Odile Decq

27 Mai 11 Odile Decq

Odile Decq est non seulement une architecte internationalement respectée, mais c’est aussi une personne généreuse, qui nous a accordé près d’une heure d’entretien, malgré son emploi du temps surchargé, pour le numéro 4 d’Obsküre. Voici la suite de cet entretien.

 

ObsküreMag : Vous avez grandi dans une famille nombreuse en Bretagne. La musique y était-elle importante ?

Odile : Pas vraiment. On écoutait des disques mais c’est tout. Il n’y avait aucun musicien dans la famille !

Quel a été dans ces années de jeunesse le premier grand choc musical ?

J’ai été adolescente dans les années 60. J’avais des amis qui écoutaient Salut les Copains, et c’est par Salut les Copains que j’ai eu accès à autre chose que l’univers de mes parents.

Est-ce que vous vous démarquiez déjà par votre aspect et le choix du noir ?

Le choix du noir est venu plus tard. J’étais plutôt garçon manqué à cette époque là, à vouloir avoir les cheveux très courts et à considérer que je devais être un garçon dans une autre vie.

L’architecture vous intéressait-elle déjà ?

Il y avait un début d’envie de métier dans ce domaine là. Pas forcément l’architecture parce qu’à cette époque là il y avait très peu de jeunes architectes. En plus de cela, je n’étais pas une scientifique. Je pensais, comme beaucoup de gens, qu’il fallait faire un bac scientifique pour pouvoir faire de l’architecture, et que ce n’était pas un métier pour les filles. Comme j’étais très turbulente, mes parents ne voulaient pas que j’aille faire mes études à Paris, j’ai donc commencé à faire mes études à Rennes. J’étais donc beaucoup plus limitée et je n’ai pas pensé de suite que je pouvais faire architecture, ça faisait partie des choses que j’avais dans la tête. C’est en rencontrant les étudiants de l’école d’architecture de Rennes, au moment de mes études en histoire de l’art, que j’ai découvert que je pouvais passer en architecture. Et j’y suis allée.

A cette époque, y avait-il des architectes ou des artistes contemporains qui vous attiraient ?

J’ai toujours été attirée par l’art et l’art contemporain. J’ai eu la chance d’avoir un professeur de dessin quand j’étais au lycée qui avait vu que je n’étais pas mauvaise en dessin et que j’avais un petit talent. On était quelques filles à être comme ça et il a décidé de nous donner, en dehors des horaires normaux de l’école, des cours particuliers. Il nous a initié à l’art contemporain, à l’urbanisme, à l’architecture. Il nous faisait des petites conférences et en plus il nous faisait un atelier de peinture. C’était un domaine où je me sentais bien.

Quand avez-vous commencé vos études en architecture ?

En 1972 ou 73, quelque chose comme ça.

Vous vous souvenez d’un premier concert marquant ?

J’ai fait ça plutôt sur le tard. Après avoir fait deux ans à Rennes, je suis montée à Paris. Il fallait que je vive par mes propres moyens, donc je travaillais dans un cabinet d’architectes. Je faisais, en plus des études, des petits chantiers et j’avais du mal à vivre avec tout ça. J’avoue que je n’avais pas le temps de sortir et de faire quelque chose. Un jour, des amis m’ont tout de même amené voir Lou Reed au Zénith ou à la Villette et je me souviens que c’était impressionnant. C’était un des premiers grands concerts où je suis allée. Le deuxième ce devait être le tout premier concert de Téléphone à l’Olympia en première partie de Television. C’était une correspondance de noms assez bizarre.

Dans les années 80, vous décrochez vos premiers grands contrats, et par les séminaires auxquels vous participiez en Grande-Bretagne, en parallèle à vos sorties nocturnes à Londres, vous commencez à élaborer un discours et une vision personnelle de l’architecture.

A ce moment là, on a commencé à reconstruire un discours pour comprendre pourquoi on nous qualifiait de « baroque » et qu’est-ce que cette multi focale et ce multi angle signifiaient. On l’a expliqué par rapport au cinéma, au montage, au fait de la narration qui n’est pas linéaire mais qui se reconstruit à la fin. On a échafaudé tout un discours pour faire comprendre lors de conférences notre point de vue.

