Reutoff / Sal Solaris – Interview Bonus Obsküre Magazine # 22

03 Oct 14 Reutoff / Sal Solaris – Interview Bonus Obsküre Magazine # 22

Supplément de notre entretien avec les projets Reutoff et Sal Solaris dans Obsküre Magazine # 22 pour leur disque en commun, Eigengrau.

Obsküre Mag : Peut-on revenir sur les différentes étapes de cette collaboration ?
Sal Solaris : Bien sûr. Ce n’est pas la première fois que nous collaborons ensemble. Nous nous sommes rencontrés la première fois quand Reutoff a joué à Rostov-on-Don. On est vite devenus amis. Notre vision du monde était similaire et nous réagissions de la même façon à l’alcool notamment. Nous avons partagé la scène et nous nous sommes souvent retrouvés sur les mêmes compilations. Mais Eigengrau est notre première collaboration d’importance. Elle fut conçue dans le cadre de la série ReuTraum mais nous nous sommes vite rendu compte que ce que nous avions à dire en commun dépassait la longueur d’un format EP. Quand aux étapes de la collaboration, on ne peut pas dire que nous avons eu des discussions intenses. Nous avons travaillé en parallèle, peut-être dans un mode télépathe… et de façon très intuitive. C’est quand nous avons terminé que nous nous sommes aperçu que les titres fonctionnaient très bien entre eux. Cela relève de la magie. L’étape finale fut celle d’inclure un artwork et de créer nos propres versions des chansons de nos amis avec lesquelles nous avions une relation intime.

La collaboration n’est pas quelques chose de nouveau pour vous mais comment saviez-vous que cela allait fonctionner ?
Reutoff : Reutoff et Sal Solaris se connaissent depuis longtemps et cela faisait un bon moment que nous avions planifié ce split. Le temps a passé mais nous n’arrivions pas à définir le concept qui pourrait convenir à chacun des deux projets et qui pouvait être joué en concert aussi pour ces deux groupes qui sont très différents en termes de style. Nous sentions qu’il y avait quelque chose à naître mais le lien ne se faisait pas. Puis nous savions qu’il fallait que ce soit une oeuvre originale, pas des reprises ou des remixes, mais un corpus musical nouveau qui aurait obéi à une seule idée forte. Finalement nous avons atteint le but que nous nous étions fixé – notre musique, si éloignée en apparence, combinée en une grande œuvre pleine.

Reutoff

SalSolaris

Vous avez chacun une longue histoire dans la scène post-industrielle, qui s’étend sur plus de quinze années. Quels en seraient les points forts en termes de parutions, de rencontres, de concerts ?
Reutoff : Pour ce qui est de Reutoff, je crois que nous pouvons dire que formellement nous avons atteint tout ce que nous souhaitions sur nos seize années d’existence. Nous avons joué sur scène et collaboré avec des artistes aussi reconnus que Le Joyaux de La Princesse, Deutsch Nepal, Troum, Bad Sector, Inade, Rapoon – en fait, avec tous les groupes d’importance dans la scène post-industrielle. Nous avons sorti des albums sur des labels respectés dans le monde entier, avons rendu réel d’innombrables projets comme par exemple ReuTraum – une collection de 45 tours dédiés à l’atmosphère spécifique d’un lieu dans lequel nous sommes nés. Chaque disque de ce projet est paru sur un label différent dans un pays différent à chaque fois. Nous avons aussi joué avec un orchestre symphonique. Je ne suis même pas sûr qu’un autre groupe post-industriel est fait cela par le passé. Nous avons même eu droit à un disque hommage avec des formations comme Desiderii Marginis, Antlers Mulm, Atrium Carceri etc. qui ont retravaillé nos propres morceaux. En d’autres termes, nous avons fait tout ce que nous avions planifié de faire et c’est justement pour cela que nous voulons faire plus, avancer et cet Eigengrau, en split avec Sal Solaris, nous permet d’atteindre un nouveau pallier.
Sal Solaris : Les moments forts ont été quand tout d’abord Konstantin Mezer a réalisé que des gens étaient intéressés par les sons qu’il produisait, cela s’est passé avant même que le projet Sal Solaris existe. Puis il y a eu le festival Heilige Feuer qui fut notre première expérience live internationale puis 2004, quand Sal Solaris a intégré Ivan Napreenko dans le line-up.

C’est toujours fascinant d’écouter un de vos disques car votre univers est si riche, cela peut aller du dark ambient à de la noise rythmique électronique et des musiques de films angoissantes, et nous savons que nous allons être immergés dans un monde qui se tient en lui même. L’expérimentation reste-t-elle la base derrière tout ce travail ?
Reutoff : La vie est juste une grande expérimentation, sinon quel en serait le sens ? Reutoff s’est toujours intéressé à la nouveauté et à l’expérimentation en termes de sons. Nous avons commencé comme un projet strictement dark ambient et nous avons vite réalisé que les limites du genre étaient trop resserrées pour nous. Certains de nos morceaux appelaient des solutions complètement différentes. C’est à ce moment-là que nous avons commencé à expérimenter avec le rhythm’n’noise et d’autres styles adjacents. Ma humble opinion est que les limites de genre ne concernent que les projets grand public. Quand la musique est un travail et que tout se compte en termes de ventes. Notre approche est différente. Nous pouvons nous permettre de ne pas penser notre musique comme un divertissement pour les auditeurs. Nous sommes totalement libres. Cette liberté est une plateforme pour toute recherche musicale. Plus tu t’immerges profondément dans la musique, moins tu fais attention aux limites stylistiques. La liberté engendre la liberté. Doit-on en attendre un disque techno de la part de Reutoff ? Sans aucun doute, mais soyez sûrs que ce sera de la techno très bizarre.

Musicalement, vous sentez vous tout de même faire partie d’une tradition ?
Sal Solaris : Il y a deux traditions majeures desquelles nous nous sentons proches : l’avant-garde du début du XXe siècle (le futurisme russe) et la techno underground. La techno est une musique très fonctionnelle, une musique rituelle faite pour danser. On peut difficilement dire que Sal Solaris produit une musique de danse, mais nous créons aussi des sons en vue d’une immersion collective. L’avant-garde russe est aussi une pratique pour la transformation collective dans des conditions live. C’est ce à quoi nous aspirons. Montrer qu’un autre monde est possible.

Image de prévisualisation YouTube
Be Sociable, Share!

Laisser une réponse