Norma Loy – interview exclusive intégrale #28

06 Juin 16 Norma Loy – interview exclusive intégrale #28

Joli cadeau que nous font là Usher et Chelsea. Norma Loy vient de sortir Baphomet, chez Unknown Pleasures Records, un album fondamental pour comprendre ce que fut ce projet, ses origines, son passé, ses virages et son présent. Plus fort encore, le duo explicite ce qu’est le sens qu’il convient de donner à ce projet, tant politiquement que psychiquement. Une demande de leur part : ne pas scinder l’interview donnée en deux parties distinctes. Dans les pages de notre Obsküre #28, vous aviez une partie de ce très long échange. Cette fois, donc, ce ne sera pas un bonus, mais la reprise intégrale de la discussion. Un document qui fera date pour tous les archivistes et les nouvelles conquêtes.

Pourquoi cette figure de Baphomet ? Elle est à la fois l’une des incarnations possibles de l’idée de diable et, en inversant les lettres, le terme hébraïque désigne aussi la sagesse, comme si en se détournant du Bien, on obtenait la Sagesse. C’est très « black metal / sataniste » comme principe… C’est aussi un symbole lié aux Templiers. Laquelle de ces acceptations vous a guidés ?

Chelsea : Je tiens tout d’abord à lever toute forme d’ambiguïté sur notre positionnement philosophique et politique (donc moral), même si, comme je vais tenter de l’expliciter plus loin le terme de Baphomet porte en lui beaucoup d’antagonisme et de grilles de lecture possibles.

En premier lieu, nous n’avons bien entendu aucune affinité avec le black métal ni avec le satanisme tel qu’il s’exprime avec l’église d’Anton Lavey par exemple. Je sais que ces références sont fort prisées par des gens comme Boyd Rice par exemple dont je combats totalement les opinions et les provocations à deux balles. Ce milieu, lié à l’extrême droite et aux dérives fascisantes est à l’exact opposé de nos convictions. La spiritualité ne peut être d’essence totalitaire, c’est un non-sens. Nous combattons et dénonçons depuis le premier jour toute tentative d’emprise psychique et d’asservissement de l’être humain.

Il serait faux d’imaginer que les titres de cet album soient la conséquence d’un plan préétabli. L’image globale ne se révèle qu’à la fin et nous en sommes souvent les premiers étonnés. Il y a bien sûr des notes fondamentales et récurrentes : le contrôle des consciences, les différents niveaux de réalité, la question la souffrance, une certaine appréhension existentialiste ou paranoïaque du monde… Il reste cependant une large part d’arbitraire et la volonté de nous surprendre.

« Baphomet Sunrise » a émergé peu de temps après la parution de Un/Real, il n’est donc pas récent mais nous l’avons gardé à l’esprit et l’idée qu’il devait émerger s’est imposée à nous. Le texte est issu d’un rêve que je n’ai fait que retranscrire. Je suis très attentif aux rêves, certains sont le produit de mon inconscient, d’autres sont l’émanation « d’autre chose », et ne m’appartiennent pas en propre, ce sont des messages qui me sont donnés. Le rêve n’est qu’un des aspects du Réel, le Réel englobe toutes choses (le Un). Le Réel contient une infinité de réalités et le rêve permet d’accéder à d’autres fréquences de ce champ de conscience que nous nommons « notre réalité », cette réalité étant elle-même incluse dans le champ « réalité humaine ». Le rêve s’apparente à la magie et la magie est un déplacement de notre fréquence qui permet toutes sortes de connexions. Pour moi le rêve = magik. 

