November Növelet – Interview Bonus Obsküre Magazine # 27

31 Jan 16 November Növelet – Interview Bonus Obsküre Magazine # 27

Supplément de notre entretien avec Mr et Mrs Arafna autour du troisième album du projet November Növelet, The World in Devotion.

ObsküreMag : Au début, quand November Növelet fut créé en 1994 pour le EP More Satanic Heroes, il semblait être plus un side-project de Haus Arafna qui rassemblait des morceaux qui ne pouvaient correspondre au style de HA. Au final, les deux projets ont évolué en parallèle. Y donnez-vous autant d’importance qu’à HA?
Mr & Mrs Arafna : Oui, nous donnons à NN autant d’importance qu’à NN. « Side project » est un terme inapproprié. Une conception sonore claire a évolué très tôt et presque automatiquement pour NN. Il est facile et relativement rapide de créer des chansons à l’intérieur de ce cadre, du moins jusqu’à aujourd’hui. Nous ne faisons pas de la musique pour HA et faisons après un rangement pour les morceaux qui sonnent accidentellement comme du NN. C’est toujours une démarche autonome. Nous ne nous rappelons pas si c’était différent à nos débuts. Peut-être juste au moment où NN est né.

Quant à votre passion pour les vieux synthés?
Les vieux claviers ont leur propre caractère, un son typique et ils sont très beaux. Les boutons et les contrôleurs servent à une manipulation pratique et intuitive, bien mieux qu’en glissant dans des sous menus – mais aujourd’hui un synthé n’a plus besoin d’être vieux.

Quels furent les premiers synthés sur lesquels vous avez faits de la musique? Restez-vous fidèles à un équipement minimal et votre matériel s’est-il bien étoffé depuis vos débuts?
Le premier fut un Yamaha CX5M, un ordinateur musical du milieu des années 80 avec le trait distinctif d’afficher son architecture de synthèse (FM) sur un écran de contrôle connecté. Le Yamaha date d’avant Haus Arafna/November Növelet et ne fut jamais utilisé sur un disque. Nous n’achetons que le matériel que nous souhaitons vraiment utiliser et le plus longtemps possible. C’est pourquoi notre équipement n’est ni minimal ni exorbitant. Nous n’avons pas une nature de collectionneurs. Il y a certainement un risque à se lancer à une chasse au trésor et à amasser beaucoup, en particulier si on est accro aux choses vintages qui sont belles, sonnent bien et qui stimulent la manie des collectionneurs, qu’importe si tu n’as pas la place chez toi ou que tu n’en aies pas besoin dans ta musique non plus.

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Au début, vous avez travaillé également avec des cassettes et des enregistreurs à bandes si je ne me trompe pas. Pensez-vous que la musique doit rester un travail artisanal. Quelles sont les vertus de travailler avec un équipement minimal? La contrainte technologique est-ce quelque chose que vous appréciez?
Nous ne nous imposons aucunes restrictions. Nous essayons de nous amuser en faisant de la musique et en gardant le flot de travail homogène. Pour ce qui est de l’enregistrement c’est le résultat qui compte. il est vrai que nous utilisions des cassettes au début mais il n’y avait pas d’attitude derrière. Il n’y avait pas d’autres solutions, c’était une autre époque. Début 1997, nous avons commencé à enregistrer sur un disque dur, alors que l’environnement analogique en face restait inchangé. Ce qui est important c’est que la technologie ne nous domine pas.

Vu que cela vous prend un peu de temps pour sortir un album (trois albums en plus de vingt ans avec November Növelet), vous considérez-vous comme des perfectionnistes, ou êtes-vous plus instinctifs? Quel est le temps le plus court que vous avez mis à créer un morceau? Et le plus long?
Nous ne pouvons terminer une chanson si nous n’avons pas le sentiment incontestable de sa complétude. C’est un mélange des deux, la perfection et l’instinct. Certains pensent que nous allons chercher la perfection mais cela ne se passe pas ainsi. Si nous commençons à travailler, tout coule équitablement. Si tu prends en compte les albums de HA, ceux de NN, en plus des singles, les choses ne sont pas aussi clairsemées que si tu ne comptes que les albums d’un seul projet. Néanmoins, nous essayons d’aller plus vite et nous remarquons que nous sommes en effet plus rapides dans nos productions.

