Rapoon – Cultural Forgeries / Interview bonus

20 Déc 14 Rapoon – Cultural Forgeries / Interview bonus

Le disque de Rapoon en a intrigué plus d’un. Qu’est-ce que Robin Storey est allé faire à relever ce défi de l’acoustique ? En fait, sa démarche depuis Zoviet France et sa productive carrière solo nous préparait à un tel disque. Le souci de parler de musique en instrumental, de disserter sur les sons et leur façon de prendre leur place, le goût pour l’évolution et la recherche de formes premières, brutes : c’est ça qui l’a toujours animé. On le retrouve donc, avec des propos en bonus, revenant sur son rapport à la musique et aux objets. Un artisan, au sens profond du terme.

En ce qui concerne le blues et d’autres formes traditionnelles de musique, j’en joue parfois pour mon propre plaisir et pour voir aussi si j’arrive à sortir quelque chose. Mais je ne joue pas de mes instruments d’une façon traditionnelle, je n’ai aucune formation et je n’ai jamais essayé d’apprendre vraiment comment il fallait en jouer. Je saisis l’instrument et c’est en l’utilisant que je comprends comment jouer. J’ai une grande collection d’instrument acoustiques, accumulée sur plusieurs années. J’en ai remplacé quelques-uns récemment, des que j’avais dû vendre quand on a emménagé dans une maison plus petite où je n’ai plus une pièce pour conserver tout ça. Nous sommes de nouveau débordés par les instruments, mais cette fois, c’est sympa !

Tu me questionnais sur le banjo, celui que j’ai date des années 30 et c’est un ami qui me l’avait offert. Il le tenait de sa lignée paternelle et il avait joué avec dans un big band, pas un célèbre, non, un truc à la Glen Miller. Cet ami a pensé que je pourrais lui trouver des choses à faire, à ce banjo, et il a eu raison puisqu’au final on le retrouve sur plein de Cds de Rapoon. Donc, Nick Ketteringham, je te remercie vivement de m’avoir offert ce merveilleux instrument !

C’est vrai que je privilégie les instrumentaux, mais, comme tu le soulignes, j’ai quelques titres avec du chant. Je place des paroles sur quelques morceaux, mais celles-ci sont délibérément obscures et surréalistes. Par exemple, « I saw a Man », ça a été un hommage spontané à Ivor Cutler. L’accordéon me rappelle son harmonium et, on le sait, il était bien connu pour débiter des histoires surréalistes, parfois totalement idiote avec son formidable accent écossais. Les autres paroles de l’album sont elles aussi des créations spontanées dans une langue qui n’existe pas. J’étais juste à la recherche de sonorités. Du coup, les quelques traces de significations qu’on peut y trouver sont des hasards liés au traitement du son. Il y a longtemps, j’avais acheté un disque vinyle comportant des chants et des techniques vocales africaine : c’est dans cet esprit que j’ai travaillé.

En ce qui concerne les retours, c’est vrai que ça m’embêterait que ce disque soit rejeté par certains car je n’ai pas essayé de faire un album de chansons ou de ce qui pourrait y ressembler, en revanche j’ai tenté de sortir de mes habitudes. Ce défi m’a permis d’apprendre beaucoup et je me sens désormais plus à l’aise avec l’idée d’être moins dans la production et davantage dans l’utilisation de sources purement acoustiques.

Rapoon, Cultural Forgeries
Alrealon

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