Rendez-Vous : interview Pour Superior State

04 Oct 18 Rendez-Vous : interview Pour Superior State

Premier album (chronique ici) et pression digne des forges de l’aciérie. Les quatre jeunes gens de Rendez-Vous sont prêts. Visuel qui pète, son abrasif, secret tenu sur les éventuels clips, tournée sur les starting-blocks, question qu’il faut placer au forceps mais après quelques échanges, la passion est là, le plaisir à se confier, les exigences intactes dans ce que le groupe ne veut pas. Frustration se place en équilibre, au faîte d’un style évolutif, rétro et moderne, sensible et dur au mal. C’est Maxime qui s’y colle pour Obsküre.

Sylvaïn Nicolino : Comment vous situez-vous par rapport à vos scènes de référence ? Qu’est-ce qui vous rapproche ou vous éloigne de Frustration, de Varsovie, de Joy Disaster ?

On n’a pas vraiment l’impression d’appartenir à une scène de référence, et on espère que ce sera encore moins le cas avec cet album. On aime bien passer d’un public à un autre quand on fait des concerts, on a joué par exemple au Motocultor récemment et c’est une date qu’on a adoré faire. Après, bien sûr, avec un groupe comme Frustration il y a des accointances et quand on joue ensemble, on se rend bien compte que c’est plus ou moins le même public. Mais pour nous il n’y aurait rien de pire que de nous cloisonner dans un style bien précis… et quelque part si l’étiquette qui nous correspond le mieux est celle du post punk, c’est bien parce que c’est un style qui à la base est un genre de cocktail hyper large.

Vous avez d’abord sorti deux Eps avant de vous lancer dans l’album : à quel point cette démarche était-elle réfléchie ? Les EP’s étaient-ils des amorces, une façon de créer une attente ? N’aviez-vous alors pas assez de morceaux ?

Maxime : c’était à la fois réfléchi et naturel dans le sens où chaque étape menait de manière logique à la suivante. Après le premier EP, on savait tout de suite qu’on ne voulait pas aller sur un album : on avait envie de ressortir quelque chose rapidement et de préciser un peu notre son (au final ça a quand même pris plus d’un an), on voulait encore profiter de ce format court. De la même manière après Distance on savait que le temps de passer au format album était venu, on avait poussé le côté “patate” de nos morceaux et là on voulait introduire plus de relief, qu’il y ait des respirations, des tempos différents… Bien sûr on a aussi senti une attente à ce niveau-là et c’est motivant.

 

Quelles différences faites-vous entre la finalisation d’un EP et celle d’un LP ? Je trouve Superior State très bien agencé et varié : pari réussi ? Peut-être ne sentiez-vous aucune pression ?

Maxime : On avait déjà fait un peu la transition avec Distance justement, en essayant de penser ce deuxième EP comme un ensemble cohérent avec une trame et pas juste comme quelques morceaux autour d’un single (il y avait six morceaux, donc c’était presque un mini album). Après, sur un LP il y a plus de morceaux et du coup c’est une course de fond, ça prend du temps et les possibilités sont démultipliées, mais au final je pense qu’on l’a abordé un peu de la même manière que le précédent en s’autorisant pas mal d’influences différentes d’un morceau à l’autre tout en gardant un son d’ensemble. Le pari est peut-être réussi dans le sens où on est arrivé à ce qu’on avait en tête, après on verra bien!

Votre son a évolué entre les titres plus électroniques, voire doucement teintés de vague-à-l’âme tels que « Donna », « Euroshima », « Wicked Game » (votre reprise de Chris Isaak) ou « Youth » et les morceaux bien plus rock que sont « Exuviæ », « Paralysed » ou encore « Lakes » et sa bonne guitare acoustique. Les concerts donnés vous ont-ils poussés vers l’expression de cette énergie ?

