Område – Interview (partie I / III)

10 Avr 15 Område – Interview (partie I / III)

Edari est le premier album studio de l’énigmatique projet expérimental Område, dont les intervenants se réfugient dans l’anonymat. La musique compte plus que ceux qui la font, vous voyez le genre ? L’exposé public d’Område se fait alors sous couvert de surnoms et pour Obsküre, les protagonistes principaux prennent le parti d’un détail explicatif à la hauteur du niveau d’énigme dont regorge leur produit sonore : une substance à rapprocher des échos d’une certaine avant-garde, et que www.obskuremag.net voit s’incarner, au hasard, en un Öxxö Xööx ou – à l’instar d’Område lui-même – en un Ulver ou un Manes (modèles parmi d’autres). Préparez-vous alors pour un trip : cet entretien se divise en trois parties.

PARTIE I / III

Obsküre Magazine : L’anonymat, à travers par exemple le fait de cacher les personnes des musiciens derrière des pseudonymes, est un phénomène marqueur, par exemple, d’une partie de la scène black metal. Cette option instaure un aléa : soit il en résulte la mise en valeur de ces musiciens à travers l’exergue de personnages fictifs, soit il débouche sur la mise en retrait totale des personnes au bénéfice de la seule œuvre : une manière comme une autre de pousser la création elle-même sur le front, phénomène qui dans les cas les plus « sacrificiels », a pu s’accompagner du refus des groupes d’assurer une promotion presse… ce qui a squizze toute caisse de résonance médiatique, pouvant bénéficier à l’œuvre. Pour vous, quelle nécessité se niche derrière le choix de l’anonymat ? Qu’est-ce qui le dicte ?
Arsenic :
Je dirai que chaque projet nécessite une analyse particulière. Pour Område, qui est un projet électro, métal, ambient, seule la musique est importante. C’est un projet atypique. Notre identité s’est construite avec les différents projets musicaux que nous avons eus et avons encore, certes, mais c’est au groupe de réfléchir aux individualités nécessaires à tel ou tel morceau, et qui permettront de le sublimer. Le public, lui, n’a rien à faire de tout cela. Il ne faut pas oublier que la musique est parfois un business, mais il faut garder à l’esprit que c’est surtout un divertissement. Les personnes qui sont derrière ne devraient avoir au final que peu d’importance pour le grand public. Seule la musique compte.
Bargnatt : L’anonymat est venu comme une évidence, un renforcement de notre musique. Celle-ci à un aspect très personnel et parfois « claustrophobique », par ses aspects noirs. Il n’y a rien de sacrificiel bien au contraire. Après analyse de pas mal d’autres groupes où l’on annonce de manière promotionnelle, qu’il y a « untel issu de tel projet » et « machin d’un autre », cela malgré tout oriente dans l’inconscient du public une idée de ce qu’il va écouter. Concernant Område et nos projets respectifs avec Arsenic, les gens se seraient sûrement totalement plantés si nous avions donné nos identités. Le fait également de ne pas donner nos noms est une volonté de revenir à l’essentiel : à savoir la musique proposée par Område. Nous comptons garder le plus longtemps possible l’anonymat, pour garder l’essence même de cet espace de liberté musicale fait sien par Område.

« Mótsögn » (video) :
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Qu’est-ce qui a généré Område en tant qu’espace d’expression ?
Arsenic :
En fait, c’est assez simple : Bargnatt et moi sommes potes depuis quelques années, on s’est tout simplement lancé un défi lors d’un apéro « et si on faisait un groupe ? »… Mais nous avons mis du temps à démarrer le projet pour de vrai, car les obligations liées à nos autres projets nous prenaient pas mal de temps. Ce qui est surprenant, c’est que Bargnatt et moi n’avons jamais fait ce genre de musique. C’était une grande première, on ne savait pas trop où aller, sauf Bargnatt qui voulait quelque chose d’assez sombre. Au final, l’album est un peu moins sombre que prévu mais traduit vraiment quelque chose de nos deux personnalités.
Bargnatt : Comme beaucoup d’idées de groupes, celle d’Område est venue lorsque avec Arsenic nous buvions quelques bières : nous écoutions de la musique et tombions souvent d’accord sur Ulver, Manes, God Is An Astronaut, Gazpacho et pas mal de groupes ambient tel que Syndrome par exemple, ou Treha Sektori. La mise en place est parfois longue pour un projet, il y a toujours un délai de réflexion important.

Comment avez-vous vécu, sur le strict plan du travail, le baptême du feu correspondant au travail sur Edari ? Y a-t-il en lui une phase initiatique pour vous en tant que collectif, et la fabrication de l’album a-t-elle présenté des difficultés particulières ? Ou à l’inverse, représente-t-elle une exploration de l’évidence ?
Arsenic :
Étant moins à l’aise que Bargnatt sur ce style de musique il a fallu m’imprégner de groupes comme Ulver pour capter les différentes ambiances. Au final, la composition a été assez fluide sans vraiment de trous noirs. Bargnatt s’est occupé de la partie « guests » car il avait une vision très précise des voix nécessaires à certains titres. Sur un plan musical, je crois que l’expérience a été un peu plus compliquée pour Bargnatt qui devait digérer certaines ambiances que je mettais en place (rires).
Bargnatt : Område est pour moi une concrétisation de pas mal de choses, on a mis beaucoup dans cet album. Comme le dit Arsenic, il y a eu des moments étonnants en studio, où certaines parties sous mixées aux pré-prods ressortaient et je faisais souvent une drôle de tête… mais c’est également un immense plaisir de voir un projet tel qu’Område voir le jour. La genèse et le baptême d’Edari ont été assez fluides sur pas mal de points : j’ai tout d’abord dû me re-familiariser avec la guitare, car ça faisait des années que je ne faisais que chanter dans des groupes. La composition a été somme toute très intuitive, car je composais des idées à la guitare, les envoyais à Arsenic ; il me renvoyait ses idées, je mettais du chant, il concoctait suite à cela des compléments de sons. Toute cela s’est fait de manière ludique et avec beaucoup de minutie, car notre volonté était de créer une identité propre dans Område, que ce soit aussi bien musical que visuel. J’aime bien ton expression « exploration de l’évidence », car ça n’a pas été le cas tout le long de la composition mais désormais quand on écoute Edari, c’est ce que l’on ressent.

(FIN PARTIE I)

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