Philippe Lageat – à propos du livre AC/DC Tours de France 1976-2014

03 Avr 14 Philippe Lageat – à propos du livre AC/DC Tours de France 1976-2014

Philippe Lageat, ex-Hard Rock Magazine et cofondateur et activiste du magazine Rock Hard, est une mémoire vivante du groupe australien de hard rock le plus populaire du monde. Avec Baptiste Brelet, il publiera en octobre 2014 un ouvrage imposant de sept cents pages (couverture en dur, hard as a rock) consacré à Young, Young & co. (première édition collector épuisée – renseignements sur l’ouvrage sur www.acdclelivre.fr). Préface : Francis Zégut himself.

Tout au long de ce pavé anthologique, le binôme dissèque, témoignages à l’appui (ceux du groupe lui-même, mais aussi ceux de leur entourage), les moments de vie d’AC/DC en Hexagone, étapes de studio comme de tournée. Un témoignage détaillé et « dans la vie » que le binôme promet riche en surprises, documents et informations surprenantes même pour les fans les plus die-hard du combo.
Mise en bouche.

b-brelet+ph-lageat

Obsküre Magazine : Qu’est-ce qui, un jour, te fait enclencher la manœuvre avec Baptiste Brelet ? Te souviens-tu d’un événement en particulier ?
Philippe Lageat :
Je suis fan d’AC/DC depuis 1978, j’avais alors dix ans. En 1991, disposant de nombreux documents sur le groupe pour l’avoir suivi en tournée, j’ai décidé, avec un autre fan nommé André Cadiou, de me lancer dans la confection d’un fanzine entièrement consacré à Angus & Co. Ce dernier, qui s’intitulait Let There Be Light, est sorti de 1991 à 1996. Il a remporté un franc succès auprès d’AC/DC et de son management anglais, mais aussi auprès des fans. C’est notamment cette expérience qui m’a permis d’intégrer, en 1995, les rangs du mensuel Hard Rock Magazine dont je suis rapidement devenu co-rédacteur en chef. De 1995 à avril 2001, j’ai souvent parlé du groupe dans les colonnes de HRM, en tentant de proposer un maximum d’inédit aux fans/lecteurs (reportages aux USA, en Nouvelle Zélande et aux quatre coins d’Europe, nombreuses interviews, tournage de clip, reportage en studio, etc.). Tous ces papiers ont petit à petit contribué à asseoir ma réputation de « spécialiste » du groupe. Un groupe dont, par ailleurs, je me suis beaucoup rapproché. Lorsque j’ai monté le mensuel Rock Hard avec Marc Villalonga en mai 2001, j’ai poursuivi dans cette voie en publiant une fois de plus de très nombreuses choses inédites (hors-série, reportage au Japon, interviews exclusives, etc.). Et un jour de novembre 2007, j’ai reçu un coup de fil d’un certain Baptiste Brelet, que je ne connaissais pas par ailleurs. Ce dernier, bien plus jeune que moi puisqu’il n’était alors âgé que de vingt-deux ans alors que j’en avais trente-neuf, écrivait dans Can’t Stop AC/DC, un webzine centré sur AC/DC, et voulait que je lui donne quelques tuyaux au regard de mon expérience. Très vite, il m’a parlé d’un article qu’il souhait consacrer aux concerts que le groupe avait donnés en France. Étonnamment, il se trouve que c’était là une idée que je ressassais moi aussi depuis quelque temps. Comme nous nous entendions bien et qu’il avait l’air surmotivé et sérieux, j’ai proposé que nous nous lancions ensemble dans l’aventure et écrivions un livre sur ce sujet « AC/DC et la France ». Le parcours hexagonal du groupe n’ayant pas toujours été un long fleuve tranquille, il me semblait y avoir là matière à creuser. Ceci était d’autant plus vrai qu’AC/DC avait, avec notre pays, une histoire amour/haine et y avait réalisé pas mal de choses sortant de l’ordinaire : tournages d’un film et d’un clip, enregistrements de deux albums, émission télé, etc. En novembre 2007, nous nous sommes donc lancés corps et âmes dans cette quête, passionnante ô combien.

