Paradise Lost – interview (bonus Obsküre Magazine #9)

22 Mai 12 Paradise Lost – interview (bonus Obsküre Magazine #9)

En complément de l’entrevue de Paradise Lost publiée dans Obsküre Magazine #9, www.obskuremag.net publie ici les extraits restés dans le tiroir de cet entretien avec Nick Holmes (chant) et Gregor Mackintosch (guitare, composition). Un autre angle sur le dernier et très organique album, Tragic Idol.

Obsküre Magazine : L’approche vocale pour Tragic Idol reste dans une optique à la fois claire et déclamée, assez proche de celle de Faith divides us – Death unites us. A-t-elle présenté des difficultés particulières ?
Nick Holmes :
Pas nécessairement. À partir du moment où chaque disque t’engage pour plusieurs années, tu fais de ton mieux à tout niveau. Ça a été le cas au chant pour ce disque comme sur celui d’avant.

L’enregistrement de Tragic Idol cs’est fait en grande partie aux Chapel Studios, semble-t-il… Qu’est-ce qui vous a amenés aux studios Fascinaton Street de Jens Bogren, par la suite ?
Les autres gars ne voulaient pas se retrouver au milieu de nulle part pendant six semaines en Suède (N.D.L.R. : le studio de Jens se trouve dans un lieu isolé)… Je n’étais pas tout à fait dans la même psychologie que les autres, à ce sujet : le lieu d’enregistrement me laisse assez indifférent et je n’ai pas d’exigence particulière par rapport à ça. Ça ne m’a donc pas posé de problème de passer deux semaines en Suède pour enregistrer les voix, et ce dédoublement des séances a offert un bon compromis pour notre organisation et celle de Jens.

Jens est devenu un familier du groupe. Une certaine résonance mutuelle a dû s’installer entre le groupe et lui, au fur et à mesure des expériences studio et live…
L’expérience n’a pas été fondamentalement différente avec Jens, entre Faith divides us – Death unites us et le nouvel album. Jens reste quelqu’un de très méthodique dans sa manière de travailler. Dans cet état d’esprit, il s’impose par exemple des horaires stricts : il aime finir à heure fixe, chaque jour. Il commence ses journées tôt, vers huit ou neuf heures, il finit tôt aussi, vers dix-huit heures. C’est assez atypique car en souvent, en studio, on finit plus tard et on commence le matin plus tard, donc j’imagine que certains peuvent se plaindre de cette manière d’organiser les journées. Pour moi, en tout cas, ça fonctionne bien comme ça.

En même temps, ça te laisse du temps le soir pour prendre du recul, réfléchir, sortir…
Sortir ? (rire) Non, il n’y a rien autour du studio de Jens, aucune vie alentour. Il ne te reste plus qu’à te mettre devant la télévision ! Si tu veux aller boire un coup, il faut prendre ta voiture ! En même temps, tu es un peu condamné à te concentrer sur ton but et c’est aussi une très bonne raison d’aller là-bas.

« For eternity you’re my sentence » : à quoi se réfère cette phrase de « Crucify » ?
Je pense à une situation dans laquelle tu te trouves avec une personne que tu peux aimer, tu ne peux t’empêcher de te retrouver avec elle, mais cette possibilité ne t’est pas ouverte. Il y a un potentiel destructeur dans cette situation-là.

Que dit la chanson « Stories from another World » ? Son titre fait-il référence à une projection ou à un souvenir ?
Le titre est métaphorique. Il m’est venu car j’ai repensé il y a quelque temps à cette période de nos vies où, plus jeunes, nous avions l’habitude de nous retrouver et d’échanger avec les autres sur les groupes que nous découvrions, sur ceux pour lesquels nous éprouvions quelque chose, quels étaient les meilleurs ou pas… Aujourd’hui, lorsque nous nous asseyons autour d’une table, c’est pour se positionner sur le débat Mac ou PC. C’est curieux comme les conversations peuvent changer avec le temps… Et cette chanson dit cela : à quel point la technologie a bouleversé nos existences, et tout spécialement dans ma vie et celle de mes proches. C’est une autre preuve que quelques mots peuvent cacher toute une histoire dans une chanson.

