comparaison avec SBR, malgré des univers quelque peu similaires, les deux groupes demeurent très différents musicalement.

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> SAIGON BLUE RAIN ONLINE
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> EN CONCERT LE 29/10/2016 @ Paris (Batofar) en première partie de The Beauty Of Gemina
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