Vous parliez d’hyper tension.

Oui, ça va avec. C’est ce qui permet de dilater l’espace, de compresser l’espace et qui permet en même temps de faire bouger le corps dans l’espace parce que dans la forme spatiale, on met le corps en mouvement. On s’est rendu compte que c’était un discours décalé par rapport à tout ce que disaient les architectes en France. On était complètement à côté. On n’a certainement pas été aussi vite que d’autres qui ont suivi une ligne plus facile. Mais je ne le regrette pas du tout, car on s’est construit un espace de liberté formidable, qui fait que même maintenant, vu que je me retrouve seule, Benoît étant décédé en 1998, ça m’a renforcé dans cette nécessité d’être libre. J’ai payé un prix pour cette liberté parce que la liberté c’est toujours cher. Quand je me suis retrouvée toute seule, j’ai entendu trop souvent des architectes dirent autour de moi : « Ce serait bien si on peut t’aider ». Tout le monde pensait que je n’allais pas m’en sortir alors que je savais comment m’en sortir. J’ai dit « FUCK YOU », continuons à partir à l’étranger, et trois ans après j’ai obtenu l’extension du Musée d’Art contemporain à Rome en 2001. Pendant deux, trois ans, j’ai fait des petites choses mais je n’arrivais pas à être retenue. On était assez batailleurs pour affronter les choses en face. Quand on voulait nous imposer quelque chose, on disait « NON » et on s’en allait. On disait ce qu’on pensait directement et c’était parfois mal pris. Quand on n’a pas peur de dire ce qu’on pense, et d’affirmer qu’on est différents, les personnes en face de vous sont parfois mal à l’aise. Dans le milieu des affaires, car l’architecture côtoie le milieu des affaires, ce n’est pas l’habitude.

Donc le détour par l’étranger vous a aidé à être acceptée en France. Êtes-vous réellement acceptée ici ?

Depuis un an et demi, je me dis que peut-être. Mon nom commence à être connu.

Et la place de la musique aujourd’hui dans votre vie ?

C’est vrai que je vis dans la musique en permanence. Pas à l’agence, parce que je ne veux pas embêter tout le monde avec ça, mais dès que je suis dans ma voiture ou chez moi, je mets dans la musique.

Quels artistes ?

Bizarrement, j’écoute à peu près tout sauf le rap et le jazz. Le rap, je n’y arrive pas, et le jazz, je ne comprends pas. Il peut m’arriver encore de passer à la Fnac et Virgin, d’entendre les disques et demander qu’est-ce que c’est et d’acheter. C’est comme cela que j’ai découvert le hard rock norvégien il n’y a pas si longtemps. J’ai été fasciné par cette musique. Un jour, je suis allée à Oslo faire une conférence, j’ai trouvé LE magasin de disques d’Oslo et j’ai rapporté une dizaine de disques.

On a parlé du noir, de la musique gothique, mais il y a aussi la lumière. J’ai l’impression qu’à travers le verre, vous jouez avec elle.

Elle n’est pas comme dans les rues de Paris, c’est sûr ! J’aime que la lumière danse. Je n’aime pas la lumière à Paris car c’est un gros cake plat tranché avec des coups de couteau. La rue d’un bout à l’autre est la même et la lumière est la même d’un bout à l’autre. Vous allez à Rome ou à New York, du fait de la variation des hauteurs, des manques de la ville ou des choses comme cela, la lumière danse dans la rue. Elle est variée. Vous vous repérez non pas avec la lumière, vous changez de côté sans arrêt. A Paris, vous marchez toujours sur le même trottoir pour être à l’ombre du soleil. Dans les villes où la lumière danse, c’est plus varié, plus animé, plus dynamique. J’aime ça et c’est ce que j’essaie de faire à travers ma manière de jouer avec la lumière dans les bâtiments.

Ce jeu avec la lumière me fait penser aux effets de réverbérations, de chorus, de delay, en musique. Vous aimez aussi tendre des câbles, les formes tendues et droites.

Il y a un geste traditionnel dans l’agence. Ce sont les courbes tendues, elles ne sont jamais rondes.

