Olen’K + Dorénavant-Cie : Ombres portées

27 Oct 11 Olen’K + Dorénavant-Cie : Ombres portées

En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #5 (septembre-octobre 2011), www.obskuremag.net publie ces extraits inédits de notre entretien avec Arlette Namiand et Jean-Paul Wenzel (Dorénavant-Cie) et le duo Olen’K (Elise Montastier-Costa et Manuel Costa), à l’occasion de leur travail commun sur la pièce Ombres Portées jouée à Paris à La Cartoucherie, et durant laquelle Olen’K, chaque soir, a rendu la bande originale en conditions live. Le groupe en profite pour dévoiler des petits pans de son avenir.

Quelle était la trame d’Ombres portées ?
Arlette Namiand : Les personnages ont ceci en commun qu’ils ont, à un moment de leur vie, transgressé une loi, une règle, un ordre, et ont pris la tangente en portant, en emportant le corps de l’autre. Soit un couple de mariés cherchant un lieu sacré pour leurs noces, un homme portant une femme en déshabillé sur un pont au milieu de la nuit, en plein vent, une fille portant son père à travers une forêt, jusqu’à cette femme qu’il a aimée, un soldat portant son ennemi sur les épaules…

Comment la scénographie s’est-elle bâtie ?
Jean-Paul Wenzel :
Il y a deux ans, j’ai mis le texte en chantier avec six acteurs, et j’ai pu en éprouver dès le premier passage au plateau, la puissance poétique, la beauté de ces figures portants/portés qui provoquaient une émotion, un vertige particulier, un « être là » puissant, une énigme aussi. D’où venaient-ils, qui étaient-ils, où allaient-ils ? Ce qui était frappant, et immédiatement théâtral, c’est ce paradoxe entre des situations parfois limites, conflictuelles, tragiques même, qu’exprimait l’écriture, et la tendresse, la sensualité, la force d’humanité de ces « portés », de ces corps imbriqués l’un dans l’autre… J’ai pensé que le plateau seul, dans son dispositif frontal habituel, ne donnerait pas suffisamment cette sensation de « traversée », de lieu de passage. J’ai donc expérimenté un dispositif bi-frontal, un espace qui décentre et prolonge le plateau, donnant ainsi à l’imaginaire des séquences, un champ plus ouvert.

Concernant la musique, l’idée d’une performance live tous les soirs comporte une part de risque. Qu’est-ce qui rend cette performance live indispensable à la performance, dans votre idée ?

Il n’y a pas de risque à la musique live sur un plateau… il n’y a que du vivant, de l’instant. Chaque représentation est unique. L’osmose, la conversation entre les mots, les acteurs et la musique est à recréer chaque soir.
Élise Montastier-Costa : C’est un travail très différent que nous avons abordé, tellement passionnant, en peu stressant c’est vrai, car il y a de véritables enjeux. Nous avons intégré toute une équipe ; c’est un cadeau extraordinaire qu’ils nous ont fait !
Concernant le « temps » de création, il a été surtout intense : cinq semaines de répétitions non-stop pour Manuel, tous les week-ends pour moi… J’ai dû vite m’adapter afin de tout assimiler et apporter mes idées. Ne pas vivre le processus ensemble du début à la fin nous a semblé le plus difficile…
Manuel Costa : … mais notre ingénieur du son, Christophe Maraud, m’a accompagné les quinze premiers jours. Il travaille beaucoup pour le théâtre et surtout, il sait très bien me donner les impulsions nécessaires, des pistes… Nous nous connaissons bien et notre collaboration a toujours été très constructive.

Comptez-vous sortir cette musique sous une forme autonome, si la Compagnie de Wenzel / Namiand et vous, vous vous mettez d’accord sur cela ?
Pour l’instant, la question ne se pose pas mais on y a effectivement songé. Pour moi, sortir la musique sans la pièce dans son ensemble reste tout de même réducteur : comme une œuvre tronquée, dont on ne percevrait qu’une partie.

Vous semblez révolutionner votre approche studio en enregistrant les titres un par un désormais, et en les sortant en digital. Preuve numéro un à la rentrée de septembre dernier avec le morceau « Inside », rendu disponible via le site web officiel. Comment est né ce titre ? Son inflexion plus synth-pop laisse-t-elle augurer de la suite ? Quels sont les titres en chantier ?
Élise :
Il est vrai que pour 7.1 (N.D.L.R. : le dernier double opus), on avait depuis longtemps l’envie de travailler à un véritable album, de raconter des histoires indissociables les unes des autres, complémentaires, un album qui s’écoute dans sa globalité, que l’auditeur se doit d’apprivoiser, sans compromis. Cela nous a pris deux années…. À ce jour, plusieurs morceaux sont en chantier, mais surtout, on avait envie d’autre chose, de spontanéité, de se faire plaisir, de s’amuser avec nos idées, nos influences, d’où certainement cet aspect plus pop des futurs titres. Cela est maintenant possible parce que $7.1$ nous a permis d’exorciser pas mas mal de vieux démons.
Manuel : En parallèle à 7.1, on avait déjà amorcé cette tendance mais c’est une voie qu’à l’époque nous avions volontairement mise de côté. Le moment est donc venu de réemprunter cette voie. « Inside » est à mon sens un morceau efficace, dans la lignée des bons vieux tubes de New Order ou Depeche Mode dans les 80’s. Sur 7.1, on n’a pas vraiment flatté les mélodies, du coup on part vraiment sur la démarche inverse, plus proche des albums antérieurs… ce qui demande une appréhension différente des arrangements, née aussi de l’envie de collaborer à nouveau avec d’autres musiciens.

Présenter du single en digital, est-ce plus ou moins la mort du format album pour vous ?

Sortir des titres en digital nous permettra d’avoir une actualité régulière, et puis le CD se vend de moins en moins. De plus, cette forme correspond vraiment à ce type de morceau, mais on n’exclut pas de sortir quelques titres sur un support physique… peut-être pas le CD mais pourquoi pas le vinyle ?

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