Votre esthétique est noir et blanc, avec beaucoup de nuances de gris. En quel sens pensez vous que cela révèle votre musique?
L’esthétique noir et blanc n’a aucune relation avec notre musique. Il est tout à fait imaginable pour nous d’en avoir une autre – peut-être même une esthétique colorée. Nous pensons que cela n’est pas important quant à la musique ou peut-être que ça l’est, mais nous ne le voyons pas. Notre design actuel a une longue histoire et s’est développé à une époque où personne n’utilisait qu’une seule couleur. Nous avons créé notre identité à partir de ce facteur, accompagné à notre préférence pour la photographie en noir et blanc en général mais sans qu’il y ait de lien à la musique.

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En écoutant The World in Devotion, deux thèmes principaux semblent dominer, l’amour et la mort (« Be Grateful to your Murderer », »He’s dying beside »), au final deux aspects fondamentaux de la vie, le début et la fin. Qu’est-ce qui vous obsède dans la rencontre entre Eros et Thanatos? Est-ce que cela fait partie de la démarche existentielle que vous avez développée avec le groupe (« We are in existence » est écrit en lettres capitales)?
Nous ne souhaitons pas fournir des explications détaillées car nous considérons que les paroles tout comme la musique sont une surface de projection, pour ainsi dire ce serait comme un terrain d’aviation pour les pensées personnelles de l’auditeur. Nous trouvons très intéressant ce que tu as vu dans les textes mais c’est un « logiciel libre » où on peut placer et remplacer les choses comme on le souhaite. Plus l’environnement est instable, plus tu rentreras apparemment en connexion avec notre langage musical. Nous commençons à le croire peu à peu au regard des e-mails que des gens très gentils nous envoient, en général pour dire que leur colis est bien arrivé et ils partagent leurs premières impressions d’écoute des nouveaux disques. A présent, au regard des actes terroristes commis à Paris, les gens semblent plus enclins à comprendre ce qu’il y a dans nos textes.

L’existentialisme est aussi lié à la notion de « angst », et il est intéressant que vous ayez choisi le terme « angst pop » pour décrire votre musique depuis longtemps. Bien sûr, le terme n’était pas nouveau, il venait de SPK au début des années 80. En quel sens pensez vous que cette « angst » colle à votre musique?
Nous n’y avons jamais pensé. Notre intention était de nous mettre à distance quant au terme « Industriel » car il était utilisé pour catégoriser tout un tas de musiques qui étaient très éloignées de notre définition de l’Industriel. Des mauvaises catégorisations et des interprétations fausses arrivaient souvent dans les années 90 ou même dans les années 80 jusqu’à aujourd’hui encore, c’est le cas pour l’Industriel plus que tout autre genre, selon nous. Angst Pop était un terme mystérieux et non codé en comparaison à Industriel. Nous considérons Angst Pop, en particulier au moment où nous avons commencé à l’utiliser, comme un non mot, une « coquille vide » qui était liée vaguement à l’Industriel, car cela venait de SPK. Personne n’a une idée claire de ce que l’Angst Pop peut être. Synth pop? Industriel? De l’Industrial avec un penchant Pop? Nous pensons que c’était aussi la motivation de Graeme Revell, de créer un nouveau terme pour se tenir à distance de l’ « Industriel » mais pour d’autres raisons. L’Angst Pop est un point de départ pour montrer notre attachement à nos racines industrielles, tout en insinuant en même temps un changement et une démarche … avec confusion, bien entendu.

Sur la couverture du nouvel album, vous avez choisi de représenter la pleine lune, qui a toujours été associée au féminin et bien sûr NN est la représentation de votre facette la plus féminine. A un moment de leur carrière, Coil ont utilisé le terme de « Moon Music » pour décrire une musique influencée par la lumière de la lune. Composez-vous plutôt à la nuit tombée? Les éléments naturels peuvent ils influer sur votre musique? En quel sens pensez-vous que cette symbolique de la pleine lune correspond à ce nouvel album et plus largement à NN?
Oh, ce n’est pas la Lune – c’est la Terre. Reconnais-tu l’Amérique du Sud? Peut-être qu’il faut être autiste pour le voir. Le cerveau s’attend à la Lune et n’interprète pas correctement ce que voient les yeux. Non, nous ne composons jamais à la nuit tombée. Nous dormons principalement la nuit. Les éléments naturels ont une influence indirecte sur notre musique. Nous aimons être entourés de nature et nous pensons que cela a un effet cathartique sur nous, cela nous rend (plus) clair et nous aide à nous relaxer, ce qui aide beaucoup pour se concentrer sur la musique.