Malgré le côté tendu des lignes, je ne peux m’empêcher de rapprocher votre architecture à un corps, car dans votre manière de modéliser l’espace et les vides, il semble que vous partez du cœur et qu’ensuite les artères se mettent en place.

Ah bon ? En général, on part des nécessités du programme, et ensuite on imagine comment on va faire vivre la chose à l’intérieur, effectivement. Petit à petit, cela construit une forme, qui est parfois redessinée ou laissée telle qu’elle est arrivée, tout dépend à quoi on a abouti. Relativement récemment, j’ai commencé à travailler sur la rénovation d’une maison-bulle en France. Une maison construite sur le modèle d’une bulle, comme le Palais Bulle de Pierre Cardin. Je travaille sur la maison qui a été construite avant celle de Pierre Cardin, par le même architecte. Les héritiers m’ont demandé de les aider à la rénover. Je me suis rendu compte qu’on vivait très bien dans ces bulles, notamment quand je vais dormir là-bas pour travailler dans la maison, c’est vraiment très agréable. Je me suis dit que j’allais essayer moi aussi de faire des bulles. Dans notre agence, les bulles ne sont pas rondes, elles sont oblongues, un peu comme des gouttes, comme des galets, ce qui est encore plus compliqué à construire. On essaie de travailler à nouveau avec des formes qui donnent l’impression d’être plus organiques, plus proche du corps. Actuellement, on est en train de finir le chantier du restaurant qui va s’installer dans l’Opéra Garnier et ce ne sont que des formes rondes !

J’ai noté un terminal maritime au Maroc où il y a une forme véritablement aquatique et une forme en tipi en Chine qui ont retenu mon attention car ce sont des bâtiments très étranges, on dirait presque des créatures de l’espace.

Pour le projet en Chine, on m’a donné comme terrain un bassin, un gigantesque terrain et on m’a dit : « Vous allez construire un centre d’information. » Mais il fallait construire plus de surface que la surface de cette mare. Comme c’est un effet signal, c’est un pavillon d’entrée – j’avais déjà travaillé sur des pavillons pour des expositions d’art, et j’avais dans la tête qu’un pavillon c’est quelque chose qui s’ouvre, mais en même temps c’est un endroit dans lequel on vient – cela s’est dessiné comme une espèce de tipi car c’est ça qui permettait de mettre tout dedans, avec les structures qui sortaient et qui allaient pointer vers le ciel, avec des lasers dedans. C’est incroyable. C’est effectivement assez atypique dans mon travail mais ça fonctionne bien et ils en sont contents.

Le terminal passager, c’était l’idée de travailler sur un bâtiment qui évoquait la forme de quelque chose qui était encore accroché aux rochers mais qui déjà commençait à partir vers la mer puisque c’est un terminal passager pour embarquer ou pour arriver. La forme exacte est le résultat d’un travail très précis sur les flux passagers avec des gens qui savent calculer cela, et comment les flux d’un grand groupe à un moment passent dans des systèmes très serrés qui sont des systèmes de contrôle. Après, cela circule, chemine et se re-dilate. C’est le tracé des flux qui a donné cette forme là. En même temps, ça évoque l’idée d’un animal marin attaché au rivage et qui envoie ses tentacules vers la mer pour aller au-delà.

Un artiste comme Richard Serra vous a aussi beaucoup influencé ?

Oui, ça a été une inspiration au tout début, sur l’idée de la tension, de la compression, de l’espace qui se dilate. Quand vous passez entre deux feuilles de métal et qu’elles sont disposées d’une certaine façon qui fait que vous avez l’impression que l’espace se resserre puis se re-dilate. Ça c’était Clara-Clara qui était installé aux Tuileries. Quand je suis allée à New York et que j’ai vu les Torqued Ellipse qui sont des feuilles de métal un peu coniques et qui sont décalées les unes par rapport aux autres. Vous passez là dedans et vous avez un sentiment de puissance et en même temps de parcours infini. Fabriquer cela avec un espace pour un usage et pas seulement pour une œuvre d’art, c’est fantastique.

Il y a aussi une dimension philosophique quand on est confronté à ces explosions de lumière de lumière quand on ressort. On s’y sent à la fois fort et vulnérable. Est-ce que l’architecture c’est aussi une pensée qui nourrit la vie au-delà d’être un travail.