Nick, Black Sabbath revient sur les t-shirts que tu portes sur les nouvelles photos promo de Paradise Lost. Attends-tu quelque chose de spécial de leur retour, ou ne s’agit-il que de nostalgie pour toi ?
C’est probablement mon groupe préféré, leur musique résonne en moi. Il y a très peu de groupes qui me touchent autant, c’est lié à mon enfance. Et en ce qui me concerne mais aussi pour les gens d’un certain âge, je crois que c’est chouette de les voir se reformer. J’espère qu’ils toucheront leur but.

Gregor, Matt Green a realise la vidéo « Honesty in Death ». Etait-il déjà prévu quelque chose avec lui à l’époque où il travaillait pour Vallenfyre, ton projet death parallèle ?
Gregor Mackintosch : Non. Quand nous avons travaillé sur la vidéo de Vallenfyre, Steve de Paradise Lost s’est rendu sur notre tournage pour observer les choses. Nous avons saisis ensemble que Matt avait une manière singulière de travailler, qu’il n’agissait pas de façon automatique. C’est quelqu’un de passionné, il ne s’inquiète pas réellement de la « commercialité », bien davantage de l’attitude. Rien ne sert d’espérer passer sur MTV, il réfléchit à l’obtention d’un résultat dont il soit satisfait. Et quand est venue l’idée d’une vidéo pour « Honesty in Death », Steve et moi avons pensé à lui. Pour moi, cette vidéo est la toute meilleure de Paradise Lost. En ce qui concerne Vallenfyre, il restait important de voir le groupe en action, de manière classique, mais dans le cadre de Paradise Lost, j’aime l’idée que puissent être montés des petits courts-métrages autour de notre musique. Elle est faite pour ça.

Le format CD a changé notre rapport à la musique, de par sa contenance, l’absence d’interruption, pas de changement de face…. Or, votre nouvel album est très ramassé, dix titres, et ce n’est pas le seul ces jours, on revient au « court ». Le dernier Cult fait quarante minutes…
Je ne crois pas qu’il y ait une obligation du court, mais… tu sais, j’ai fait beaucoup de tape trading, il y a longtemps. Le principe c’était que chaque face faisait quarante-cinq minutes et j’adorais tout particulièrement qu’un album loge pile sur une face. Je pense toujours un peu de cette manière-là. C’est stupide de penser ça mais je ne sais pas, c’est ancré dans mon esprit (rire). Regarde, je me rappelle, quand Soundgarden a sorti Superunknown, c’était un disque qui durait plus d’une heure et je me suis dit à l’écoute que s’il avait duré quarante, quarante-cinq minutes, ça aurait donné un superbe album mais au final ce n’est qu’un bon album parce que certaines choses s’y trouvant n’avaient pas vraiment besoin d’y être

Comme d’habitude, tu as écrit la musique pour Tragic Idol, Greg…
Le jam ne fonctionne pas pour Paradise Lost, nous avons essayé maintes fois de travailler comme ça, en salle de répétition, mais ça ne marche pas bien, la technique d’accouchement varie en fonction de chaque groupe et pour cet album nous n’avons pas dérogé à nos habitudes. Il reste plus constructif pour nous de travailler sur des bases tangibles plutôt que de discuter de ces bases en les répétant ensemble.

« In this we dwell » aborde notre relation au réel, ces choses en lesquelles nous nous reconnaissons…
Ce en quoi nous nous reconnaissons ne peut se situer que dans notre esprit. Je ne lis que très peu de livres en rapport avec la réalité, ce qui existe ou n’existe pas. Chaque chose est relative à la personne, la vie elle-même est subjective, il est autant de pensées ou de perceptions que d’êtres. On peut croire l’autre malsain tout en l’étant autant.

Mais au-delà de cette subjectivité, il reste les valeurs.
Je crois me reconnaître en les mêmes qu’un grand nombre de gens : essayer d’être là pour sa famille, la préserver, tendre à rendre ma vie positive au jour le jour, vivre au présent. Je suis d’une nature dépressive et aborder les choses ainsi m’éloigne du négatif qui peut affecter mon état. Je ne regarde pas trop loin devant, c’est trop incertain et ça comporte un danger pour moi.

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