Riktus – La fin de l’aventure

02 Juin 11 Riktus – La fin de l’aventure

Le 15 janvier 2011, Riktus est mort sur la petite scène du 412…Triste nouvelle pour le Métal lorrain et pour toute une génération qui avait suivi les pérégrinations prometteuses du combo mais l’occasion pour nous de faire le point sur une carrière riche et un avenir qui ne s’annonce peut être pas si souterrain pour les membres du groupe.

Pourquoi avoir choisi de mettre fin à l’aventure Riktus aujourd’hui ?

Riktus existe officiellement depuis 1999, premier concert en 2001, personnellement ça fait 17ans que je joue avec Franz notre batteur, c’est à dire plus de la moitié de ma vie, donc je pense qu’on avait tous envie de passer à autre chose, d’avoir des expériences avec d’autres musiciens. Et puis en 10ans on a tous changé et évolué, les styles de musique qu’on écoute commencent à diverger un peu même si on est toujours fan des mêmes groupes qui nous on fait aimer le métal en général. Bref il faut savoir parfois s’arrêter quelques temps pour réfléchir et mieux repartir par la suite. Et puis c’est toujours mieux de s’arrêter comme ça dans des bonnes conditions, il faut éviter de tirer sur la corde et attendre qu’elle casse !!

Est-ce le début de plusieurs aventures « solo » ou réellement la fin de votre parcours musical ?

Ce n’est pas du tout la fin de notre parcours, la plupart des autres membres ont déjà intégré d’autres formationsVinch dans Heartbeat Parade (avec les ex dEFDUMp) Flo dans Hungry for the thruth (avec un ex-Kyl’in) Zach dans Between me myself and I ( avec des ex Rezistenza) Franz joue dans Sevensides Quand à moi je me réserve quelques mois sabbatiques avant de m’y remettre !!

Quel bilan tirez -vous de votre carrière ?

De ces 12 ans moi je retiendrais évidemment les bons moments, surtout l’expérience humaine. Travailler comme ça à 5 personnes demande de savoir faire des concessions, d’être patient et respectueux des autres, c’est la vie en communauté. Je pense que c’est un enseignement qui restera en moi toute ma vie, ça m’a beaucoup apporté. Ensuite on a eu des galères et des bons moments, des concerts avec 600 personnes, d’autres avec 2 personnes, voir personne du tout. Sur le moment c’est pesant tu te demandes à quoi ça sert de faire tant de concessions, mais quand ensuite tu fais un concert et que les gens pogotent comme des fous en chantant tes chansons, ça te fait oublier tous les mauvais trip, et à ce moment là tu sais pourquoi tu fais de la musique. Ensuite il y a les rencontres faites sur la route, ça aussi c’est quelque chose de formidable. On s’est lié d’amitié avec quelques groupes, comme Aftertaste de Dijon, ce sont des mecs géniaux plein de vraies valeurs, on a toujours été bien reçu en allant chez eux, on se refile des tuyaux etc….

Est-il facile aujourd’hui de faire du Métal en France ou l’apparente facilité à enregistrer dans des pseudo  » home studios » et les nombreux groupes sur le marché aux productions plus ou moins abouties sont -ils un frein à l’émergence d’une vraie culture Métal en France ?

Pour ma part je pense honnêtement qu’il est quasi impossible de vivre du métal en France. Bien sûr quelques groupes sortent un peu du lot, je pense notamment à Gojira qui a réussi brillamment à s’exporter aux US. Mais de la à dire qu’ils vivent correctement de leur musique, je ne pense pas. Après je pense que le fait de pouvoir enregistrer des démos avec un son plus que correct à la maison grâce à la nouvelle technologie est une très bonne chose, notamment comme tu dis pour créer une vraie culture métal en France. Culture qui pour moi existe déjà, on a remarqué ça en allant jouer à droite à gauche en France, en Belgique et au Lux. C’est marrant de voir comme certaines régions sont « spécialisées » ou du moins orientées vers un style de métal en particulier. Ce qui me dérange un peu plus avec ces nouvelles technologies c’est la possibilité de tout retoucher. Parfois tu entends des trucs sur myspace, tu te dis  » ces mecs sont des tueurs » et puis finalement en live ils arrivent pas à jouer la moitié de ce qu’il y a sur le CD. Et puis le fait que tout soit parfait sur un album enlève un peu du charme « rockn’roll » de notre style de musique. Tout est aseptisé, et manque de spontanéité.

Quels sont les grandes étapes de votre aventure que vous retiendrez…en bien ou en mal 😉 ( concerts, studio …etc ) ?

