Opera Multi Steel – Interview bonus Obsküre #22

26 Août 14 Opera Multi Steel – Interview bonus Obsküre #22

Passage en revue du dernier album du projet synth-pop liturgique Opera Multi Steel, en complément du foküs dans le numéro 22 d’Obsküre Magazine. Apparences de l’invisible est disponible chez Meidosem Records (www.asso-trinity.org).

Obsküre Mag : Le vinyle : proposition esthétique ou choix délibéré quant au sujet?
Franck Lopez : Stanislas Chapel de Meidosem Records, qui nous suit et nous soutient depuis longtemps déjà au travers de l’ Asso Trinity, est un passionné de vinyle. Sa collection personnelle est impressionnante. C’est donc tout naturellement que le format vinyle s’est imposé comme postulat de départ. Le format a également conditionné la durée de ce nouvel album et le nombre de titres plus réduit qu’à l’accoutumée, huit seulement, alors que nous sommes plus habitués à réaliser de traditionnels douze-treize titres en format cd. Nous n’avions pas fait d’album studio dans ce format depuis Les Douleurs de l’Ennui en 1990… L’histoire se répète ou fait parfois des boucles. La faveur que connaît actuellement le vinyle n’est peut-être que passagère mais elle revêt pour nous une saveur particulière dans la mesure où elle ramène notre passé dans un présent qui tente de se réinventer en ressuscitant les « fantômes » d’une époque que certains auraient aimé avoir vécue. Il n’y a donc pas de connections conscientes entre le(s) sujet(s) de ce nouvel album et le format choisi pour le divulguer. Mais force est de constater que la photo choisie pour l’artwork (réalisé par Jean-Marie Noël) prend une dimension bien plus évocatrice au format 30 cm que celle qu’elle aurait eue sous la forme d’un package de cd. Cet aspect graphique puissant est pour nous la première force du vinyle. Les pochettes deviennent des œuvres d’art à part entière qu’on a envie d’encadrer et d’accrocher sur des cimaises…De la musique qui se regarde avant de s’écouter en somme…

Toujours dans cette idée d’un passé toujours présent, OMS est en soi un « passé toujours présent ». Vous restez d’ailleurs attachés à un son qu’on reconnaît à la seconde. Ce passé incarné à travers ce groupe, est-ce un poids à porter, un Mal nécessaire, un défoulement jubilatoire qui ferait de vous d’éternels enfants… ou que sais-je encore ?
Franck Lopez : Même si nous pensons que chacun de nos albums a une couleur différente du précédent, nous restons effectivement fidèles à des composantes de son plutôt constantes depuis nos débuts. Les membres fondateurs du groupe sont toujours là, avec leurs mêmes obsessions  leurs mêmes influences, leurs mêmes sensibilités, affinées ou exacerbées par les années. L’alchimie des personnes contribue à créer le style et à le pérenniser. Nous ne vivons pas cette pérennité comme un poids, loin de là. OMS est la concrétisation et le prolongement formel collectif de nos individualités conjuguées. Tout se passe de façon très naturelle, dans la continuité plus que dans le chaos. Avec le temps, nous vivons ce groupe comme une partie intégrante de nous-mêmes, au-delà des césures qui ont pu se produire en diverses périodes de notre histoire. Nous sommes effectivement d’éternels enfants et OMS est le jouet, notre jouet que nous tentons de perfectionner d’années en années pour tenter de le rendre aussi attrayant à nos oreilles et à nos yeux qu’à celles et ceux qui nous font la confiance d’adhérer à notre univers un peu particulier et sans l’intérêt desquels rien ne serait bien entendu possible. Pour tout introspectif qu’il soit, ce groupe est effectivement le défoulement jubilatoire ultime, dans la tristesse comme dans la joie. Jubilation de pouvoir mêler à nos compositions synth-pop-minimale les miaulements de notre chat, d’intégrer des dialogues de nos films ou livres-disques cultes, de faire cohabiter la musique vocale ancienne et les boîtes à rythmes, le sérieux, le mysticisme, l’ironie et la dérision. OMS nous offre la possibilité de mettre au propre le brouillon de nos délires. Aucun autre groupe ne nous permettrait autant de liberté formelle que celui-ci. C’est la raison principale pour laquelle nous y sommes tant attachés. Ce n’est donc pas le Mal nécessaire évoqué. Le style marqué du groupe est plutôt notre Bien collectif !

On sait d’ailleurs que pendant pas mal d’années OMS a exploré d’autres domaines musicaux dans d’autres projets. Pourtant, ces derniers temps, OMS semble privilégié. Le statut culte du groupe vous retient-il à lui ou n’agissez-vous qu’à l’envie ?
Franck Lopez : Nous avons abordé en marge ou lors des pauses d’OMS des styles assez variés, que ce soit ensemble (« O Quam Tristis… ») ou séparément (Thy Violent Vanities, 3 Cold Men…) Ces différents projets ont par moment cohabité dans l’espace temps mais il s’est avéré que depuis quelques années, le regain pour la minimal wave a relancé l’intérêt des milieux spécialisés pour Opéra Multi Steel et nous a donc motivés à réactiver le groupe de nos (presque) premières expériences musicales tant dans le domaine discographique que dans le domaine scénique. Comme il serait très difficile de vivre, ne serait-ce que pour des raisons de planning trois ou quatre projets à la fois, nous avons ces dernières années concentré notre énergie sur OMS qui demeure notre projet le plus atypique et le plus personnel . Ce n’est pas tant le statut de groupe culte -qui nous flatte autant qu’il nous fait sourire- qui constitue notre principal moteur mais bien l’intérêt extérieur que notre musique a suscité ces dernières années auprès d’un public qui l’a connue il y a longtemps et qui la redécouvre à la lumière des différentes rééditions ou de nos albums récents. Nous constatons également un fort intérêt de la part d’une autre partie du public qui n’a pas connu cette époque et qui nous confère ce statut de groupe « fossile vivant » dont nous nous amusons parfois. Nous sommes donc riches de la reconnaissance tardive de nos œuvres originelles et forts de la chance qui nous est donnée de pouvoir continuer à élaborer de nouveaux titres et albums, ensemble, au présent, après toutes ces années… Sans ce curieux retour des choses, des albums comme La Légende dorée, Mélancolie en prose ou Apparences de l’Invisible n’auraient jamais vu le jour. Cela n’a pas de prix.

