Rajna – Interview bonus Obsküre Magazine #13

16 Jan 13 Rajna – Interview bonus Obsküre Magazine #13

Rajna est l’une de nos fiertés heavenly. Précieuse, leur musique a l’âme et le parfum des voyages dans l’espace et dans le temps. Babel, le nouveau recueil du duo français, est à nouveau né dans la réflexion et la passion. Histoire de prolonger le séjour dans ces contrées millénaires, nous avons le plaisir de vous proposer de denses compléments à l’interview parue dans Obsküre Magazine #13 (janvier / février 2013, en kiosques depuis le 9 janvier).

Obsküre Magazine : Babel est-il une sorte de cheminement d’un point à un autre, une histoire ?
Babel est né d’échanges et de questionnements sur le monde dans lequel nous vivons et évoluons, et la référence à Babylone nous est apparue évidente. La symbolique de la tour de Babel qu’a évoquée Hugo Gabriel Xerxès (voir notre livret dans l’album Babel) est bien le centre de cette réflexion : l’arrogance de l’homme et ses erreurs répétées, sa vanité… les vices qui constituent l’humain et en même temps toute cette splendeur et cette complexité qui en font un être si extraordinaire. Rajna aime à se nourrir de toutes les expériences : musicales, humaines et culturelles ; tout est prétexte à s’enrichir, à mieux se connaître et s’appréhender.

« Cathar’s song », impressionnant titre qui n’aurait pas dépareillé sur le Aion de Dead Can Dance, a-t-il été écrit selon un modèle de composition traditionnel ? Pourquoi et comment avez-vous abordé le thème du catharisme ?
Pour ce titre, c’est avant tout la spontanéité qui a guidé la création, nous n’avons suivi aucun modèle de musique traditionnelle, aucune école de style. Nous avons enregistré « Cathar’s Song » dans une église de Haute-Savoie à Chens-sur-Léman, et la version a été conservée intégralement. Mon chant est le miroir de ce que j’ai ressenti à ce moment précis, dans l’église. La prise de son a reçu bien sûr quelques petits arrangements en studio mais la voix n’a pas été retravaillée car nous voulions la garder intacte et profiter ainsi de la réverbération naturelle du lieu. C’est au retour de notre résidence estivale au pays cathare, à l’été 2011, que ce magnifique morceau a finalement vu le jour. Nous avons été envoûtés par la force qui se dégageait des ruines des châteaux cathares – Quéribus, Peypertus… -, par la charge historique de cette région magnifique… Et c’est cette force-même qui a engendré la version finale de « Cathar’s Song », ainsi que du titre « Ziggourat », lui aussi enregistré à la base dans l’église de Chens-sur-Léman.

Dans l’ensemble, les percussions rituelles dominent Babel… mais il y a un titre (si j’excepte « Cathar’s song »), sublime d’ailleurs, qui en est dénué… avez-vous quelque chose de spécial à dire sur ce « Wedding », d’une grâce et d’une mélancolie extraordinaires ?
« The Wedding » a été composé par notre ami Olaf Parusel de  sToa. Ce morceau, initialement composé pour la bande-son du documentaire Barbarossa, nous a vraiment touchés et nous a donné l’envie d’en faire un titre à part entière pour notre album. Au départ, Olaf nous a proposé une version instrumentale sur laquelle j’ai posé ma voix.  Puis, Fabrice l’a ensuite retravaillée pour Babel car à la base, il ne durait pas plus d’une minute. Fabrice a donc réécrit entièrement la fin du morceau et cela a donné ce titre si sublime et mélancolique. Quant à moi, j’ai puisé au plus profond de moi, guidée par des émotions profondément ancrées qui ont ainsi jailli à la surface. « The Wedding » est né d’un partage entre trois artistes ayant engendré un joyau mélancolique.

Votre premier album est sorti il y a quatorze ans. Quel regard portez-vous sur l’ensemble de votre œuvre ? Où estimez-vous en être aujourd’hui ?
Notre évolution musicale s’est construite au cours de nos rencontres, de nos voyages, de nos aspirations … Notre aventure avait commencé à trois et depuis notre album The Door of Serenity, elle se poursuit en duo. Mais je pense que la « patte » Rajna a toujours été présente dès les premiers albums Ishati et Yahili. Depuis, nous avons évolué dans les techniques d’enregistrement, nous avons appris petit à petit, collaboré et échangé avec d’autres musiciens. Nous maîtrisons mieux certains instruments car il faut rappeler que Rajna n’utilise essentiellement que des instruments acoustiques – bouzouki, saz, yang t’chin, santoor, wistle, doudouk… – et peu de logiciels ou de samples. Aujourd’hui, nous pensons être arrivés à une certaine maturité tout en ayant retrouvé la flamme et la fraîcheur de ce qui nous animait à nos débuts.