Maxime : Pas de manière consciente mais c’est sûrement une des raisons oui… Au début on n’était pas trop branchés concerts et c’est petit à petit qu’on y a pris goût. Du coup parfois en compo on se met à imaginer un peu comment ça pourrait rendre en live. Désormais en concert on joue avec un batteur (Guillaume Rottier) qui a remplacé les boîtes à rythmes donc tout ça va un peu dans le même sens.

Le disque semble plus violent, à premières écoutes, plus implacable, je trouve. Y a-t-il un plaisir à faire tourner une mélodie hargneuse ?

Maxime : Ça vient peut-être du fait que l’album soit moins typé boîte à rythme (même si ça reste très hybride), du coup ça donne quelque chose d’un peu plus brut dans l’énergie. On a toujours aimé produire une musique avec une dimension très physique, quelque chose qui appelle au mouvement. Et c’est ce qu’on aime essayer de reproduire en live aussi.

En parlant de scène, quel retour gardez-vous de votre prestation à Rock en Seine en 2017 ? Et de celle au Centre Pompidou ?

Maxime : C’est deux de nos concerts les plus importants pour des raisons différentes. Celui de Beaubourg était vraiment très spécial pour nous et on a senti que pour le public aussi donc on était très heureux, quelque part on avait bossé cette date comme on bosse un disque ! Il y avait plusieurs morceaux inédits ou spécialement ré-arrangés pour l’occasion, un invité au saxophone (Olivier Ikeda), les projections vidéos du collectif Adulte Adulte… et cette salle très institutionnelle dans sa conception était pour nous un plongeon dans l’inconnu.

(nb il y a une vidéo de « Foreseen Death » sur notre chaîne youtube).

Oui, cette vidéo est excellente ! Et la prestation semblait assez dingue. En revanche, j’avais été déçu par les quelques minutes glanées sur Rock en Seine : scène trop grande, lumière du jour, j’ai comme l’impression que cette scène, ce n’était pas le moment idéal dans l’évolution du groupe.

De notre point de vue, c’était quand même une bonne date car on a vraiment senti que le public répondait présent. On avait moins d’actu à ce moment là mais on n’avait aucune raison de refuser l’invitation : on avait déjà joué à Rock en Seine l’année précédente sur une plus petite scène et ça s’était super bien passé. C’était plutôt flatteur d’être à nouveau programmés et, on pourra dire ce qu’on veut, ce sont des dates qui marquent vachement les gens (la preuve : tu en parles dans cette interview, haha !).

Vous avez quelques titres plus dans l’intériorité, comme « Last Stop » ou « Middle Class », bien plus cold, voire death-rock sur son final : les voyez-vous comme des respirations ? Comment naissent-ils ? Êtes-vous immédiatement dans un riff plus posé et vous construisez ensuite ou bien, est-ce que ce sont des titres que vous avez ralentis ?

Maxime : Oui c’est le genre de morceaux qui mettent du relief car l’énergie n’est pas la même, les tempos sont plus lents… ce n’est pas du tout la même intensité et c’est ce qu’on cherchait dès le début oui. Pour « Middle Class », c’est un morceau qui n’était pas spécialement destiné à l’album et que j’avais fait de manière assez simple sans faire beaucoup de recherches, mais plus en enregistrant les premières idées qui venaient à la volée et finalement on a décidé de le garder car il amenait effectivement une respiration. « Last Stop » a été composé à ce tempo dès le début aussi.

« Order of Baël » est assez à part : quel est ce délire ? Rendez-Vous basculera-t-il dans l’invocation des démons en mode hippie-chic ? Est-ce une référence à Sa-Majesté-des-Mouches (Baal-Zebul) ?

Maxime : Pour nous c’est plus une ambiance un peu à la The The [NDLR : Oh, quelle belle référence trop tôt passé de mode, The The sont excellents du premier album très 4AD crépusculaire, aux dernières circonvolutions bluesy en passant par une sorte d’indie-pop électronique et grandiose], le genre de morceau qui te met bien, dans un bon mood… et ça fait aussi écho au dernier morceau de l’EP Distance qui était déjà une sorte de happy end. Ça tranche un peu avec le reste de nos morceaux mais c’est ce qui nous plaît aussi.

