Othon – Interview Bonus Obsküre Magazine # 22

10 Oct 14 Othon – Interview Bonus Obsküre Magazine # 22

Supplément de notre entretien avec Othon Mataragas dans Obsküre Magazine # 22 quant à la sortie de son dernier album, Pineal.

Obsküre Mag : Tu as participé à des cérémonies Ayahuasca au Brésil en 2012, ce qui a inspiré ce nouvel album. Peux-tu revenir sur ces expériences et ce que cela t’a apporté?
Othon : Oui, c’est vrai et j’y suis retourné en 2014 pour plus encore ! Essayer de résumer ces expériences en un ou deux paragraphes c’est très difficile, car elles m’ont affecté (et le font encore) de plusieurs façons différentes. Physiquement, je me sentais parfois très malade. C’était comme si un tas de merde s’écoulait de moi, aussi bien littéralement que symboliquement, mais c’était comme si je me sentais à chaque fois plus léger et plus pur. Je me souviens d’avoir reçu des messages directs quant à mon régime de la part de personnes, ce qui était une bonne chose, mais à priori pas assez bonne ! En fait, une des premières choses qui m’a frappé avec cette médecine c’était que je recevais des messages et des réponses directs à mes questions. C’était comme si j’avais à faire à quelque chose de complètement différent et totalement magique pour la première fois durant toutes ces expériences psychédéliques (et il y en a eu beaucoup !). Avec l’Ayahuasca, j’ai pénétré un monde totalement différent, habité par des entités conscientes d’origine inconnue et tu finis par réaliser bien vite que ces esprits indescriptibles sont ceux qui ont guidé les curanderos tout du long. Ce n’est pas un hasard si les chamans appellent ces plantes des « enseignants ». C’est exactement ça. Parfois elles t’apprennent de façon très douce et d’autres fois elles te frappent au visage. Cela dit, on sent toujours que l’on est aimé et on comprend pourquoi l’on doit passer par là. C’est comme une initiation personnelle. Puis il y a les visions, qui ne sont pas juste irréelles mais qui sont porteuses de sens, du moins la plupart du temps, et c’est ce qui rend ces voyages intérieurs si importants. Sans parler des éclats abondants de créativité, dont Pineal est le résultat ! Je pourrais continuer pendant des heures à parler de ce que la Mère Ayahuasca m’a enseigné mais je vais t’épargner ainsi que tes lecteurs !

Peux-tu revenir sur le concept de PAN Muzik? Comment cet album s’y intègre-t-il?
« PAN muzik », c’est ce que je réponds aux gens quand on me demande quel type de musique je fais. Cela me donne l’opportunité de définir rapidement quelque chose qui est libre et fluide. Je n’aime pas la façon dont tout est cloisonné et je ne pourrais limiter ma musique à une seule catégorie, qu’elle soit classique, gothique, techno ou même une combinaison de tout cela ou les autres styles avec lesquels je me suis amusé, que ce soit le cabaret, l’industriel ou je ne sais quoi encore. Et pourquoi devrais-je? J’ai eu la chance d’être exposé à des musiques fascinantes provenant de toutes directions, des musiques qui m’ont ému au delà de l’entendement. Quand je crée, l’inspiration sort de moi même sans aucun jugement. J’essaie de beaucoup contrôler mon Ego dans le processus car cela pourrait ruiner quelque chose qui pourrait être transcendantal. Cela est arrivé souvent par le passé et j’ai consciemment essayé de limiter cela sur Pineal. Pour résumer, plutôt que coller à un genre, je trouve cela plus vrai et holistique d’avoir ma propre expression musicale qui transcende les limites de styles prédéfinis. Au final, si un morceau de musique te touche, il a atteint son but, que ce soit une ballade jouée au piano ou du bruit industriel créé avec des machines. La PAN Muzik se focalise sur l’essence de la musique plutôt que ses formes extérieures.

Image de prévisualisation YouTube

Autre chose de nouveau dans ton univers musical, c’est l’utilisation de chœurs et de nombreuses voix. Comment as-tu fait pour rassembler toutes ces voix? Apparemment, des chamanes ont eux mêmes été invités. As-tu fait toi même l’expérience des vertus thérapeutiques de ces chants?
Cela fait partie des « miracles » associés à cet album. J’ai réussi à rassembler trois chœurs différents. Le premier était un chœur classique, le second était un chœur gospel, un des meilleurs du Royaume Uni et ils ne m’ont quasiment rien coûté, du moment que leur nom n’apparaissait pas sur le disque, et le troisième était notre chœur Ayahuasca pour « Cobra Coral » et « Pasha Dume ». Un autre « miracle », encore plus spectaculaire, est d’avoir eu mes deux shamans adorés Javier Arevalo Shahuano et Jessica Ramirez Seopa pour chanter sur l’album. Ils ont aussi été les premiers à enregistrer, donnant ainsi leur première bénédiction pour ainsi dire. Je me souviens d’être à la salle de sport et de suer de tout mon corps sur un vélo, en pensant que j’aimerais les inviter sur l’album, car leurs Ikaros sont restés dans ma tête et m’ont inspiré pendant et après les cérémonies Ayahuasca. Un ou deux jours après, j’ai découvert que les chamans étaient en visite à Londres pour la première fois et je leur ai immédiatement demandé de participer au projet. Les voir à Londres était surréaliste en soi mais les avoir dans les studio était juste incroyable !