Les enregistrements studio sont bien sûr à chaque fois des grosses étapes dans la vie d’un groupe, les soirées de sorties de CD aussi d’ailleurs. Pour ma part nos 1er déplacements hors-région ont été aussi de grands moments dans notre carrière. On part en camionnette tous les 5, à ce momentlà on est vraiment livrés à nous même, il y a toujours du stress, les horaires, les problèmes technique, pannes mécanique (il y en a eu une paire, genre la roue du camion à resserrer tout les 100km soit environ 10x pour aller jusqu’à Marseille !!). L’enregistrement de notre dernier CD en 2009 a pour moi été un tournant. On avait encore jamais travaillé de façon aussi professionnelle. Préproduction enregistrées chez nous, 3 studios différents, dossier de subventions, distribution nationale, plan de communication, vidéospromotionnelles etc…

Avez vous réussi à toucher (ou vivre) vos rêves ou bien en restera-t-il quelques uns qui laisseront un goût d’inachevé ?

On a vécu beaucoup de choses superbes pendant ces 12 ans, enregistrer dans des studios high-tech, partir sur les routes pendant 2 ou 3 jours pour faire des concerts, dormir à l’hôtel (ou dans le camion, ou pas dormir !!) ça donne un aperçu de ce que doit être la vie d’un groupe professionnel. Etre distribué dans la France entière et recevoir des mails de personnes de l’autre bout du pays nous disant qu’ils ont acheté notre CD à la FNAC de Bordeaux et qu’ils l’adorent…Ce sont certains rêves qui se sont réalisés. On aurait bien voulu avoir l’occasion de partir 2 semaines en tournée dans les pays de l’Est (Pologne, Tchéquie etc…) mais c’est une organisation ultra hard, qui demande énormément de préparation, et des moyens financiers que nous n’avons pas. Faire une grosse première partie de groupe comme Killswitch Engage, ou In Flames pour ne citer qu’eux aurait été une super expérience aussi….

La Lorraine et ses environs semblent revivre d’un point de vue musical ces derniers temps avec beaucoup de jeunes groupes prometteurs et surtout de plus en plus de  » gros » concerts, l’apothéose étant le Sonisphere, qu’en pensez vous personnellement ?

En effet il y a la proximité du Luxembourg et ses salles comme la Rockhal, l’Atelier ou la Kulturfabrik qui ne programment pas seulement des daubes qui passent à la radio et qui arrivent à rassembler parfois 6000 personnes sur des concerts métal. Peut-être que ces exemples inspirent les structures Françaises qui se décident à organiser des « bons » concerts, mais il reste encore beaucoup de travail à fournir. Des salles comme le Galaxie ou les différents Zénith du coin devraient prendre exemple sur nos amis Frontaliers. Néanmoins de petites structures ont le courage d’entreprendre, je pense notamment aux dernières fêtes de la musique Thionvilloise où l’association FQCB a fait venir des groupes comme Sick of It all en 2010, Devil Driver en 2009. Le sonisphère 2011 sera aussi un rendez vous incontournable pour tout les fans de métal sur 2 ou 3 générations, mais dans ce cas là, je pense que c’est surtout notre situation géographique (carrefour de l’Europe) qui a fait pencher la balance en notre faveur.

Quant aux jeunes groupes Lorrains, si on veut vraiment en voir émerger un jour, il faudra leur donner les moyens de pouvoir travailler dans des conditions correctes. Il est quasiment impossible à l’heure actuelle de trouver une salle de répète dans la région. On a mis 7 ans à en trouver une, toute celles qui existent sont déjà occupé et la liste d’attente est indécente. L’Autre Canal prend de très bonnes initiatives en proposant des accompagnements de groupe par des pros, des résidences de scène etc… mais c’est trop peu. Encore une fois, au Luxembourg, certaines structures proposent des locaux de répétition à de très bon tarifs, mais avec obligations de résultat (enregistrement d’un CD, organisation d’un concert), c’est un moyen de sélectionner les groupes sérieux, et de ne pas monopoliser les salles de répète pour faire des choses non-constructive.

Quel message voulez vous laisser à vos fans dépités par la fin de Riktus ?

Et bien qu’on les remercie de nous avoir soutenus tout ce temps là, qu’on ne les oubliera pas, et qu’on aimerait qu’ils ne nous oublient pas non plus. Qu’ils continuent à écouter nos chansons, c’est la seule manière de continuer à faire vivre le groupe. Pour tous ceux qui jouent dans des groupes ou qui commencent à en former un, accrochez vous, c’est dur, parfois c’est la merde, parfois c’est super décourageant, mais ça vaut le coup d’être vécu. Et surtout ne vous prenez pas trop la tête, faites vous plaisir. Comme la dit Alain Aimé lors de notre accompagnement de groupe : « Tu poses tes couilles sur la table et t’envoies du bois…ce que les autres pensent tu t’en tapes, t’es là pour te faire plaisir…Rock n’ roll » Cette petite phrase à changé beaucoup de choses pour nous…

Be Sociable, Share!

Laisser une réponse