OMS_03

A priori de l’écoute, on pourrait penser l’album assez sombre et nostalgique, mais pas tant que ça en définitive si l’on met de côté « Plus qu’imparfait du suggestif » ou « La voix des défunts ». Je le trouve même assez lumineux (une légèreté aérienne peut se ressentir à l’écoute d’ « Ad Nauseam » et « Circonstancielle Défiance »). Dans quel état d’esprit les morceaux ont-ils été composés ?
Patrick L. Robin : Comme de coutume nous avons joué l’alternance d’inspirations élévatrices et les profondes délectations moroses !
Et comme d’ habitude, les petits mots tirés du sachet ! Comme pour un déjeuner sur
l’herbe ! Mots magiquement finalisés en textes lors de sessions de collage avec des airs musicaux conçus de concert ! Il ne restait plus qu’à les rassembler, les habiller de mélodies, autour d’un squelette de rythmes et de basses bases et enfin de leur insuffler des sens d’interprétation secrets, semblables à des tapisseries gardées précieusement, jalousement , dans des maisons de familles, en des salons fermés !
Franck Lopez : Il y a je pense dans ces huit titres les différentes ambiances que nous aimons développer avec OMS. La sensation de tristesse et d’obscurité du propos général est compensée par la légèreté de certaines musiques plus up tempo. On passe ainsi d’une cold wave pesante (« Plus qu’Imparfait du Suggestif ») à des titres plus enlevés (« Ad nauseam ») sans que le propos général n’incline ni à la franche gaudriole ni au pessimisme le plus noir. D’aucuns ont même vu dans certains arrangements de quelques titres des réminiscences d’autres side-projects de membres du groupe tels qu’ « O Quam Tristis… » ou encore Thy Violent Vanities. Si l’on considère que nous n’avions pas utilisé depuis un certain temps les guitares acoustique ou le cromorne, cela est sans doute en partie vrai !

Les textes sont vraiment uniques. Avez-vous suivi un processus particulier quant à leur écriture ?
Patrick L. Robin : Uniques ? Oui, mais dans quel sens ? Car il est dur de vous dire par quelle procédure étrange ils ont été produits !
Automatiques ?  Plus vraisemblablement, car telles des graines semées dans les sillons, ces champs de cire noire, vinylique résine, ils hésitent entre Foi et Spiritualité  primitive, Analyse et douce rêverie ! Chemin tortueux en amont, et si vaste en aval ! Laissant la plus grande liberté de compréhension à nos auditeurs- lecteurs.
Pratiques ? Ils sont faits pour être chantés debout, les yeux par terre et le Cap en arrière , en une posture mélodramatique, en tendant les oreilles vers le Ciel , comme si nous  les avions entendus au départ comme émaner du firmament en mystérieuses voix : Jeanne d ‘ A. ? Sainte So ?
Psychiques ?  Ils prennent leur sens dans les apparences invisibles, pleins de puissance incroyablement extraordinaire d’une inspiration qui ne serait plus qu’émanation psychique de cerveaux dont la puissance permet alors la manifestation de phénomènes visibles ou non!

01816128

Circonstancielle Défiance évoque la transe et l’aboutissement de la perception de notre univers physique par nos cinq sens et qui de manière contradictoire nous poussent à ne pas vouloir ou pouvoir dépasser nos limites, et ainsi en ignorer l’existence du sixième (sens) .

Ad nauseam est l’évocation d’une tentative de sortie de certains rituels iconoclastes, lesquels, véhiculés par certaines adhérences religieuses, nous poussent à un dégoût certain d’offices et au rejet de tout attrait pour le spirituel !

Mirage fatidique exprime la Puissance illusoire de la prière, la force effective de la pensée.

L’Extrême Veille d’un Novembre imminent parle du danger de certaines sectes et de leur acharnement à exiger de nous un r i b qui devient le seul laissez-passer spirituel proposé !

L’Air du Verseau: Comprendre l ‘ère du Verseau avec toute l’accélération des mandats des rabbins, imams, moines tibétains ou autres popes et papes que rien n ‘ empêche ! Nihil obstat et tout cela loin du monde : extra omnes !

La Voix des Défunts : La « clair audience » est un phénomène tangible; loin d ‘ une hallucination, elle peut donner le désir de transcender et de ne considérer uniquement notre apparence physique comme un moyen transitoire de nous préparer à l ‘ Après ! Un peu comme au sortir de la chambre d ‘un Motel !!!

Plus qu’Imparfait du Suggestif
Un nouveau temps pour une nouvelle ère, un nouveau mode pour une nouvelle terre en sachant nous en extraire progressivement !

Infini sidéral évoque les écrits de Gabriel Delanne : « En présence d’une action physique exercée par une apparition, il ne viendrait à personne l ‘ idée de suspecter ou non sa réalité ! Alors, nous sommes en face d’un phénomène qui dépasse considérablement tout ce que l’on savait jusqu’ alors sur la nature et les pouvoirs de l’humain ! »

A nos esprits frères, ici ou ailleurs !

Image de prévisualisation YouTube
Be Sociable, Share!