Parade Ground : Body Farm Fest et avenir

07 Fév 11 Parade Ground : Body Farm Fest et avenir

Le Body Farm festival, dont Obsküre est partenaire, célèbre le 18 février 2011 à Bruxelles (au Magazin 4) les trente ans des expérimentateurs sonores Parade Ground. Leur dernier album, Rosary, a constitué un choc dans le monde des musiques froides et le binôme, en même temps qu’il nous décrit l’état d’esprit du festival, offre au public et en exclusivité pour Obsküre, des pistes pour l’avenir. L’esthétique de la nausée pourrait connaître des prolongements… sans trop tarder.

On saisit bien l’idée d’« anniversaire » de Parade Ground autour du festival Body Farm. Pour autant, il semble y avoir aussi, derrière l’organisation de cet évènement, l’idée d’une communauté d’idées ou de sensibilités. Voyez-vous cette expérience de festival comme un évènement destiné à connaître des suites, une répétition dans le temps, quelle que soit sa forme et/ou sa périodicité ?
Pierre : Nous avons toujours voulu faire en musique, une transposition d’installations ou de performances plastiques, un détournement de l’art. « Par la présente nous n’appartenons plus à l’art ».
Jean-Marc : nous faisons tout comme si c’était la dernière fois, mais nous avons l’idée de création et de détournement dans d’autres lieux et sous d’autres formes …
Pierre : Nous voulons une révolution musicale, faire un signe avec sa peau… Ses angoisses… Ses tripes… Il faut traiter la création comme la vie… Comme une blessure… Une plaie ouverte … Nous sentons bien que c’est pressé… Qu’il y a urgence… Que la vie presse… Il faut mettre sa peau sur la table… Il faut payer.

« Exporterez »-vous ce plateau en dehors des frontières belges ?
Jean-Marc : Idéalement, oui. Le festival sera filmé, ce qui nous permettra de proposer le concept ailleurs. Notre idée de base pour les trente ans du groupe était de donner trente concerts dans les grandes capitales d’Europe.
Pierre : C’est très important pour nous, la scène, c’est là que tout se passe… La scène c’est l’art de disparaître… S’arracher le corps… On a tellement à vider… À mordre… À vomir… À couper… À arracher … Nous sommes tous infinis, inachevés… Il faut toujours être en déséquilibre « déséquilibré ». Une sauvagerie intérieure, un maudissement. La tragédie est-elle le seul désir ?

Sur quels critères avez-vous recruté les personnes présentes à l’affiche finale ?

Jean-Marc : Ce n’est pas nous qui organisons, mais nous avons évidemment donné notre avis et je crois que l’affiche est très cohérente avec des groupes qui apportent un plus à la scène électro, soit qu’ils soient très singuliers ou très rares.
Pierre : Pour l’instant quels sont les groupes électro qui apportent encore quelque chose de neuf ? Il n’y a plus que des cover-bands masqués ou assumés. Maintenant tout le monde est un « artiste », les musiciens sont tous des premiers prix de conservatoire, il n’y a plus aucune spontanéité, plus de risque, plus de volonté morbide , alors que créer c’est désapprendre .
Le line-up de la soirée anniversaire :

ACTS : :Codes—-Miroir
Le Syndicat——Martèlement—-Mortellement
Solar Skeletons—-Le trajet de la balle du canon à la tempe
Med—–Flux vital
Red Sniper—-Tension lancinante
Parade Ground—-Esthétisme de la nausée

Retroacts : Tzii—Irradiation sonore
MARIA——Kill Me
DJS : DJBernd—Unlimited
DJMorpheus—Désévanescence

Rosary a presque quatre ans. Quelle suite lui donnerez-vous ? Peut-on alors espérer quelque chose de neuf de votre part cette année ?
Jean-Marc : Nous sommes des artisans, nous avons recommencé à composer. Il nous a fallu vingt-cinq ans pour faire Rosary
Pierre : Je pense que ça ira plus vite cette fois-ci (rire) …Nous voudrions faire une transposition de Rosary en electro, revenir à ce que je pense être notre force : les mélodies. Mais nous adorons prendre tout le monde à contre-pied.
Jean-Marc : Mais d’abord, nous avons reçu pas mal de propositions pour ressortir nos anciens disques , que ce soit en vinyle ou CD… avec pas mal d’inédits .
Pierre : Certains nouveaux morceaux sont déjà assez aboutis, on voudrait vraiment travailler la rythmique, je trouve que c’est à ce niveau qu’il y a un nivellement par le bas dans la scène electro, il n’y a plus le « swing » des rythmes des premiers groupes electro, maintenant il n’y a plus que des rythmes techno, basiques et vulgaires.

Qu’avez-vous gardé personnellement de la confection de Rosary et que représente-t-il dans votre parcours, au moins symboliquement ?
Rosary est le réceptacle de trente ans d’expérience (psychiatrique, monastique) .
Jean-Marc : Alors que tout le monde nous attendait pour un retour avec des mélodies accessibles comme dans les années quatre-vingt, nous avons créé Rosary, que nous avions pensé comme un collage musical, une installation sonore, une rage brutale, quelque chose de vomi , une abstraction musicale, une constante confrontation , une chorégraphie du chaos, l’esthétisme de la nausée.
Pierre : Certains morceaux étaient faits uniquement de hurlements et de cris … C’est très important… On ne hurle et ne crie que dans les moments importants de la vie… Naissance… Mort… Douleur… Bonheur… Rage… Colère… Nous avons essayé de concilier l’activité cérébrale, le sommeil et les rêves. Toute cette vomissure, cette torsion, cette cruauté nous a bien sûr marqués ; mais enrichis, nous ne sommes plus transparents par la douleur .

Quel retour l’album vous semble-t-il avoir généré ?
De nombreux témoignages. Tout le monde à salué la démarche extrême, l’état de transe, la dissymétrie, la corrosion , toute cette tension et la cruauté.
Jean-Marc : Rosary à été un grand succès critique, de presse (soixante chroniques) et d’estime.
Pierre : Je crois que pas mal de groupes ont « osé » après Rosary, cette abstraction, cette nausée sans concession.

Be Sociable, Share!