Aperçu livre (1)

Comment Baptiste et toi vous êtes-vous répartis la tâche ? Peut-on parler de co-écriture au sens où vous auriez tout fait à quatre mains ou le travail s’est-il plus « scindé » que cela ? Y a-t-il eu débat entre vous sur certains passages ?
Les tâches se sont réparties d’elles-mêmes. Étant journaliste de métier, il a très vite été entendu que je me chargerais seul de l’écriture et des interviews en anglais. Mais aussi que je mettrais à disposition mes archives et mon carnet d’adresses. Baptiste, quant à lui, s’est davantage chargé de mener les recherches dans les bibliothèques, auprès des particuliers, de la Presse Quotidienne Régionale, des tourneurs français, etc. L’un dans l’autre, nous avons donc tout fait à quatre mains, même si l’on ne peut pas parler de co-écriture au sens propre du terme. Je parlerais davantage d’un travail d’équipe. Une équipe au sein de laquelle l’ambiance fut toujours au beau fixe et où chacun savait précisément quel était son rôle et s’y tenait. Je n’aurais pu trouver meilleur complice, ce qui est d’autant plus génial que le projet était déjà lancé lorsque nous nous sommes rencontrés de visu pour la première fois ! En fait, ce livre a été conçu par un trio, et donc six mains, puisque Vanessa Girth, la maquettiste attitrée de Rock Hard, s’est chargée seule de la maquette et de la direction artistique. Un travail colossal lorsque l’ouvrage en question fait sept cents pages et qu’on veut y inclure plus de mille deux cents photos, environ six cent documents et un texte fouillé, réalisé à partir de deux cents interviews. Quant à la notion de « débat », nous nous sommes si bien entendus et avons été si complémentaires qu’il n’y a jamais eu la moindre engueulade entre nous, à peine quelques discussions animées relatives au choix de tel ou tel visuel.

Aperçu livre (2)

Aperçu livre (2)

Avez-vous eu, dès l’origine du projet, pour ambition de faire de ce livre une œuvre de témoignage direct ou un autre motif est-il à l’origine de votre préférence pour une biographie centrée sur l’expérience de vie d’AC/DC en France, par rapport à une écriture se consacrant au groupe dans sa dimension internationale ?
Nous nous sommes focalisés sur la France car l’histoire du groupe au niveau international a déjà été racontée de nombreuses fois. Souvent de façon incomplète mais aussi, plus rarement, avec précision et une certaine exhaustivité. Et puis, l’Histoire de France d’AC/DC est telle qu’elle est : à la fois passionnante et riche en rebondissements. Il y a là une vraie matière à roman, ancrée dans la réalité. Un scénario de film, avec sa « happy end ». C’est pourquoi nous avons tenu à laisser les différents protagonistes du récit s’exprimer à la première personne du singulier et au présent, ceci permettant d’immerger au mieux le lecteur dans chaque chapitre, comme s’il était au cœur de l’événement, en temps réel.

En tant que fan et pour les avoir suivis de très près, as-tu constaté un changement radical dans les rapports en interne à AC/DC avec l’arrivée de Brian Johnson ou finalement, le groupe t’a-t-il semblé retrouver progressivement un bonhomme de chemin sur le plan humain, après le trauma de la disparition de Bon ?
Difficile à dire car je n’avais que douze ans en 1980, au moment où Bon Scott est mort. Disons que le groupe a changé, que ses musiciens sont devenus plus « sérieux », que les « gosses » se sont, quasiment du jour au lendemain, changés en adultes. Pour autant, j’ai rarement rencontré de musiciens aussi disponibles pour leurs fans et aussi abordables.

Aperçu livre (3) - plan de scène (document)

Aperçu livre (3) – plan de scène (document)

Te rappelles-tu du jour où tu apprends que Bon n’est plus ? Qu’est-ce que cela te laisse sur le plan personnel, émotionnel ?
Oui. J’ai appris la triste nouvelle deux ou trois jours après sa disparition à Londres, le 19 février 1980. Sur l’antenne de RTL. Ça m’a vraiment fait un choc car, un mois plus tôt, presque jour pour jour, le 22 janvier 1980, AC/DC s’était produit dans ma ville, Brest. Je m’étais acheté un billet, mais vu mon jeune âge, mes parents m’avaient interdit d’y assister. J’ai donc compris, en écoutant la radio, que j’avais raté Bon de très peu. J’ai également pensé sur le coup que c’en était fini d’AC/DC. Et je me suis mis à pleurer dans ma chambre.