Pour la première fois dans votre carrière, vous avez réalisé des vidéos pour deux des morceaux, et peut-être d’autres à venir. Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’illustrer votre musique avec des images animées? Il y a eu pas mal de vidéos faites par des fans au fil des ans, était-ce pour vous l’opportunité d’essayer un nouveau médium et l’avez vous apprécié?
Nous avons adoré faire les vidéos. Cela nous a rappelé quand nous avons commencé la musique. C’était très stimulant de travailler avec un nouveau médium comme la vidéo avec différents champs créatifs qui se mêlent. Nous avions peu d’exigence car nous étions très peu familiers avec cela, nous avons dû apprendre et notre équipement n’est pas super pro. C’était surprenant car les vidéos sont au final mieux que ce à quoi on s’attendait. C’était plutôt amusant d’en être satisfait plutôt que frustré, ce qui n’est pas inhabituel quand on crée. En tant que journaliste, tu dois le savoir. Cela faisait longtemps que nous voulions faire des vidéos car nous comprenons que c’est un des outils de promotion les plus efficaces et plus encore c’est une façon intéressante d’apparaître, de mettre en scène quelque chose. Cela a pris un peu de temps car un tournage vidéo est aussi un défi.
Oui, nous nous sommes rendu compte du nombre de vidéos de fans. Notre musique semble inspirer les gens qui construisent autour de notre esthétique. Est-ce qu’on les apprécie? Oui, ce sont pour nous des beaux compliments.

Pensez-vous qu’il y a des choses à faire avec le monde numérique de l’internet et quelle relation entretenez-vous avec lui?
Pour nous, Internet est une plateforme importante à nourrir de contenu, en dehors de cela nous ne voyons pas quelles choses créatives peuvent être faites avec cet univers numérique si ce n’est des concepts de business créatifs. Nous avons une relation d’amour/haine envers Internet. D’un côté il est possible d’atteindre un niveau d’indépendance qui n’a jamais existé à un tel niveau auparavant et en plus tu as la possibilité de t’adresser au monde entier, d’un autre côté, dans la réalité ce monde digital est en grande partie superficiel, il fait s’effilocher la concentration et détourne nos esprits de ce qui est fondamental.

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Dans ces vidéos, on vous voit danser, et bien sûr il y a un côté très dansant chez NN, même si cela est mêlé à des sentiments funestes de mélancolie. Y a -t-il des chansons qui vous donnent un besoin irrépressible de danser?
Je ne suis pas sûr que nous en ayons fait l’expérience. Nous dansons que quand nous prenons la décision de bouger notre corps, nous n’avons jamais connu de perte de contrôle par la danse jusqu’à aujourd’hui.

Y a-t-il beaucoup de morceaux qui sont laissés de côté quand vous travaillez sur un album?
Pas beaucoup, heureusement nous arrivons à créer des chansons efficacement pour NN.

Depuis vos débuts, vous avez utilisé un langage qui s’en réfère au spirituel, au sacré, à la dévotion… Il semble que NN soit plus porté sur cet aspect que HA. Est-ce une mauvaise interprétation de ma part?
Non, c’est factuellement vrai si l’on regarde les titres des albums et EPs, etc. Mais nous n’y pensons pas. Nous ne percevons pas ces détails. Parfois il nous semble que nos pratiques deviennent une démarche avec sa dynamique propre… alors nous laissons les choses aller.

Vous avez toujours travaillé en totale indépendance, produisant, distribuant, fabriquant votre propre musique, assurant le graphisme, etc. Ces autres aspects vous intéressent-ils, et êtes vous contents des choix que vous avez faits en termes d’autonomie?
Nous sommes libres d’agir dans des champs créatifs différents, ce qui nous rend heureux. Nous apprécions souvent l’avantage d’avoir un contrôle maximal. La contrepartie, c’est que cela demande beaucoup de tout assurer seuls et en dehors de la ligne créative, la sortie d’un disque et tout ce qui va avec exerce différents niveaux d’attraction. Néanmoins, nous nous sommes rendus compte très tôt que nous devions essayer d’établir notre propre clientèle pour être plus indépendant envers les distributeurs qui avaient un rôle plus important dans le passé qu’aujourd’hui.
Nous avons parfois essayé de déléguer le travail à quelqu’un ailleurs. Malheureusement, nous avons appris que la plupart du temps c’est plus rapide et efficace de faire les choses soi même, du moins pour ce qui est de notre stade actuel.

