Punish Yourself / Sonic Area – Toulouse 08 juin 2011

05 Juil 11 Punish Yourself / Sonic Area – Toulouse 08 juin 2011

La sortie de l’album Phenomedia de Punish Yourself vs Sonic Area n’a pas eu l’audience voulue. La faute à un calendrier chargé et à une difficulté à communiquer sur cette rencontre hors normes.

Du coup, refusant de rester dans cette confidentialité, Vx, Sandrine et les autres ont décidé de construire une soirée autour du disque.

Rendez-vous est pris à Toulouse, ville où se réfugie le groupe entre deux tournées.

 

La salle de la Dynamo est réservée en plein centre-ville. Les lieux sont redécorés : des affiches PHNMD (pour Phenomedia) sont accrochées un peu partout. Il s’agit de détournements de publicités dans un style années 50, moment de la première victoire de la société de consommation, l’appel au bonheur des classes moyennes. On reconnaît ici et là des visages plus ou moins malicieux, William Burroughs côtoyant Silvio Berlusconi ou une femme en burka. Les slogans annoncent un monde contrôlé par une sorte de multinationale politisée. Quelque part entre 1984 et Le Meilleur des Mondes, on nous promet un « slim fast, die young » et la domination du monde en dix leçons.

Cet aspect rétro colle pourtant à notre époque puisque plus tard, au cours du concert, l’utilisation d’un écran sur scène accentuera le parallèle par l’analyse du contrôle de l’information.

 

La présence d’une cage à bonbons et d’une femme aux seins nus interrogent le public qui se presse lentement dans la salle.

Caché par les strobos et les fumées, Vx ouvre la soirée avec un set de Cheerleader 69. Les larsens se multiplient, se recouvrent, créent un long titre hypnotique et ravageur. Refus de la mélodie, de la bienpensance, c’est aussi dérangeant que les premières écoutes de Sunn O))) ou Synapscape. Au mellotron (un clavier-sampleur des années 70), Vx laisse sa hargne s’échapper. Il avouera ensuite avoir laissé de côté les aspects les plus tranquilles de son set, emporté par le plaisir du bruitisme et la poussée incessante du son. Quelques-uns dans les premiers rangs sont happés par les volutes progressives et dodelinent tandis que les autres échangent les infos concernant l’album et la soirée.

 

La première partie achevée, l’attente est longue avant le concert proprement dit. L’échange des peintures fluo s’est transformé en rituel ces dernières années. Dans les groupes de copain et copines, l’un va remplir sa main des couleurs proposées (du vert, du rose, un peu de jaune) avant d’en couvrir en motifs pas toujours très inspirés les parties découvertes des amis. Les visages et les bras se transforment en supports variés. On pense fatalement à des éjaculations lorsqu’une coquine se dessine une bite sur le bras, à des indiens métropolitains, à des clowns ou à des figures du train fantôme… Ah, le rock’n’roll ! Cependant, lorsque le maquillage devient la norme, il est peut-être de bon ton de ne plus se maquiller. L’éternel débat agite le groupe, tout comme il a dû gêner les membres de Kiss. Les projets parallèles de Punish Yourself (dont le très bon 1969 Was Fine) permettent heureusement au groupe de respirer autre chose que ces peintures corporelles.

 

Les éclairages se tamisent, laissant place aux lumières noires qui font si bien ressortir cette autre réalité fluo cachée dans l’obscurité. Le démarrage se fait industriel : bruits, samples, saxophone fou. Un écran sépare le public de la scène et reçoit les vidéos préparées par le groupe. C’est un amoncellement de séquences de films, d’extraits de JT et de documentaires, de séries et de jeux télévisés, de publicités et de dessins animés. Un demi-siècle de télé dans la gueule, jusqu’à la nausée (qui vient rapidement). Tout se mêle, une culture du spectacle zappé que le héros d’« Orange mécanique » regarderait volontairement. Régulièrement une spirale vient officialiser l’aspect hypnotique. Vx s’en explique après le concert : « Il n’était pas question de donner dans le spectacle manichéen. Il n’y a pas d’un côté les entreprises qui veulent du mal et de l’autre des pauvres citoyens manipulés. Ce n’est pas si simple : qui réclame des publicités, qui veut de l »info sensationnelle, qui achète des produits tout prêts ? Notre spectacle joue sur les deux tableaux, la fascination et la répulsion. »

 

Sur scène, les musiciens prennent cette fois des poses de zombis, regards vides tournés vers la foule. Là où Vx et les membres du groupe aimaient à prendre partie leur public, l’invectivant du geste et de la voix, nous avons maintenant un spectacle étrangement mort. Des mannequins de cire s’agitent, reproduisant mécaniquement le spectacle attendu (un rappel du Château des Carpathes de Jules Verne ?).

Le groupe joue avec les codes, maniant musique emphatique, presque ampoulée, et les singeries du rock progressif à grandes ambiances, divaguant sur des guitares slide ou vitupérant tribal post-apocalyptique façon La Nuit du dessinateur Druillet. Pourtant, il ne s’agit pas du The Wall ou du Tommy de Punish Yourself. Tout est fait pour déstabiliser le public. Si des standards du groupe surgissent (le bien aimé « Suck my TV »), ils cèdent la place à des interludes mélancoliques. La vie n’est que feinte, qu’un sursaut désespéré, semble dire Phenomedia.

Les montées en puissance à la façon d’un Atari Teenage Riot dégringolent sitôt parvenues au sommet, le sax prend le relais, en costume de fin de soirée. C’est une sorte d’orchestre du Titanic en coït avec Urban Sax, qui continue à jouer, parce qu’il est payé pour le faire et qu’on ne peut quitter le navire.

Soudain, le drap écran se décroche. On espère que le public va complètement l’arracher : fin du spectacle, place à la hargne ! Mais non, il est délicatement redonné au groupe : il ne faut pas louper des images. Étrangement, ce réflexe me chagrine. Je me souviens des grilles brutalement retirées par un public déchaîné pour mieux profiter du groupe, je me souviens d’une scène envahie par un trop plein de fans comblés. C’est un public bien trop poli qui a rempli La Dynamo.

Les performances se succèdent, créant des tableaux successifs, des ambiances figées. Le groupe refuse d’être narratif, son spectacle passe par les impressions et joue sur la frustration (les exercices de jonglage avec des flammes suggèrent les cracheurs de feu vus sur des concerts précédents). Le drap se cabre sur scène tandis qu’un couple de magasin abandonné s’avance vers le public. Les mariés sont morts, figés dans un temps impossible à retrouver.

La musique se fait toujours plus forte, mais pas forcément plus violente. L’environnement est total, la cage à chamallows reçoit ses offrandes de bonbons, sous les yeux d’un public une fois encore trop attentiste à mon goût.

On se quitte soudain sur l’évocateur « Ici-bas », renforcé de percussions martiales.

Pas de rappel, malgré les cris classiques des premiers rangs. Les gens sortent leur portable et envoient des textos avant de rejoindre le coin fumeurs ou le bar. Il n’y a pas d’émeute. On est venu au spectacle et on a bien applaudi. Le monde que Punish Yourself et Sonic Area dénonçaient semble avoir gagné la partie.

Visuel par Arco de Sonic Area

 

 

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