Que comprends-tu de ces hommes qui « font » AC/DC, Brian, Angus & co. ? Comment les perçois-tu, qui sont-ils ?
La réponse peut sembler évidente, mais elle ne l’est pas tant que ça : ce sont avant tout des musiciens. Ils ne vivent que « pour » et « par » la musique. Le reste – les mondanités, les discours philosophiques – ne les intéresse pas. C’est ça, je crois, qu’on aime en eux : une simplicité et une modestie mises au service d’une terrifiante et universelle efficacité.

Mise en page 1

De quelle manière avez-vous procédé avec Vanessa Girth pour « typer » visuellement chaque chapitre ? Etait-elle à l’initiative pour tout ou vous, les auteurs, aviez-vous une orientation graphique à l’idée pour chaque partie ?
Baptiste et moi sommes de tels perfectionnistes que nous avons supervisé toute la conception graphique du livre afin que chaque chapitre développe un univers particulier qui lui corresponde – ceci afin, une fois encore, d’immerger pleinement le lecteur dans le récit. De lui faire vivre ou revivre ces moments. De lui faire prendre la machine à remonter le temps pour le replonger au cœur de l’action. Ceci étant, Vanessa a eu beaucoup de mérite car, non seulement, elle est parvenue à imposer certaines idées, mais a surtout réussi à nous supporter, ce qui n’était pas une mince affaire car nous avions un grand souci du détail. Son travail n’en est que plus remarquable.

AC/DC est une énorme machinerie de la musique populaire dans le hard rock. Le management d’AC/DC t’a-t-il facilité ou compliqué la vie pour la fabrication de ce livre ? Ces gens-là ont-ils été ou non dans une logique de « suivi » de votre travail ? Les contenus définitifs ont-ils dû être visés par des gens de l’entourage du groupe ?
AC/DC, en 2014, n’est plus une « machinerie hard rock ». C’est, bien plus, une « machine rock », au même titre que les Stones, par exemple. Désireux de raconter l’histoire sans fard, nous n’avons donc pas approché le manager du groupe qui, aujourd’hui, est un… avocat. Par contre, plusieurs membres et ex-membres du groupe étaient au courant du projet et nous ont ouvert les portes, à commencer par le chanteur Brian Johnson qui, de passage sur Paris, nous a proposé, de son propre chef, de répondre à nos questions en toute simplicité et décontraction. Rien n’a donc été « visé » par quiconque, sinon Baptiste et moi. Sinon, quel intérêt ? C’est aussi pour cela que nous avons créé notre maison d’édition, les Editions Point Barre, et refusé les sollicitations de plusieurs éditeurs. Le but était de faire ce livre comme nous l’entendions, comme les fans que nous sommes, pour les fans. Nous sommes d’ailleurs nos premiers lecteurs (rires) ! A vrai dire, nous n’imprimerions que deux exemplaires du bouquin que nous serions tout aussi contents !

Aperçu livre (5)

Aperçu livre (5)

Gardez-vous en réserve quelques documents inédits pour une édition augmentée pouvant surgir plus tard, ou carrément un autre volume ? Est-ce un projet imaginable aujourd’hui ?
À moins que des fans trouvent des mines d’or dans leur grenier, je ne nous vois pas proposer une édition augmentée de ce livre. Par contre, j’espère que le groupe sera suffisamment en forme pour réaliser une nouvelle tournée. Auquel cas, ce premier tome devrait avoir une suite. Croisons les doigts !

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> SORTIE : PHILIPPE LAGEAT & BAPTISTE BRELET
AC/DC Tours de France 1976-2014 (Editions Point Barre) (octobre 2014)
– Direction artistique : VANESSA GIRTH
> WEB OFFICIEL / RENSEIGNEMENTS
www.acdclelivre.fr

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