Paradise Lost : Holmes, Mackintosh et Draconian Times MMXI

05 Nov 11 Paradise Lost : Holmes, Mackintosh et Draconian Times MMXI

En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #6 (novembre/décembre 2011), www.obskuremag.net publie ces extraits inédits de notre entretien avec Nick Holmes (chant) et Gregor Mackintosch (guitare). Sortant ce mois de novembre le CD/DVD live Draconian Times MMXI, Paradise Lost redonne une superbe à cet album culte du gothic metal. L’expérience se revit à travers un show filmé et enregistré soigneusement, marqué par une certaine fidélité aux versions originales et un chant encore éclairé. Une belle expérience audio et vidéo, qui nous donne l’occasion d’une couverture sur Paradise Lost ce bimestre.

Certains s’amusent à revoir leurs classiques jusqu’à les refaire en studio. Si vous deviez réenregistrer Draconian Times, qu’est-ce qui changerait ?
Gregor Mackintosh :
Je ne le referais pas ! Je sais que de nombreux groupes s’amusent à ce genre de choses, mais… ce n’est pas pour moi. Je comprends mal cette démarche, en vérité. Le pouvoir d’attraction de certains albums découle selon moi de leur contexte même, du fait qu’ils aient été enregistrés à une certaine période. Draconian Times a eu ce succès car il a été le bon album, au bon moment. À quoi bon le refaire, et comme certains, cleaner et polir les versions originales ? Je déteste ce genre de démarche.

En même temps, le son de cette nouvelle version live, réalisé avec le concours de Jens Bogren, fait forcément évoluer le rendu de l’album originel, même si vous êtes restés fidèles aux structures d’origine…
Nick Holmes :
Je sais de quoi Jens est capable en matière de son, il a fait notre dernier album studio et le live Anatomy of Melancholy. Jens s’occupera aussi du prochain album. Il est lui-même un grand fan de Draconian Times et il avait exprimé le désir de travailler sur ce nouveau live, afin de donner sa vision sonore de l’album, dans un contexte moderne… Jens est quelqu’un de très impressionnant lorsqu’on arrive en phase de mixage, il s’implique très fortement là-dedans. L’enregistrement originel de Draconian Times avait été fait en analogique : pas de numérique, pas de ProTools, et si nous réenregistrions l’album avec les techniques en vogue aujourd’hui, il ne sonnerait évidemment plus de la même manière. Or, nous avons enregistré et mixé en digital le concert de Londres pour Draconian Times MMXI. C’est un procédé très différent.

Quelle comparaison feriez-vous entre Draconian Times MMXI et le précédent live, Anatomy of Melancholy, sur lequel avait aussi travaillé Jens Bogren ?
Gregor :
Les fans sont plus au centre du nouveau DVD que sur Anatomy of Melancholy. Les interviews avec les fans mettent en perspective leur amour de l’album, c’est en définitive un documentaire sur l’importance de ce disque dans la vie de certaines personnes. Une perspective de l’extérieur sur ce disque, aussi.

Durant le show filmé à Londres pour Draconian Times MMXI, vous tirez deux titres de l’album qui lui a suivi chronologiquement, One Second. Souhaitiez-vous créer un lien entre Draconian Times et ce dernier ? Le concert avait-t-il une ambition « contextuelle » ?
Nick :
Non. Chaque album représente le groupe à une certaine période de son existence, et j’ai d’ailleurs l’impression que nous sommes plus en phase aujourd’hui, dans notre son, avec les contenus de Draconian Times qu’avec ceux de One Second. Lorsque nous avons fait One Second, nous revenions d’une très grosse tournée, et je me rappelle que nous souhaitions produire quelque chose de différent du binôme Icon / Draconian Times. Ce qui ne veut pas dire que nous ayons changé fondamentalement, sur le plan humain ou dans nos goûts musicaux en tout cas, à ce moment-là.