En lisant ce texte, j’ai cherché à comprendre de quoi il pouvait parler et pourquoi il me paraissait si important. Le terme « Baphomet » ne m’était pas très familier, je savais qu’il y avait un rapport avec les procès templiers et j’avais parcouru le livre d’Eliphas Lévi qui en donne l’illustration la plus connue, mais c’était ancien et pas très approfondi. Le texte de la chanson est très court et assez simple en apparence, je me suis attaché à le décrypter en me laissant guider par l’intuition et en effectuant des recherches. Outre le Baphomet, apparaissent le nom de Crowley, la notion d’ascension (sunrise), le chaos (Havoc), la sagesse (Sophia). Un autre terme qui ne m’avait pas interpellé a priori c’est celui de la tour qui apparaît dans la seconde partie de titre. Mon interprétation est celle-ci : Le Baphomet en soleil levant est une représentation ésotérique hermétique (Là-haut, comme ici-bas) qui exprime la nécessité (intérieure) d’unir les forces opposées (yin/yang) afin d’atteindre l’unité, l’illumination, qui sauvera ce monde de la perte. L’interne s’appliquera à l’externe. L’animal et le spirituel doivent s’unir dans l’harmonie. C’est un symbole du nécessaire équilibre. La figure de la tour renvoie à une carte du tarot (La maison Dieu) ; elle précise l’impératif de cette mise en garde : conflit (opposition). Le monde ancien, celui dans lequel nous vivons et qui est profondément malade, doit être détruit et il doit changer pour se reconstruire sous peine de catastrophe irrémédiable.

L’origine de ce nom est fort discutée, et au fond cela m’importe peu. Ce qui prime à nos yeux c’est la charge symbolique contenue dans le terme, qui est comme une entité vivante (et changeante) que l’on peut investir et rêver. C’est un mot opérationnel.

Autre fait marquant pour nous : la composition musicale a suivi le même cheminement, elle s’est mise en place pratiquement d’un SEUL jet, elle s’est imposée à nous. Elle évoque un temps indéfini, à la fois moyenâgeux et contemporain.

Baphomet s’est imposé à nous comme le titre de l’album, nous nous sommes contentés de suivre son impulsion.

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Les titres sont extrêmement parlants et se partagent en deux groupes cette fois-ci : les valeurs négatives et les pulsions positives. Avez-vous senti dès le départ cette ambivalence possible ou est-ce venu plus tardivement dans votre processus créatif ?

Chelsea : Ce qui est sûr c’est qu’il y a toujours présente cette notion d’ambivalence (c’est le cas de la figure du Baphomet). Rien n’est ni tout noir ni tout blanc. Ce que je peux dire c’est qu’il y a plusieurs groupes de titres, au niveau des paroles tout du moins. Certains parlent de la nécessité ou possibilité d’évoluer (« Baphomet Sunrise », « Apocalypse », « Kundalini »), d’autres d’espaces intérieurs plutôt mélancoliques (« Strange Summer », « Les Fleurs », « Love and Fears »…), de colère (« I hate your Heroin »), parfois ce sont juste des petites histoires ou des courts métrages plutôt (« Strangers in the Dark ») ou tout ça à la fois. Je ne me dis jamais : « Tiens je vais faire tel ou tel truc », positif ou négatif, ça vient naturellement, parfois très vite et dans d’autres cas il faut vraiment y passer du temps et ça peut s’avérer fastidieux avant que j’en sois satisfait et que cela s’accorde à la musique. D’ailleurs il arrive souvent que ce soit la musique qui déclenche une sensation qui se traduira par des mots, (et inversement).

Au niveau musical justement, on retrouve une grande variété d’approches, (électro, rock, indus, cold, post punk, ambiant) qui nous représente bien. Usher possède une large palette sonore et ses productions solos ont encore élargi ce champ et sa maitrise technique je pense. Nous espérons avoir réalisé une synthèse de notre univers sur ce disque tout en gardant une identité cohérente.