Vous semblez isolés tout en dirigeant un label sur lequel plusieurs artistes sont signés, et certains parlent de la famille Galakthorrö en raison des points communs entre les artistes. Comment arrivez-vous à trouver un équilibre entre l’isolement et les relations sociales de dirigeants de label?
C’est intéressant que tu penses que nous soyons isolés. Aujourd’hui tu peux rester isolé tout en étant patron de label. Cela ne nous pose pas problème d’écrire des e-mails, de partager des données. On peut vivre en Antarctique du moment que l’on a une connexion Internet.

Quel regard portez-vous sur le travail accompli avec le label Galakthorroe? Qu’en est-il de vos prochaines sorties et découvertes?
Nous sommes un peu fiers d’avoir atteint deux choses : tout d’abord d’avoir pu établir une identité sonore et visuelle, quelque chose que les gens reconnaissent et associent instantanément à Galakthorrö. Deuxièmement d’avoir pu élargir le nombre d’auditeurs fidèles au fil des ans. Beaucoup passent des commandes depuis nos tous débuts. Ils commandent sans pré-écoute et nous essayons de satisfaire leurs attentes du mieux que nous pouvons. Nous supposons que cela ne doit pas se produire tant que cela aujourd’hui, cette connectivité avec nos clients. Mais derrière tout cela, nous avons le sentiment que nous ne sommes qu’au début de Galakthorrö encore et toujours.
Les nouvelles sorties viennent de paraître. Le vinyle a été pressé en nombre décent mais a été en rupture de stock à Galakthorrö au bout de quelques heures. Peut-être que nous n’avions pas tiré assez de copies après tout, mais ce n’est pas facile d’anticiper correctement la demande. Cela dit, les disques ont été envoyés à de nombreux distributeurs, magasins et catalogues de ventes par correspondance donc les copies devraient pouvoir se trouver chez eux facilement.

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Votre background est dans l’industriel, la cold wave et le post-punk. Restez-vous attachés à ces musiques?
Oui, on ne peut échapper au style musical avec lequel on a décidé de grandir. En particulier si tu as été empli d’enthousiasme, tu n’as pas d’autre choix que rester obsédé par cette musique.

Quel est votre point de vue sur le monde musical aujourd’hui? Y a-t-il des artistes que vous appréciez (un son) en dehors de ceux signés sur votre label?
La musique mainstream s’est effondrée il y a longtemps. Si tu regardes une de ces très rares émissions télé sur le Top 100 dans les charts internationaux, c’est la preuve de la débâcle. On ne va trouver que la même chose, des productions de dance électronique similaires, des constructions pop sans âme, avec de rares exceptions. Nous pouvons comprendre que les jeunes cherchent avec insistance de la bonne musique, peut-être plus que jamais. C’est possible que ce soit un facteur déterminant quant à une alternative pour la musique car le secteur underground en comparaison au mainstream ne se porte pas si mal. Il y a de nouveaux labels et de nouveaux artistes qui contribuent à impulser de nouvelles idées, même le genre Post Punk Wave en bénéficie après une longue stagnation. C’est bien de voir que des jeunes gens continuent à aimer la culture underground d’une façon ou d’une autre. Malheureusement les circonstances font que nous ne pouvons pas trouver assez de temps pour écouter toute la musique que nous devrions écouter.

Votre musique a eu des échos dans d’autres sphères (je pense à l’album New York Rhapsody qui a été composé pour un défilé de mode). Avez-vous eu d’autres propositions de la sorte et seriez-vous intéressés pour travailler sur des bandes originales de film, de la musique pour des installations artistiques ou d’autres sortes d’univers? Avez-vous parfois trouvé des échos à ce que vous faîtes dans l’art des autres?

Oui, il y a des peintres qui nous écrivent par exemple en disant qu’ils s’inspirent de notre musique. Ils nous envoient souvent un lien vers leurs tableaux mais nous ne pouvons pas forcément détecter le lien. C’est différent des photographes car eux s’inspirent de notre esthétique noir et blanc bas de gamme comme point de départ pour leurs expressions artistiques, cela se reconnaît de suite.
En ce moment, nous souhaitons nous concentrer sur notre mission principale : produire de nouveaux albums et tout ce qui va avec. C’est bien assez pour nous.

Dernière question : l’exploration de l’obscurité est elle une expérience joyeuse?

Probablement oui, mais on n’en ressent pas tellement la noirceur quand on le fait.

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