Quand on fait de l’architecture, on pense d’abord aux hommes. Ce n’est pas une forme faite pour soi, contrairement au travail d’un artiste qui construit quelque chose. J’ai besoin d’avoir une demande, puis j’essaie de la formuler afin qu’elle soit appropriée à son usage, qu’elle soit bien placée là où elle est même si elle fabrique du contraste et pas forcément du mimétisme. En même temps, elle est là pour faire en sorte qu’on soit bien dedans. Cela me semble fondamental. Ce n’est pas fait pour rendre malade. A ce propos, quand on a inauguré le Musée d’Art contemporain de Rome, j’étais absolument touchée par les premières personnes qui ont commencé à me dire : « Merci pour nous les Romains ». Des gens que je ne connaissais pas. Ça m’a donné des frissons. Et moi qui me posais la question à quoi ça sert que je fasse de l’architecture, à qui ça sert. Et là, je me suis dit que c’était pour eux. C’est presque de l’humanisme. Ce n’est pas égoïste, ce n’est pas égotiste, j’espère que ce n’est pas cynique. C’est sincère même si cela passe toujours par des négociations (un site, un budget, une économie, une loi) mais toujours en essayant de pousser plus loin. Quand on me dit ce n’est pas possible, je réponds qu’il faut chercher pour savoir comment le rendre possible. Rien n’est jamais impossible, c’est la devise ici. Quand je vais sur les chantiers, je dis aux ouvriers : « Vous serez fiers de l’avoir fait ! » quand ils pensent que c’est impossible. Je déteste qu’on me dise « Non ».

En parlant des réactions des gens quant à votre travail, est-ce que votre apparence a aussi suscité des réactions inattendues ?

Depuis le temps que je suis comme ça, j’ai vu passer par cycle des périodes où les gens dans la rue parfois s’arrêtaient et me disaient : « C’est bien, c’est beau ». Puis des périodes où les gens disaient : « C’est quoi ? C’est dégueulasse ». Après, il y a eu des gens qui disaient : « C’est intéressant ». Je voyais l’évolution de l’ouverture d’esprit des populations par les réactions que je suscitais dans la rue. Dans le métier, j’oublie souvent que j’ai une apparence différente. Pour moi, je suis normale, même si je me suis rendue compte après coup que les gens se souvenaient de moi grâce à ça. Au début, ça m’a joué des tours car les gens avaient très peur. Je me souviens la première fois que je suis passée à la télé en 1986. Le lendemain, j’avais une manifestation d’architectes au ministère et il y a des gars un peu réacs qui ont dit : « Tu te rends compte, y a même des punks qui font de l’architecture ! » Il y a encore des magazines aujourd’hui qui m’exaspèrent. Il y avait une photo de Rome dans le dernier Geo et ça disait « dessiné par une punk ». C’est fatiguant à la longue. En même temps j’ai fini par en faire une philosophie de vie, que si on ne m’accepte pas comme je suis en me regardant, c’est que quelque part on n’acceptera pas mon architecture. Donc si quelqu’un ne veut pas parler avec moi à cause de mon look, tant mieux, je n’aurais pas à batailler avec lui. Ceux qui acceptent comprendront sûrement mieux quand j’expliquerais certaines choses. Je me dis que finalement ça peut être positif aussi.

Y a-t-il eu d’autres artistes dont les performances scéniques vous ont impressionnée ?

J’ai suivi Siouxsie pendant un certain temps. Je l’ai vue plusieurs fois sur scène, à Londres, à Paris. Les Cramps m’avaient beaucoup impressionnée à l’Odéon à Londres. Les Ramones, bien sûr. J’ai vu pas mal de groupes, parce j’allais avec Stiv Bators dans plein d’endroits. Je me souviens d’un festival à Carantec, c’était avant les Vieilles Charrues. Je me souviens qu’il y avait les Pogues, les Lords, les Ramones et Motorhead. Ce gars était génial. On sortait de l’agence, on fonçait au bout de la Bretagne, on se trouvait dans ce genre d’ambiance, on prenait un petit déjeuner et on repartait au petit matin pour être à l’heure au boulot. C’était notre vie dans les années 80/90

Si on vous demandait de vous inclure dans une tradition artistique ou architecturelle, laquelle choisiriez vous ?