Les valeurs négatives dont tu parles se réfèrent-elles à une expression plus ou moins violente ? Cette ambivalence dont tu parles c’est certainement celle de l’état de l’être, de la lutte entre la pulsion de vie et la pulsion de mort, Eros et Thanatos. On peut aussi appeler ça de la frustration, elle naît de ce conflit intérieur. C’est une des raisons qui m’ont poussé à m’intéresser de très près aux pratiques sado-masochistes, cette relation ambiguë qu’il peut y avoir entre la pulsion de vie, celle du plaisir et de la jouissance, et la recherche de destruction. Moi, je ne suis pas nihiliste, je reconnais la portée de la violence, j’en recherche les causes et je voudrais l’atténuer. Je ne pense pas que l’homme soit violent par nature, mais parce qu’il porte en lui de la souffrance et de la frustration. Une transmutation de la haine en l’amour est possible. C’est un but alchimique, mais je suis encore très loin de l’objectif !

D’autre part nos chansons ne font souvent que refléter et mettre en exergue une problématique bien plus violente que notre musique, qui est celle du monde qui nous entoure et des forces de destruction qui sont à l’œuvre en ce moment même.

Les guitares sur « Freaks » sont encore une fois bien associées à la passion qui anime le titre. À quel moment interviennent-elles en studio ?

Chelsea : Le processus de réalisation de Baphomet a été inédit pour nous. Nous avons surtout fonctionné à deux, ce qui n’était le cas que sur la moitié des titres d’Un/Real. Nous avions testé un concert en duo à Genève, et ça fonctionnait très bien. C’est à cette occasion que nous avons capté une version live de « Je me rappelle » qu’on a failli mettre sur le disque mais que nous avons finalement ré-enregistrée. Nous sommes donc parti sur cette base beaucoup plus légère et pratique, avec l’idée d’utiliser au maximum les techniques digitales, le home studio et internet.

Nous avions à l’origine un titre live (« Je me rappelle ») une ébauche de « Baphomet Sunrise », des versions très frustres de « Strangers in the Dark » et « Freak » qui ont totalement bougé par la suite  ainsi que la version définitive de « Blue Moon » enregistrée dans le même studio que Un/Real. Nous nous sommes accordé deux week-ends prolongés de retrouvailles d’où ont émergé tous les autres titres, de façon presque incroyable en si peu de temps. Ensuite il a fallu affiner l’ensemble et tout a été réalisé en home studio et par des échanges internet. Ça a constitué un avantage, car pour la première fois j’ai pu passer le temps qu’il fallait pour obtenir ce que je recherchais sans les contraintes budgétaires d’un studio. Nous avons effectué les bases sur lesquelles sont venues se greffer la guitare de Mika (qu’il nous a fait parvenir d’Allemagne, sans que jamais nous ne soyons physiquement en présence) et la basse de Scavone H sur « Baphomet Sunrise » en re-recording chez Usher. Il y a aussi quelques interventions extérieures au niveau des rythmes et des machines. À propos des parties de guitare, je dois avouer que Mika m’a totalement bluffé par son jeu, particulièrement sur « Altamont ».

L’autre acteur important c’est Paul Fiction, qui, depuis Bruxelles a réalisé le mix, toujours via internet, ce qui a donné lieu à d’épiques chats quotidiens afin d’obtenir la coloration que nous souhaitions. C’est la première fois que nous procédions ainsi, et cette distance a constitué un gros plus. Le choix de Paul s’est avéré très judicieux, il a beaucoup apporté au résultat final. C’est une étape très délicate, c’est aussi celle qui a pris le plus de temps. Au final nous en sommes très satisfaits, ce qui est toujours difficile car nous sommes des control-freaks. Nous saluons aussi ici l’investissement réalisé par Pedro Penas Robles d’UPR qui a cru en ce projet et nous a apporté son soutien.

Usher : Mika est intervenu après que j’ai enregistré les versions instrumentales des titres. Son apport n’en a pas moins été décisif, et pas seulement s’agissant des seules guitares.

