Oil10 + UB°K = Bakibal

14 Jan 18 Oil10 + UB°K = Bakibal

Paysages oniriques, groupe éthnique fantasmé, percussions et sonorités organiques, renfort électronique pour des pulsations et des lignes mélodiques, chant de gorge ou diphonique. Bakibal a un nom qui claque au vent, comme le ferait la toile d’entrée d’une yourte mal refermée. Fumée dense, exil moderne ; cette envolée en duo se charge de références pour les deux passionnés musicologues et musiciens que sont Gilles d’Oil 10 et Utelo d’UB°K. Les nuages d’un ciel immense s’entrouvrent le temps de deux morceaux préfigurant l’album à venir (« Lneganpsa », « O Giblan Abakibal ») et d’une reprise du « Ulysses » de Dead Can Dance.

Obsküre : D’où vient ce nom, Bakibal ? Plusieurs références existent, mais j’ai l’impression que c’est avant tout une affaire de sonorité, non ?

Gilles Rossire : Pour moi c’est en effet avant tout une question de sonorité car j’ai souhaité ne pas connaître la signification précise des textes d’Utelo. Bakibal est un mot que j’aime prononcer, un mot qui claque comme une percussion et qui invite au voyage.

Utelo : De mon côté ce n’est pas uniquement l’aspect sonore qui a joué. Nos chants sont en Mneluin, une langue qui appartient au monde dont ils parlent. Bakibal est le premier mot de cette langue que j’ai entendu clairement, son origine. Lorsque la question du nom du projet s’est posée il était évident pour nous deux qu’il fallait un terme Mneluin facile à identifier. Du coup le hasard a bien fait les choses : pour des raisons différentes, le nom Bakibal est devenu pour nous une évidence.

Obsküre : De quand date votre rencontre ?

U : Il y a eu plusieurs rencontres en fait. La première, la virtuelle, date de Myspace. C’est dire si ça fait loin ! Le fan d’Oil 10 que j’étais avait voulu tester sa chance en écrivant à l’homme derrière la machine, et suite à cela nous avons gardé ce lien via les réseaux sociaux. Quelques années plus tard, nous nous sommes rencontrés physiquement lors de la vente d’un bric-à-brac d’objets dont je me séparais. Puis il y a eu la rencontre artistique ; UB°K commençait à exister, j’ai invité Gilles à un de nos concerts et c’est suite à cela qu’il m’a proposé de faire des essais. S’il faut une date : c’était le 3 Octobre 2013 !

G : C’est précis ! De mon côté j’ajouterai que j’ai été intrigué par une vidéo dans laquelle Utelo s’était enregistré en train de chanter sur un film de lui-même jouant de la guimbarde pour arranger un morceau à lui tout seul. Jusqu’ici je le voyais sur des thèmes très acoustiques, d’inspirations médiévales ou ethniques ; or je découvrais là quelqu’un qui pouvait bidouiller quelque chose pour obtenir un résultat un peu décalé mais pertinent, amusant aussi, bref : une ouverture d’esprit qui m’a immédiatement séduit. C’est à ce moment-là que l’idée d’une collaboration s’est formée dans mon esprit. Si je n’avais vu son travail que dans le contexte d’un concert traditionnel, je n’aurais probablement pas proposé cette aventure électronique à Utelo.

Obsküre : Vous fonctionnez comme un duo et on a peine à dire si c’est la suite d’Oil 10 (les nappes synthétiques, la modernité et la noirceur) ou le prolongement d’UB°K (voix qui porte, grâce des percussions et large éventail d’instruments traditionnels) : c’est une véritable symbiose que vous vivez ?

U : Si par symbiose tu veux dire que nous sommes très différents mais que nous marchons ensemble et à notre rythme dans la même direction, oui c’est tout à fait ça ! Pour moi Bakibal est beaucoup plus intime qu’ UB°K car il relate des histoires qui me suivent depuis des années. C’est une sorte de voyage intérieur, une mise en abîme, là où UB°K veut embrasser l’horizon du monde extérieur. Pour moi il n’y a pas de lien entre les deux projets.

G : Bakibal n’est pas une suite d’Oil 10 tout simplement parce que composer des chansons ou des instrumentaux sont deux approches très différentes, bien plus que je ne l’imaginais. Je rêvais de créer un projet chanté depuis bien avant Oil 10, mais le moment venu il a fallu remettre en question pas mal d’habitudes et revoir ma manière de composer. C’était un peu le but aussi, donc je suis ravi ! Après, je n’ai pas changé de cerveau entre les deux projets et il y a nécessairement des recoupements, il serait absurde de les nier. Nos expériences respectives sont des atouts qui nous permettent de construire ce projet un peu fou. En fait, je crois que nous avons une chance extraordinaire : avoir des goûts communs qui forment un socle solide pour se retrouver mais qui constituent aussi une passerelle pour s’aventurer dans les univers radicalement différents de chacun.