Comment ont-ils réagi au fait que tu revisites des chants sacrés comme « Pasha Dume » avec de l’électronique?
Quand je suis revenu au Brésil cette année pour assister à d’autres cérémonies et filmer les deux vidéos de Pineal, j’étais anxieux de jouer « Pasha Dume » à Ninawa, un pajé de la tribu Kaxinawá qui m’a introduit à cette chanson en 2012 quand il l’a chantée avec d’autres chamans de la tribu. Je savais que Ninawa m’appréciait et il m’avait déjà peint le Tupinambá (une entité guerrière proche du serpent) dans le dos, sachant que je travaillais sur « Cobra Coral », une chanson Umbanda qui est aussi connue sous le nom de « Tupinambá ». Il m’a aussi béni plusieurs fois durant les cérémonies. Mais jouer devant lui et les autres la version assez dure, presque industrielle de « Pasha Dume » était angoissant et excitant à la fois. Heureusement il a eu un grand sourire sur le visage et le peu de personnes qui pouvaient parler anglais l’ont aimé. Ce fut un grand moment de joie pour moi.

Dirais-tu que ton approche musicale a toujours été mystique et spirituelle?
En effet. Cela reflète ma propre évolution en tant qu’être humain, aussi bien que mes défauts. Ma musique ce ne sont pas que des montagnes russes émotionnelles mais aussi spirituelles, haha!

Nous retrouvons aussi tes fidèles collaborateurs, Ernesto Tomasini et Marc Almond. Comment définirais-tu ta relation artistique avec eux?
Plus je crée, plus je me rends compte de l’importance de le faire avec des artistes avec lesquels je me sens proche, des amis que j’aime. Travailler avec Ernesto et Marc c’est comme travailler avec la famille aujourd’hui, ils comprennent ce que je veux dire et ils y apportent leur magie. Nous sommes honnêtes les uns envers les autres et nous ne nous accrochons jamais. C’est doux, plein de chaleur et cela apporte une épaisse couche d’amour dans les chansons.

Tu as trouvé une forme d’expression personnelle tout en utilisant ton apprentissage dans la musique classique. Tu as pu faire des musiques de films ou composé des pièces de piano pour gants de boxe. D’où te viens ce désir d’expérimenter avec une variété de styles?
On n’a jamais réussi à me mettre dans une case mais ce n’est pas parce que j’essayais d’être différent ou particulier. Il y a un explorateur en moi, un rêveur qui se crée une réalité future dans ses songes, qu’elle soit positive ou négative. Tout ce que je fais ou les différentes directions que je prends sont liés à des moments d’inspiration, ils peuvent arriver à n’importe quel moment, quand je fais l’amour ou quand je suis dans un trip. Ma décision de me consacrer à l’écriture contemporaine par exemple et de laisser la composition classique derrière a été prise quand j’étais avec des amis à l’Epping Forest, tripant sous LSD en 2006. Le besoin a été si fort que j’ai dû me séparer de tous mes attachements personnels à des attentes antérieures.

Tu as non seulement composé les chansons mais tu les as aussi produites. Aimes-tu également tous les aspects du processus musical, de la recherche à l’écriture, du son à la production?
J’aime tout ce qui est lié à la musique et je veux me salir les mains avec autant de procédés créatifs différents tant que le temps me le permet. Parfois un aspect m’intéresse plus qu’un autre et cela devient une obsession. Dans le cas de Pineal, c’était la production. Pineal m’a donné l’opportunité d’apprendre la production d’une façon très organique et autonome, apprendre à suivre mon orientation intérieure dans le processus.

Cet album se concentre sur les cultures indigènes. En tant que Grec vivant à Londres, te sens-tu parfois comme un indigène toi même ?
Je n’ai jamais ressenti les choses ainsi. Londres est une ville très accueillante, surtout quand il est question d’ethnies différentes. Je me suis senti comme un singe de l’espace qui atterrit sur le Vatican quand je suis allé étudier au Royal College of Music mais c’était une inévitabilité consciente et créée par moi même !

Photo : Predrag Pajdic

Image de prévisualisation YouTube
Be Sociable, Share!

Laisser une réponse