S’agissant de Paul, nous l’avons choisi conjointement avec Pedro, notamment parce qu’il avait, quelques semaines plus tôt, mixé l’album d’Adan & Ilse, Chirurgie Plastique, et j’avais particulièrement apprécié son travail à ce moment-là. Dans un premier temps nous avions commencé le mixage avec quelqu’un d’autre qui ne parvenait pas à comprendre notre vision globale, ce que Paul a saisi presque immédiatement, tant nos backgrounds sont proches.

« Kundalini » est rampant, est-ce que lors de son interprétation vous allez visualiser ce serpent d’énergie vitale qui remonte le long de la colonne ? J’aime le son des percussions qui accompagnent cette élévation.

Chelsea : « Kundalini Rising » est complémentaire de « Baphomet Sunrise ». Ces deux titres sont totalement liés. Selon Eliphas Lévi, la description de Baphomet comprenait plusieurs symboles faisant allusion à l’éveil du kundalini – « la lovée » – qui conduit au bout du compte à l’éveil de la glande pinéale, (le « troisième œil »). Le Baphomet, réalisé dans son union des contraires, doit permettre cet éveil. L’énergie de Kundalini est en nous, elle est symbolisée sous la forme d’un serpent qui réside dans le centre subtil de la base, situé au bas de la colonne vertébrale. Cet intérêt pour Kundalini remonte en fait à la sortie de l’album Rebirth ou une âme charitable m’avait prêté un livre traitant du sujet et qui racontait l’expérience d’un quidam qui subissait les effets de cet éveil sans en connaître la cause. Voilà en effet encore un sujet ambivalent, car le déclenchement de cette énergie transcendante, si elle n’est pas accompagnée de clairvoyance et de compréhension, peut s’avérer une torture pour qui en subit l’action. Cette thématique qui était restée en sommeil a finalement émergé avec Baphomet, qu’elle vient compléter. Musicalement, l’ambiance, très expérimentale, intègre une bande de boucles et de percussions tibétaines enregistrées justement à l’époque de Rebirth sur un vieil enregistreur à k7. J’aime beaucoup les sons qu’Usher a injectés et qui rendent bien l’idée de progression.

Usher : le beat de « Kundalini » est une sorte d’algorithme ralenti dont les lents crissements évoquent l’aspect rampant, reptilien du titre lui-même, et il vient s’enrouler autour des percussions non électroniques utilisées auparavant (tambours, os, etc) procurant ce sentiment d’élévation.

Comment le spirituel a-t-il évolué au sein de l’entité Norma Loy ? Des altercations mentales au pouvoir de l’esprit, c’est un parcours, un dévoilement des perceptions qui est également en jeu, non ?

Chelsea : Il n’y a pas de réalité, il n’y a que des points de vue. “Death to the LowWorld !” Notre discours n’a que très peu changé au fil du temps.

Cette spiritualité reflète l’antagonisme supposé Corps/Esprit. La déstructuration de la forme et du sens, leur dissolution, provoque un court-circuit profitable, car ils permettent d’élargir considérablement un champ d’interprétation et de compréhension autrement impossible sinon difficile d’accès.

Je ne suis ni matérialiste (je ne considère pas que l’esprit est un produit corporel, ni le corps une machine), ni partisan d’une doctrine dualiste séparant esprit et matière. Je prends le parti du spiritualisme et c’est dans ce champ que je tente d’inscrire ma représentation, (peu importe la forme qu’elle peut bien prendre). Cette position métaphysique pose la question de la substance. Certaines théories développées par la physique quantique postulent une réalité non locale où l’univers tout entier contribue à l’apparition de chaque événement, il peut être conçu alors comme une grande pensée, une vibration globale dont nous serions une des formes de la manifestation. Dans cette posture, la problématique corps/esprit ne peut plus se poser dans les mêmes termes.

Seule la puissance de l’ego nous aveugle et entretient en nous l’idée de permanence, nous maintenant dans une trajectoire qui semble apporter de la cohérence. C’est là ma position actuelle, mais je reste en questionnement permanent.