Obsküre : La création du projet ne peut se faire sans la construction par des mots d’un univers cohérent. Comment composez-vous ces données contextuelles ?

U : Tous les textes sont en rapport avec les Mneluins et le monde dans lequel ils vivent ; chaque morceau est comme une pièce de puzzle ethnologique qui nous donne un aperçu de ce monde au travers de leurs rites, de leurs croyances, de leur vie quotidienne, le tout dans leur langue d’origine. La majorité des chants relate une part de leur mythe fondateur, qui met en scène l’Arbre Kadou, leur esprit tutélaire, et un jeune homme qui sert de relais entre cet esprit et les Mneluins. Je ne fais qu’écrire ce que racontent ces histoires, telles que je les perçois.

G : Utelo m’a proposé son univers onirique et l’idée m’a immédiatement emballé. Mais j’ai rapidement choisi de ne pas en savoir trop car je ne voulais pas tomber dans le travers de l’illustration musicale d’un texte. Il nous fallait trouver un espace commun, cohérent mais mystérieux aussi, une sorte de zone fantôme qui nous permettrait de développer au maximum nos appétits créatifs tout en se surprenant l’un l’autre. Partir sur une histoire rigoureuse à mettre en musique constituait un piège. Trop facile, trop formaté. Je voulais vraiment rester dans ce contexte onirique de départ, où tout peut arriver pour nous aussi..

Obsküre : Du Dead Can Dance en première reprise, ça donne une ouverture vers de multiples possibles. Qu’est-ce que ce groupe a représenté pour chacun de vous deux ?

G : J’ai réellement découvert et apprécié DCD à la sortie de Within the Realm of a Dying Sun [NDLR : sorti en 1987]. C’était un choc énorme, une surprise, la découverte d’un univers, d’un son qui semblait pour la première fois réunir tout ce que j’aimais dans la musique pop/rock/electro (pour faire très large). Un chant exceptionnel, tant Perry que Gerrard, une dramaturgie gothique jamais kitsch, une ampleur rare dans la compo et des arrangements bouleversants qui n’hésitent pas à aller jusqu’au bout d’une inspiration sans faille. Leur parcours également est riche d’explorations, de tentatives foisonnantes sans craindre jamais de perdre leur identité. Le choix de cette reprise est arrivé un peu par hasard pendant une session de travail avec Utelo et sa réalisation a été très fluide pour lui comme pour moi. Une parfaite illustration de ce qui nous rassemble.

U : Dead Can Dance a été une ouverture sur le monde de la musique (gothique, mais pas uniquement) lorsque j’étais adolescent, et je me souviens encore de mon étonnement en découvrant les différences d’ambiances portées par les albums que j’ai pu écouter alors chez mon frère : je me disais : « Mais il va où ce groupe ? », je ne comprenais pas. Et en même temps, je ne pouvais pas rejeter cette musique qui me fascinait, qui me faisait écouter des sonorités de musique médiévale avant même que je ne sache que ça existe. Quant aux voix… soyons honnêtes, j’ai une grande sensibilité pour les voix de femmes qui montent haut. La voix de Brendan Perry ne m’avait pas marqué alors, mais j’ai pu l’apprécier depuis et lorsque Gilles m’a proposé ce morceau j’étais fou d’enthousiasme !

Obsküre : Lorsqu’on lit vos intentions, on constate que Bakibal ne pourra pas s’étoffer comme un groupe traditionnel. Quels types de scènes entrevoyez-vous ? Des rencontres et des partages nouveaux vont sans doute émerger. Le projet se nourrit-il de ces explorations possibles ?

U : Bakibal évolue selon son propre tempo et nous avec, les yeux grand ouverts sur ses potentialités. Il l’a déjà fait suite à nos rencontres créatives avec Christopher Mark Perez, Julien Gueudry, Marc Delain et Erik Wietzel, il le fera encore à l’avenir, c’est certain ! Pour ce qui est des scènes, nous cherchons encore le meilleur moyen de transmettre notre univers. Nous ne serons pas le premier duo électro-chant mais au-delà de la musique, nous avons tout un monde esthétique à déployer.

G : Oui, dès le départ Bakibal n’est vraiment pas un projet très conventionnel et on continue en travaillant au gré de notre inspiration, de nos envies… Maintenant que le premier album est bouclé, on souhaite lui offrir une publication à la hauteur de notre enthousiasme ! D’autres chantiers sont en route, de nouvelles rencontres aussi… Une belle année se profile. Nous ne sommes pas pressés et, surtout, nous sommes libres !

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Soundcloud

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Photos de Bakibal (le cri par Gilles Rossire / creepy par Gilles Rossire)

Logo dessiné par Utelo ; artwork : Gilles Rossire

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