Othila – Interview Bonus Obsküre Magazine # 23

07 Déc 14 Othila – Interview Bonus Obsküre Magazine # 23

À l’occasion de la sortie du livre-CD Brónagh d’Othila, nous nous sommes entretenus avec Lionel G. autour de cet hommage aux traditions celtiques et à la Bretagne. Ci-dessous le complément de l’article paru dans Obsküre # 23.

Obsküre Mag : Est-ce que tu peux me dire d’abord qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans ce livre-disque sur la Bretagne?
Lionel G. : Musicalement, notre motivation première est de ne pas se répéter je crois. Nous essayons à chaque nouveau projet de nous renouveler afin de ne pas lasser nos auditeurs et de ne pas nous lasser nous-mêmes. Dans toutes nos productions, nous mixons musique, photos et texte. Avec Yula, nous avions déjà illustré une de mes nouvelles. Avec Brónagh, nous avons voulu approfondir et conclure ce que nous avions amorcé avec ce 10’’. Dans cette trilogie celtique : Yula (10’’), Titouan (7’’) et Brónagh (CD), seules deux histoires se déroulent hors Bretagne, mais restent associées à ses atmosphères magiques et fantastiques.

En quoi les divinités celtiques t’inspirent-elles ?
En fait je ne sais pas trop. J’ai lu pas mal de recueils sur les mythologies celte et nordique et on doit certainement retrouver de tout cela dans mes écrits. Les divinités que l’on peut croiser dans mes histoires (hormis Gaïa) sont issues de mon imaginaire, mais chacune d’elles se rapporte à quelqu’un de bien vivant sur cette terre. Je suis plutôt animiste et suis plus enclin à vénérer la Nature qu’une divinité d’un panthéon.

D’une musique très samplée à l’onirisme post-industriel, vous vous êtes dirigés vers une musique qui intègre de plus en plus d’instruments classiques et traditionnels et des musiciens extérieurs (harpe, violons, cornemuse). Peux-tu nous en dire plus sur ces rencontres qui ont nourri l’évolution musicale du groupe?
Nous avions besoin de faire évoluer notre musique, ne pas rester que sur des samples. De par nos métiers respectifs, nous avons la chance John Doe et moi de croiser des musiciens. Ceux avec qui nous avons le plus d’affinité nous leur demandons s’ils accepteraient de participer à notre projet. C’est une opportunité fantastique pour nous de pouvoir intégrer des vrais instruments. Même si nous les bidouillons derrière, cela amène une présence et de la vie dans nos titres.
En général, nous composons une base à partir de samples que nous faisons écouter une ou deux fois au musicien et nous lui demandons ensuite d’improviser dessus. Nous avons entre autre eu à nos côtés David Lewis, Orly Chap, Cécile Corbel… que de belles rencontres.

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Du coup, c’est un peu aussi comme si vous étiez passés d’une musique néofolk à quelque chose de bien plus traditionnel. Qu’en est-il pour toi aujourd’hui de cette scène musicale qui était très active au tournant des années 1990-2000, quand vous avez commencé, bercée dans les runes et un attrait mélancolique pour la passé ?
C’est marrant car nous sommes souvent catégorisés Neofolk, certainement à cause de la rune, mais je n’ai pas la sensation que notre musique réponde à ces codes. Je qualifierais ce que nous faisons plus comme de l’Ethno ambiant, en fait. De cette scène musicale, il ne reste que quelques fantômes et ersatz de grands groupes qui personnellement ne m’intéressent plus grandement. Seuls Current 93 et Nurse With Wound ont réussi à évoluer et à surprendre. Je continue à avoir un grand respect pour David Tibet et Steven Stapleton dont je suis chacune des productions. Je ne renie rien attention, j’ai toujours plaisir à réécouter du Cold Meat (les vielles prods), Death in June, Backworld, Inade ou Fire & Ice, mais malheureusement cette scène n’a pas réussi à se renouveler et on tombe vite dans la redite ou le cliché. Aujourd’hui je prends plus mon pied en écoutant les albums des Master Musicians of Bukkake et de Goat que le nième sous Raison d’Etre. Ça fait un peu vieux con de dire cela, désolé… Et pour le côté traditionnel peut-être est-ce ce vers quoi nous tendions naturellement. Cet aspect-là a toujours été sous-jacent dans Othila.

Peux-tu revenir sur la conception de ce disque-livre et des graphistes ou photographes qui y ont participé ? Il semble que tu aies voulu retrouver l’esprit que l’on pouvait déceler dans Ombres et Lumières par exemple, à l’époque du label Divine Comedy ?
Comme je le disais plus haut, nous avons toujours voulu mélanger l’image, le texte et la musique dans chacune de nos productions. Pour le coup, il y a bien plus d’éléments visuels ici avec ce gros livret de presque soixante pages où nous retrouvons des peintures de notre ami Jean-Marc Dauvergne et des illustrations de proches comme Aleksi Briclot, M.Piskic ou David Sauner. Nous avons également eu beaucoup de chance que Jean-Baptiste Monge et Michel Jans des éditions Mosquito qui représente Sergio Toppi, nous suivent dans cette aventure. Othila est la rune du clan et de la famille, jamais elle n’aura été autant justifiée que sur cet album. Nous avons pu travailler avec nos amis et faire de nouvelles rencontres qui nous ont soutenus. Une belle aventure humaine. En cela et par son aspect graphique oui, nous retrouvons dans Brónagh, l’esprit de Ombres et Lumières.

L’écriture musicale et littéraire représentent-elles la même source de plaisir pour toi ? Sont-elles indissociables l’une de l’autre ?
Les plaisirs sont différents. Dans l’écriture j’ai un côté plus« orgasmique », si je peux me permettre, au sens où quand l’envie me prend d’écrire, j’écris la nouvelle d’une traite, comme un besoin d’expulser quelque chose et après je me sens bien. Il faut bien évidemment revenir dessus après pour les corrections, mais la trame est là. Pour la musique, c’est plus lent, la construction d’un titre se fait étape par étape, entre le choix des samples, les mélanger tout en restant harmonique, la création de l’atmosphère sonore, ce que nous voulons véhiculer comme émotions à l’auditeur. John Doe est super fort pour cela, beaucoup plus patient que moi, il arrive comme un peintre touche par touche et en surimpression à créer ces ambiances qui font notre son et notre musique. Le plaisir dans l’écriture musicale est plus rituel et dans la répétition, une sorte de transe, de voyage. Ces deux formes d’écritures sont indissociables pour moi car quand j’écris un texte, je le fais en musique, impossible autrement. Et quand nous composons un morceau, nous avons une histoire à raconter, sans cela nous n’avançons pas.

Comment envisages-tu l’avenir avec Othila ?
Nous vivons Othila au jour le jour. Pas de pression, juste du plaisir à se retrouver John Doe et moi, repartir sur une nouvelle idée, un nouveau projet, voir si cela aboutit ou non. Brónagh nous aura pris six ans au final, avec des pauses, des changements, mais nous savions que nous le sortirions un jour. Le fait de nous auto-produire depuis l’an dernier n’est pas évident, notamment pour la distribution. Mais si tout va bien nous devrions revenir en 2015 avec un double CD regroupant nos titres pour des compilations ainsi que des raretés et inédit(s).

Contact : othila.bronagh@hotmail.com

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