J’avais une première question sur Crisis à laquelle vous n’aviez pas répondu, et chez nos confrères de NewNoise, rien n’est dit non plus sur ce morceau : vous faites le choix de ne pas mettre en avant cette référence, cet hommage, pourquoi ?

C’est Elliot qui a eu l’idée de reprendre ce riff, je pense que la première raison est que cette mélodie a quelque chose d’assez particulier… et quitte à faire une citation sur l’album ça nous plaisait que ce soit à ce groupe car on est tous assez fans de Death in June. Il faut préciser que c’est vraiment plus une citation qu’une cover car le reste du morceau et des arrangement n’ont rien à voir avec l’original. La petite histoire c’est qu’on a eu le retour direct de Douglas Pierce sur ce morceau car il gère lui-même tout ce qui est publishing etc. Il a pris la peine de préciser qu’il trouvait que le morceau était bon donc ça nous a fait plaisir.

Quel est cet « état supérieur » qui donne son titre à l’album ?

Maxime : C’est fait pour évoquer pas mal de choses différentes mais l’ambiance visuelle de la pochette donne un sens un peu plus précis… On peut dire que ça évoque le totalitarisme, qu’il prenne une forme ou une autre.

Quel est le sample au début de « Sentimental Animal » ?

Maxime : Ce n’est pas un sample mais c’est cool si ça donne cette impression ! C’est la voix de Francis traitée un peu différemment, cette espèce de hook reviens un peu plus tard dans le morceau. C’est un sample issu du morceau lui-même en fait…

La classe moyenne, en France, est assez étendue en termes de revenus. Alors, à quoi faites-vous référence dans votre titre « Middle Class » ? La lutte des classes signifie-t-elle quelque chose pour vous ou bien avez-vous un regard plus contemporain liés à vos origines sociales ?

Maxime : Disons que dans le post-punk, l’indus, coldwave etc., il y a toute cette imagerie autour des “working class”, des usines façon ex-URSS… Du coup le nom du morceau est une sorte de clin d’œil à tout ça, après chacun pourra l’interpréter comme il le voudra… On a nos opinions politiques, mais on n’en fait pas quelque chose de central, on laisse juste quelques allusions par-ci par-là.

Le trio voix, basse, rythmique, bien uni, permet de mettre en orbite la guitare, plus libre et déliée qu’avant. Avez-vous senti aussi cet envol en termes de composition ?

Maxime : Ça vient surement du fait qu’on avait envie d’une énergie un peu plus brute, donc avec des synthés un peu moins mis en avant et plus de guitares. Ça va avec la volonté qu’on avait de sortir un peu du truc très boîte à rythme et synthés, comme je te le disais plus tôt, avec moins de grosses reverbs aussi… Effectivement les guitares sont plus déliées dans le sens où elles sont moins doublées avec des synthés ou moins noyées dans des effets, c’est autant un choix de compo que de production finalement. On avait envie d’un son moins eighties en fait.

Qu’est-ce que ça signifie dans vos têtes un son « moins eighties » ? Et pourquoi revenir sur ce son « eighties » ?

Se référencer à la musique de cette époque n’a jamais été une idée directrice pour le groupe, ça s’est fait presque inconsciemment car les influences qu’on a en commun viennent pour beaucoup de cette époque. Mais en tant que propos pour un groupe on ne trouve pas ça particulièrement intéressant et puis on avait envie d’évoluer tout simplement. Dès que tu utilises certains sons de synthés ou de boîte à rythme ça va immédiatement ramener les auditeurs à un truc un peu passéiste et avec les années on aime de moins en moins cette idée.

Merci !

Rendez-Vous, Superior State, chez Artefact / Crybaby : la chronique.

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Photographie du groupe par James Giles

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