Opera Multi Steel – Interview bonus Obsküre Magazine #18

26 Nov 13 Opera Multi Steel – Interview bonus Obsküre Magazine #18

Supplément inédit de notre entretien avec Franck Lopez d’Opéra Multi Steel, paru dans Obsküre Magazine #18 (novembre décembre 2013, en kiosques) autour de Mélancolie en Prose (Wave Records), leur neuvième album en bientôt trente ans de carrière.

Obsküre Magazine : Peux-tu revenir sur ce choix de mélanger des nouveaux titres et des choses plus anciennes sorties sur des cassettes pour la plupart ?
Franck Lopez : Nous avions déjà mélangé nouveaux titres et titres anciens sur des albums comme Histoires de France ou Eternelle Tourmente. En fait, l’hyper confidentialité dans laquelle étaient sortis plusieurs dizaines de nos titres dans les années quatre-vingt, sur des K7s audio à tirages très limités, ainsi que la qualité très moyenne de ces enregistrements ultra-minimalistes, réalisés en prise directe deux pistes sur magnéto à bande, nous ont souvent fait regretter de ne pas les avoir exploités de manière plus conséquente. Au fil du temps, nous avons donc réarrangé, réenregistré voire réadapté ces titres pour les intégrer à nos albums studio et les fondre avec nos créations plus récentes par une homogénéisation de traitement. Le nouvel album comporte ainsi six  titres anciens et six nouveaux titres composés très récemment. C’est un postulat qui permet de réconcilier le passé et l’avenir sans heurts.

Musicalement, l’album bénéficie de pas mal de collages sonores comme vous les appréciez depuis « Piscine à Tokyo », les réglages d’amplificateurs côtoient des portions de chants grégoriens, des cris samplés et ainsi de suite. Peux-tu revenir sur la manière dont vous opérez vos choix et ceux-ci obéissent-ils à une sélection méticuleuse ?
Les collages sonores sont effectivement partie intégrante de notre musique et ce depuis longtemps. Chacun d’entre nous récolte et met régulièrement de côté comme autant de souvenirs personnels, de petits morceaux de dialogues, de sons ou de musiques qui forment à la longue comme un album dans lequel nous puisons. Ils servent  à donner un fil conducteur à nos albums, à renforcer un propos musical dans le courant d’un titre, parfois  tout simplement à brouiller les pistes ou encore  ne sont que le simple refle du plaisir que nous avons de juxtaposer notre musique avec des références à nos vécus personnels. Hormis les interventions d’un technicien qui nous explique comment parvenir à régler correctement sa chaîne hi fi dont nous parlions plus haut, on pourra donc s’amuser à chercher  l’origine de ceux qui jalonnent ce disque, qu’il s’agisse de très brefs extraits de films ou encore de quelques mesures empruntées ici ou là à la musique baroque, médiévale ou renaissante ou de simple bruits de la vie courante. Mais certains bruitages ont aussi été réalisés en direct !!!

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En parlant de chants religieux, le mysticisme est présent chez vous depuis Cathédrale. Peux-tu revenir sur cette symbolique qui fait partie intégrante de vous, et comment se manifeste-t-elle dans ce disque ?
Il est certain  que si nous n’avions pas grandi à l’ombre de la Cathédrale de Bourges nous n’en serions certainement pas là ! Et si nos parents ne nous avaient pas poussé vers l’église et le catéchisme,  nous n’aurions pas été marqués par toute cette symbolique mystique. Ils n’ont pas réussi à faire de nous de bons chrétiens, loin de là,  mais les contes de fées, qu’ils soient  laïcs ou religieux ne laissent personne intact surtout quand ils sont dispensés dès l’enfance. Une grande partie de l’héritage artistique des siècles qui nous ont précédé est imprégné de mysticisme. Nous ignorons pourquoi, tout en étant pratiquement athées, nous sommes encore toujours aussi fascinés par ce qui tourne autour de l’art religieux catholique… avec une forte prédilection pour l’Art sulpicien dans lequel se côtoient à merveille une forme de spiritualité et ce que certains considèrent comme la forme la plus abhorrée du kitsch. Le dernier clip vidéo d’OMS réalisé par Alan Cassiano, « Mauvais Œil », est d’ailleurs un hommage à cet art religieux de la croisée des XIXème et XXème siècles, dans lequel l’exagération des postures et des bons sentiments servis par des artistes trop longtemps méconnus voire méprisés confine parfois au sublime.