Avez-vous toujours d’autres projets en parallèle à Rajna ? Que préparez-vous d’autre pour la suite, ensemble ou séparément ?
Nous avons un projet de collaboration avec Daemonia Nymphe et Olaf Parusel de sToa ainsi qu’avec le chanteur et musicien Brice Amo : nous pensons nous réunir l’été prochain quelque part dans le sud de la France pour une résidence musicale. Nous aimons l’idée d’un travail commun, un partage. Nous avons discuté longuement avec Aret Madilian, de Deleyaman, d’un concept de concerts-expo ou de jam-sessions où le thème serait fondé sur l’improvisation. Nous y réfléchissons. Ce sont des choses assez longues à mettre en place. Il faudra donc attendre encore un peu pour nous voir réunis sur scène. Fabrice mène aussi en parallèle un projet expérimental noise-ambient avec notre fils Théotime : le projet se nomme Thermafrost (http://thermafrost.bandcamp.com). Nous participons ponctuellement à la réalisation d’émissions sur une radio locale, Radio Scarpe Sensée, pour l’émission Electro-Choc animée par Théotime. C’est toujours et encore une histoire de passions et de partages : faire découvrir aux auditeurs nos coups de cœur, nos passions… dans un univers drone, ambient, expérimental, underground…

Duquel de vos albums précédents rapprocheriez-vous le plus Babel ? Ce dernier est dénué d’électronique, n’a pas le côté pop qu’ont pu avoir certains de vos titres, et semble mélanger les influences occidentales et orientales… Est-il conçu comme une Bible Rajna, un syncrétisme de vos obsessions ?
Nous voulions peu d’électronique dans Babel, nous ne recherchions pas non plus ce côté pop qu’avait eu à l’époque l’album Otherwise. Nous aspirions à un album beaucoup plus introspectif et beaucoup plus intimiste. Nous voulions aussi mettre en avant ma voix, la rendre encore plus présente. Hormis ces prérequis, Babel est un cheminement naturel et sincère que nous ne voulons pas forcément comparer à tel ou tel album de notre discographie. Babel est un voyage aux portes de la cité babylonienne, où le sacré côtoie le vrai et le pur. En ce sens, je ne qualifierais pas Babel de « bible » car je ne pense pas qu’il puisse représenter un condensé de notre travail passé, même s’il y a des liens avec ce passé ; Babel est une histoire, un nouveau voyage… laissez-vous juste transporter.

L’album sort-il chez Equilibrium Records ?
Ce nouvel album ne sortira pas ni chez Equilibrium, ni sur un autre label d’ailleurs. Nous n’avons plus eu de contact avec notre précédent label EQM chez qui nous avions sorti Offering en 2010. Ce n’est pas faute de leur avoir proposé l’album ! Il en a été de même pour de nombreux groupes qui ont signé avec eux et qui n’ont plus eu de nouvelles du jour au lendemain ! Nous avons donc décidé de nous auto-produire et de nous entourer de personnes sincères et passionnées de musique comme notre ami infographiste Thierry Moreau qui a travaillé tous les visuels, comme notre ami Amaury Pillot qui a fait le mastering de Babel, comme notre ami François Ducarn qui nous a aidé à la traduction des kits-presse… ce travail que nous avons mené tous ensemble pour produire Babel a été très enrichissant ! J’en profite d’ailleurs pour remercier tous ces passionnés.
Babel est exclusivement en vente sur notre Bandcamp et l’on propose deux versions à notre public : une version digitale téléchargeable et une version boîtier CD, jewel case mais, attention : limitée ! Vous pouvez la commander en un clic sur rajna.bandcamp.com/album/babel.

Comment expliqueriez-vous la noirceur qui continue de caractériser votre musique ? Est-elle une part indissociable de toute entreprise spirituelle et d’exploration de l’histoire ?
À notre sens, il n’y a pas de noirceur en Rajna mais parfois une certaine forme de mélancolie perceptible… mais celle-ci n’est pas constante. Tout dépend du moment où le titre a été composé, de l’état d’esprit dans lequel nous étions au moment de sa création, car les éléments extérieurs, heureux ou malheureux, influent énormément sur Fabrice et moi-même, dans le processus de composition. Ce sont ces émotions si présentes dans Rajna et dans ma façon de chanter et de me livrer, qui font la richesse et l’intensité de notre groupe. Rajna, c’est l’émotion à fleur de peau.

> SORTIE
– RAJNA – Babel (2012)
> WEB OFFICIEL
www.myspace.fr/rajnamusic

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