A l’époque de Draconian Times, vous aviez repris The Sisters Of Mercy, puis The Smiths… Est-ce quelque chose que vous referez dans le futur proche ?
Gregor :
Je n’exclus rien pour le futur. J’ai beaucoup écouté The Reptile House et les premiers disques des Sisters…
Nick : C’est vrai, on avait fait « Walk away » à l’époque de Draconian Times, je ne sais pas vraiment pourquoi, il y a de meilleures chansons d’eux à reprendre. Quant à celle des Smiths (N.D.L.R. : « How soon is now ») j’ai vécu une étrange expérience en club récemment. Ils passaient cette reprise, et… je me suis demandé qui ça pouvait bien être ! Quand j’ai réalisé que c’était nous, j’ai été sidéré. Je ne nous avais pas reconnus !

La voix est claire et précise sur le DVD live… N’as-tu éprouvé aucun stress avant le concert londonien de Draconian Times ?
Je ne crois pas que les parties de Draconian Times soient très dures à chanter. Elles s’inscrivent dans le style de chant que j’ai développé depuis quinze ans. Je chante de manière plus dure sur le dernier album, par exemple. Sans doute, je réoriente live les voix d’origine mais j’ai de plus fortes capacités aujourd’hui, je pense.

Certains titres sont peut-être plus difficiles à chanter comme « Yearn for Change »…
Oui, complètement, et c’est aussi pour ça que je me fais aider sur certaines parties, par notre claviériste live, qui a une forte capacité à chanter haut. Il a apporté une contribution importante au concert car il y a un grand nombre de chœurs sur Draconian Times. Il m’a aussi permis de m’économiser sur certaines parties. Cela nous permet de donner un aspect complet au son, par rapport aux versions d’origine.

Draconian Times est emblématique de la mouvance gothic metal. Votre rapport au gothique n’a pas faibli dans le temps, semble-t-il…
Le gothique est une scène qui s’est développée en parallèle de celles que nous fréquentions originellement, au lancement de Paradise Lost. Nous versions clairement dans le metal à cette période des eighties : on écoutait les premiers Venom, le death metal du mid-eighties… Passée l’adolescence, j’ai ouvert la porte à tout cela, j’ai découvert que je pouvais aussi m’intéresser à ces choses, rassemblées sous la bannière du mouvement gothique.

Avancer en musique, c’est aussi connaître le risque de se répéter. Le temps rend-il les choses plus difficiles, sur le plan créatif ?
Gregor :
À un moment j’ai pensé ça. Si tu m’avais posé la question il y a dix ans, je t’aurais dit oui. J’étais en période de maturation en matière d’écriture, c’était dur… et puis tu passes des caps, le recul arrive. J’apprends constamment. Parfois, c’est mieux d’aller vers le plus simple ; d’autres fois, j’essaie d’élaborer davantage et d’aller vers des choses qui me semblent nouvelles. Le songwriter parfait n’existe pas, pour la simple et bonne raison que la musique est une forme très subjective. Tu adores ce que ton voisin déteste et la seule solution que tu puisses avoir en tant que musicien, c’est d’essayer d’écrire la musique que tu souhaiterais entendre toi-même. Si tu y parviens, tu as une petite chance que d’autres aiment l’écouter aussi.

La mort du père, abordée par Gregor via le projet Vallenfyre (N.D.L.R. : présent aussi au sommaire d’Obsküre Magazine #6) contaminera-t-elle le prochain album de Paradise Lost ?
Nick :
Je ne suis pas sûr que nous y parlions d’une disparition en particulier… Ce sera un album traversé par la vie et la mort bien sûr, mais pas à propos d’un évènement spécifique. J’espère surtout que ce sera un album vital. C’est un disque que nous avons écrit sur une période assez courte, ce qui ne veut pas dire que nous ayons bâclé ; les deadlines peuvent s’avérer une bonne chose, elles te poussent. Quand tu as un temps indéfini devant toi, tu peux finir par t’embourber. À ce titre là, je relie un peu le prochain album à Draconian Times. Cela sera beaucoup plus mélodique que Faith divides us – Death unites us, tout en restant très lourd.

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