Apparemment Jean-Christophe d’Arnell a participé à l’écriture de textes, c’est la première fois il me semble que vous faites appel à quelqu’un d’extérieur pour l’écriture, bien que l’on connaît vos liens très forts avec Collection d’Arnell-Andréa et que Chloé a déjà chanté pour vous par le passé. Pouvez-vous revenir sur cette collaboration ?
En général, c’est effectivement  Patrick qui est l’auteur quasi exclusif des paroles d’OMS même s’il y a eu quelques exceptions par le passé…  Le texte « Et par delà les Blés »  a été écrit par Jean-Christophe il y plus de vingt ans. A l’origine, il s’agissait d’une sorte de petit cadeau, un poème privé qu’il avait dédié au lieu dans lequel nous vivons et créons. Ce texte est donc resté dans nos archives pendant de longues années. Comme nous avions l’intention d’écrire une chanson qui serait une sorte d’hommage à notre environnement proche, influencé  notamment par la proximité des voies ferrées,  l’idée d’utiliser ce texte qui s’était chargé, le temps passant, d’une forte teinte « nostalgique » s’est imposée et nous l’avons mis en musique pour la chanson qui clôt l’album.

Quant à la figure de Frank Herbert sur « Physionomie », pourquoi le désir de lui rendre hommage ?
Cet Homme, qui a quitté depuis lors notre réalité terrestre, multi culturel et très open, nous a donné tout de suite l’impression de représenter plus qu’un simple auteur de Science fiction. Ses propos, en essais tout autant qu’en récits de science fiction sont humanistes et visionnaires.  Des romans saga comme Dune, dont l’adaptation cinématographique réalisée par David Lynch que  nous adorons au demeurant, ont fortement marqué leur époque. Le livre déclencheur de notre passion pour ce Scifichologue, un tantinet déiste, fut la lecture de La ruche d’Helstrom récit prophétique qui n’est pas sans rappeler certains travaux de Maurice Maeterlinck, voire ceux de Rémy Chauvin, éthologues, tous les deux, ouvrages majeurs et recherches qui influenceront les romans d’un autre écrivain européen actuel connu sous le nom de Werber ! Nous devrions ajouter que le clair aspect audio de ce grand personnage nous a aussi séduits, conquis par l’aspect très british de son accent(uation). Dans l’extrait d’interview qui ponctue le titre « Physionomie », Franck Herbert développe une ses nombreuses théories, sujettes à controverse, à savoir que le pouvoir ne corrompt pas ceux qui le pratiquent mais qu’au contraire il attire à lui des gens déjà corrompus.

Pour finir, peux-tu nous en dire plus sur l’OMS d’aujourd’hui ? Est-ce que vous créez avec la même fougue et créativité que lors de votre prime jeunesse ? En termes de travail de studio, votre approche a-t-elle changé ? Le projet vous offre-t-il encore de belles surprises ?
ll serait bien difficile de répondre à cette question dans la mesure où nous sommes trop impliqués pour avoir de nous-mêmes une approche suffisamment distanciée. Ce qui est sûr c’est que le désir et le plaisir sont toujours là, renforcés et confortés par le soutien qui nous est apporté par ceux qui nous permettent encore de nous exprimer. Notre façon de créer les morceaux n’a pas foncièrement changé.  Ce groupe en particulier, et la musique en général sont notre manière de nous exprimer, d’exister. Si nous créons encore depuis toutes ces années, c’est bien parce que d’une certaine manière cela nous est indispensable voire même vital. Et finalement la chose la plus surprenante à nos yeux est sans doute notre longévité !

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> SORTIE : OPERA MULTI STEEL
Mélancolie en Prose (Wave Records) (2013)

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