C’est dur. Récemment, une galerie m’a demandé de lui faire la scénographie de son stand. Les artistes qu’ils avaient étaient des abstraits géométriques (Véra Molnar, François Morellet, Norman Dilworth). On a proposé de faire comme si on avait jeté des dés sur le stand et de travailler avec du noir et du blanc uniquement, et de faire la réserve comme une mise en scène au centre du stand, comme un cube noir réglé sur un système géométrique comme ces artistes travaillent sur le nombre et la géométrie. Puis faire un autre cube pour le bureau. Des cubes noirs qui créent un effet incroyable avec les jeux de contrastes à tel point que les gens disaient si j’achète un Morellet, je vais peindre mon mur en noir, ça rend bien.

En ce moment, vous travaillez sur quoi ?

Je finis le restaurant de l’Opéra. Je finis également le FRAC en Bretagne, à Rennes. J’ai aussi un chantier qui va se tenir l’année prochaine sur un siège social sur la confluence à Lyon. Beaucoup de projets en France bizarrement ! J’ai commencé à faire aussi ce que l’on appelle des livres d’artistes. Un éditeur d’art me tourne autour depuis un moment. Il voulait faire un livre sur le Musée de Rome. Un jour, j’ai dit : « OK, je vais faire un livre d’artiste sur un musée ». On a fait une boite, dans laquelle on a mis des planches qu’on a dessinées et rendues abstraites pour exprimer les différents concepts du musée. Cela fabrique un objet et non pas un livre. Ça m’a plu et on est en train d’en fabriquer un autre pour l’Opéra. On va développer un objet en porcelaine qui n’est pas un objet utilitaire mais un morceau du projet. Ça m’intéresse de plus en plus de passer dans l’art contemporain. J’ai fait de l’installation déjà plusieurs fois, à tel point que même la galerie qui est à côté d’ici…

Avec la façade noire !

La première fois où il a ouvert cet espace, il m’a dit de m’installer dedans et on a fait une pièce. En septembre prochain, il m’a demandé de m’installer à nouveau dans la galerie. Je suis en train de réfléchir à ce que je pourrais mettre qui ne soit pas de l’architecture mais qui en même temps parle de ce que je fais. Parallèlement, je refais à nouveau de l’urbanisme, des études urbaines pour certaines villes françaises.

Ça va un peu à l’encontre de l’idée qu’en France aujourd’hui on ne peut plus rien faire.

Ce n’est pas vrai. On fait ce que l’on a envie de faire.

Je pensais aux logements sociaux.

Ça c’est compliqué, depuis le temps que j’en fais, c’est devenu de pire en pire car c’est devenu un produit. En ce moment, j’en fais à Lille où j’ai gagné un concours. Je me sens totalement contrainte et je n’ai pas un millimètre de marge de manœuvre. Ça m’exaspère au plus haut point. Je n’ai pas le choix, il faut que j’aille jusqu’au bout. C’est la complexité du métier aujourd’hui. La surenchère des normes et des contraintes fait que les architectes la plupart du temps baissent les bras

Vous avez aussi un point commun avec quelqu’un comme Jodorowsky. Vous mettez sur votre site vos projets qui n’ont pas aboutis, tout comme Jodo considérait être allé au bout de son projet Dune.

Oui, car pour moi c’est de la recherche. C’est de la nourriture. Toutes les maquettes d’études sont ici. Certains, je suis déçue qu’ils ne soient pas construits, je les considère même mieux que ce que je construis. Il est indispensable de les montrer. Il faudrait que je fasse un livre parce que c’est incroyable la diversité des choses que j’ai pu faire depuis cinq ans.

A côté de ça, je suis aussi directeur d’une école d’architecture dans une partie de ma semaine et cela m’occupe aussi à plein temps. Là bas il y a un prof qui enseigne la sécurité incendie. Un jour, j’ai découvert que malgré son col blanc et sa cravate, c’était un punk et il va à tous les concerts des Stranglers. Il est parti à Newcastle le mois dernier pour les voir. A chaque fois maintenant, on s’envoie des renseignements : tu sais qu’il y a tel groupe qui passe. C’est très drôle.

www.odbc-paris.com

 

 

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