Patrick Bénard : Dans la Tête de Robert Smith

27 Jan 11 Patrick Bénard : Dans la Tête de Robert Smith

En complément de l’entrevue avec Patrick Bénard parue dans Obsküre Magazine #2, www.obskuremag.net publie ces extraits inédits de l’entretien donné par l’auteur, à l’occasion de la sortie de son ouvrage Dans la Tête de Robert Smith (Edilivres). Le livre part d’une biographie fantasmée du leader de The Cure et amène Bénard sur le terrain, difficile, d’une auto-analyse « imaginée », doublée d’un volet biographique. Une fiction, ou pas tant que ça ?

Le travail de documentation a-t-il été lourd sur le plan biographique ou avez-vous fait appel à votre connaissance personnelle de l’histoire du groupe ?
Patrick Bénard : J’ai forcément fait appel à un travail de documentation – histoire, surtout, de ne pas trop me planter dans les dates, dans les nombreux changements de formation. Et puis on ne connaît jamais par cœur l’histoire d’un groupe. Je ne les ai jamais rencontrés, hélas. Après j’ai beaucoup joué sur mes connaissances personnelles à travers des souvenirs, des lectures de vieux Rock’n’Folk, Best, Libé et les premiers Inrocks. J’ai écouté, réécouté tous leurs disques, notamment la fabuleuse idée de Robert de ressortir la discographie du groupe avec des inédits, des titres qui ont évolué. C’est une superbe façon de comprendre comment un album s’invente, se crée, prend vie.

De quelle manière avez-vous construit l’écriture par rapport, notamment, au choix des titres retenus pour servir de titres de chapitres ?

Je suis le groupe depuis « Killing an Arab », c’est dire. Mais je n’ai pu les voir en concert pour la première fois qu’à l’Olympia pendant la tournée Pornography en 1982. Soit quatre jours avant leur première « séparation » à Bruxelles. Tout comme l’album, c’est un concert dont je ne me suis jamais remis. Il y avait une telle tension, une telle beauté, un tel désespoir dans tous leurs titres que même les punks les plus durs pleuraient dans les premiers rangs à la fin. Je ne savais pas ce qui se tramait derrière à cette époque. Donc au début j’avais concentré le livre sur cette période car j’avais conclu un deal avec une autre maison d’édition qui le souhaitait. Mais cette version était très différente dans sa conception. L’éditeur a rayé la moitié du manuscrit, mais il m’a incité à rester « dans la tête de Robert Smith » car, me disait-il, « vous êtes vraiment dedans, c’est hallucinant ! ». Il m’a conseillé de suivre cette formule au moins jusqu’en 1990 puis j’ai décidé d’aller jusqu’au bout. Entre temps l’éditeur avait revu sa politique éditoriale et ne désirait plus sortir de romans. « Jusqu’au bout », c’est-à-dire la sortie du dernier album du groupe. J’ai donc continué à titrer les chapitres avec les deux albums charnières Pornography et Disintegration puis en piochant parmi mes titres préférés des albums suivants. Cela me permettait aussi de reconstruire la vie du groupe à travers ce vrai/faux journal intime de Robert Smith.

Croyez-vous que le groupe ait perdu de son aura ces dernières années ou sa présence scénique suffit-elle à compenser ce que certains jugent comme la relative médiocrité de ses dernières productions discographiques ?

Je ne crois pas que The Cure ait perdu quoi que ce soit de son aura. Ils resteront dans l’histoire du rock et c’est déjà énorme !… Ceci dit, personnellement, ils doivent partir en beauté, je les apprécie trop pour ça. Bloodflowers était une première occasion en 2000. The Cure en 2004 en était une belle autre – je maintiens que c’est un excellent album au point que de très bons titres n’ont pu être intégrés. 2008 est ratée. La faute à Geffen, trop money, money dans l’âme ? J’espère en voir une exceptionnelle en 2012 avec la tournée adéquate. C’est vrai que faire une performance de près de quatre heures sur scène est excitante et celle de Bercy en 2008 reste mémorable – une des plus prenantes depuis 1982, sincèrement, mais pour diverses raisons. Mais quand on peut associer un superbe album et un concert magique, après, on peut se retirer serein. J’attends ça d’eux, parce que, à leur place, je ferais pareil.

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