Report Nightwatchers – Rendez-Vous + Father Murphy (17/11 – Toulouse)

20 Nov 18 Report Nightwatchers – Rendez-Vous + Father Murphy (17/11 – Toulouse)

(report en attentes de photos – nous contacter).

Rex Club Toulouse : chaude journée, gilets jaunes en périphérie, tournée des bars et attente de la froidure hivernale qui se laisse désirer. Tournée marathon pour Rendez-Vous (« On en a jusqu’à l’été prochain »), promo en plein essor, passage toulousain plus que guetté et réseaux sociaux qui s’affolent. Pour une fois, les orgas ont été rassurés « au rythme ou partent les préventes » !

Les Nightwatchers, locaux de l’étape, ont la chance de pouvoir ouvrir pour ce qui sera une soirée d’anthologie (salle pleine dès 20h). C’est Primary (avec Regarts Asso) qui organise le concert et le choix est judicieux. Le son de ces Veilleurs de Nuit est souvent proche des réminiscences horror-punk des Misfits, Calabrese et autres Radkey. Leurs compositions sont carénées comme des morceaux de hardcore. La batterie est clairement punk. Tout à fond, tout à fond. Les visages grimacent, ça tape sur les instruments, le batteur est fou à lier et ça joue vite et carré. Pourtant, il manque un quelque chose : une plus grande variation dans les titres, un ensemble de riffs plus travaillés pour donner à cette puissance de feu une base plus solide. Les voix se complètent bien, l’allure est travaillée (T-shirt noir pour tous), le plaisir pris à être sur scène est palpable. Le concert a mis du temps à s’installer (j’avais eu la même impression lors de leur prestation à l’X-treme Fest d’Albi cet été) et c’est sur la paire « Tit for Tat » (titre inédit, présent sur le tribute Trash on ! à paraître en janvier 2019) et « It’s a Shame » que le groupe trouve pleinement ses marques, grâce à une écriture plus alambiquée qui permet enfin de dévoiler un potentiel et une singularité. L’affaire n’est pas finie…

https://nightwatcherspunk.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/nghtwtchrs/

La salle se remplit encore plus lors du changement de plateau. Le Rex est maintenant bondé, des gens de tous âges, hommes et femmes en égale proportion. Majorité de rockeurs en noir (non, on ne dira pas gothiques – le groupe s’en défend – mais on y pense très fort). Je sympathise avec un couple, elle férue de 4AD, lui davantage branché au départ sur le heavy du début des années 80 avant le virage punk. L’envie de partager ce moment est présente chez tous et galvanise les quelques instants d’attente devant la scène.

L’énergie est palpable dans la salle : c’est électrique ! Dès le démarrage du titre expérimental qui lance le concert, le public est gagné, ça braille, ça s’agite et ensuite ça pogotera gentiment. Pour ce lancement de set, Rendez-Vous renoue avec l’ambiance développée lors du concert donné à Beaubourg en février 2017, évitant le rock trop direct, lui préférant une version plus étrange à la early Neubauten-Cabaret Voltaire ; les lumières resteront sombres, découpant les silhouettes en ombres chinoises le plus souvent, décuplant le sentiment d’urgence. Entre chaque titre, les deux chanteurs gueuleront, répondront, tireront une latte sur un joint qui circule, feront de grands signes pour des réglages des retours sans qu’on sache si le résultat répondait ou non à leurs attentes. Pas de temps à perdre, ne jamais laisser retomber cette violence !

Le concert est méchant, tout en rage et en froideur. Le groupe joue soudé mais chacun dans son coin, avec son instrument : leur facilité à s’écouter leur permet une liberté d’interprétation. Leur musique roule sur les chapeaux de roue, le groupe maltraite ses morceaux, balance des pains dans la musique, ne s’embarrasse pas de fioritures. Si on y perd grandement en nuances, on y gagne en prestation avec la belle impression que tout peut déraper et que ce soir, c’est forcément unique. Le concert est une claque pour tous. L’usine à tubes un peu proprette devient une machine de guerre : difficile de croire que France Inter osera diffuser un live du groupe (c’est la rumeur du soir…).

« Je veux vous voir vous battre ! » lance un « The Distance » quasi méconnaissable. On n’entend pas non plus la guitare acoustique sur « Lakes ». Le synthé gémit ses notes, la basse détricote et explose tout, les guitares épileptiques et acides assurent les rythmiques et les coups de fouet, le pied de micro ne sait où se planquer pour permettre les échanges d’instruments, laisser la place aux déambulations sur la scène : ils ne tiennent pas en place. On pense aux dissonances de Crass (telles que revisitées par Les Modules Etranges sur « Misanthropy »). Les versions sont transformées par et pour la scène. Les samples se détachent (mention spéciale à « Superior State »). Lors des passages à voix chuchotée (par exemple sur « Exuviæ »), ça fait très mal : la folie gagne (ah ! Quel batteur ! et que Francis est beau !). Avec « Sentimental Animal », le groupe se concentre plus, assurant ainsi la promo du nouveau single déjà bien connu du public.

Le set est bien calibré avec un premier final qui intervient au bout d’une heure à peine et un rappel consistant. Les deux inédits montrent que le groupe est déjà en avance par rapport au public, insaisissable en quelque sorte. La dangerosité de la prestation donne au groupe un double visage, celui que je pressentais déjà lors de la chronique de ce qui n’est donc que leur premier long format…

Deux groupes qu’il faut avoir vus en cette année 2018 dans le registre rock : Pogo Car Crash Control et Rendez-Vous. Le rock français se porte très bien, dans la violence et le partage !

A la fin du concert, quelques-uns des Rendez-Vous assurent eux-mêmes le merchandising puis viennent cloper dehors, avec le public. C’est très bien.

https://rendezvousrendezvous.bandcamp.com/

Au passage, le facebook de Primary, co-organisateurs :

https://www.facebook.com/bonjourprimary/

Puis, détour au DAda Café, dans lequel joue ce soir Father Murphy (après une première partie de Fassbinder que nous n’aurons donc pas vue). Public serré, salle comble, le trip ritual-heavenly-folk apocalyptique et guitare-effet piano impose le recueillement. Le passage d’un concert à l’autre est très délicat, pas du tout la bonne ambiance et la bonne préparation pour goûter au mysticisme et à la délicatesse vénéneuse de la prestation de Freddie Murphy et Chiara Lee. Tous deux sont beaux, concentrés, s’échange des regards qui en disent long : l’esprit est là ce soir. Le show est intimiste, le public se presse, debout contre le duo, tête baissée, en hypnose. Les notes tenues résonnent dans la salle, les voix se superposent avec délice. Chacune des pièces donnant ainsi pleinement dans la religiosité païenne.

https://fathermurphy.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/fathermurphyband/

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