Cette philosophie se retrouve bien entendu dans certains aspects de la production de NL, mais il y a bien d’autres aspects beaucoup plus triviaux, dont l’amour du rock’n roll et de sa diverse descendance. Sauvage ET méditatif.

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Le chant en français rehausse des titres comme « Flowers » ou le très beau « 13 Novembre ». Le choix d’un spoken word ou d’une déclamation plus mesurée témoigne-t-il d’une certaine appréhension quant au maniement de cette langue ?

Chelsea : Nous avons écrit et composé « 13 Novembre » trois jours après les attentats de Paris. Nous l’avons improvisé piano et voix. La première version était la bonne, et nous avons tenu à garder cet aspect très dépouillé. Il se trouve que j’ai eu à traiter les images de plusieurs victimes de cette violence inqualifiable, c’était d’une très grande tristesse et très dur émotionnellement. Pendant le mixage à Bruxelles, d’autres fous sont passés aux actes dans cette même ville et c’est un véritable cauchemar. Je hais les religions, toutes les religions ne sont que des organisations d’emprise, elles visent au contrôle et à l’embrigadement. C’est un prétexte bien utile pour dédouaner les faibles d’esprit de leurs actes et des conséquences de ceux-ci. La spiritualité n’a que faire des organisations religieuses.

Pour en revenir à l’utilisation du français, je suis très heureux d’avoir pu proposer trois textes dont je puisse être fier et qui ne me paraissent pas ridicules. J’adore pourtant la langue française, tellement plus riche dans l’utilisation que je peux en faire mais si difficile à faire sonner (pour moi). C’était donc un défi à relever dont je vous laisse juges.

« Les Fleurs » est un poème, le lire était une évidence, je rappelle d’ailleurs à ce propos que nos premières interventions (en 1978 !) consistaient en des lectures publiques de nos fascicules de poésie sur un fond bruitiste de synthétiseur monophonique, ce qui provoquait irrémédiablement l’ire d’une partie du public et l’approbation de quelques jeunes filles en fleur.

« Je me rappelle » traite justement de cette époque, celle de notre adolescence troyenne, à Usher et moi. Nous étions dans la même classe de lycée, et nous passions notre temps à écrire des textes surréalistes ou en cut-up que nous vendions à la criée dans la rue, à nous défoncer et à faire beaucoup de bruit au sein de Metal Radiant, notre duo punk noisy. Juste dans la foulée, nous avons changé le nom du groupe en “Coït Bergman” et nos pseudos en Usher et Chelsea,  troqué la guitare saturée contre un orgue, un synthétiseur et une boîte à rythme, après avoir écouté Suicide acheté par hasard lors d’une virée à Londres. Ce titre est donc un juste retour aux sources ainsi qu’un hommage à Alan Vega/ Martin Rev (« I remember ») et à Georges Perec dont le livre Je me souviens était paru un an avant notre premier concert en tant que Coït Bergman à la bourse du travail de Troyes. C’est aussi un morceau sur le temps qui passe, il exprime une nostalgie certaine. Il nous reste notre expérience et surtout nos convictions, toujours intactes, elles.

« Je me rappelle » du fait de son retour aux sources, est-il en quelque sorte un morceau fétiche au sens animiste (pouvoir) ou même psychologique (excitation) ?

Usher : « Je me rappelle » est un titre incantatoire qui condense toute notre histoire tant musicale qu’intime. Les paroles évoquent des moments particuliers, des expériences particulières de la fin de l’adolescence entre nous deux, une origine commune. La façon brute de jouer les synthés rappelle aussi Coït Bergman, Suicide et le punk à la Métal Urbain.

En ce sens ce titre est à l’origine du projet tout entier. Lorsque nous l’avions joué à Genève tous les deux il y a quelques années il était déjà le germe de ce nouvel album, de cette orientation spécifique.

L’album Un/Real a -t-il relancé une dynamique pour Norma Loy ?

Chelsea : Certainement, c’est l’album des retrouvailles. Je l’apprécie beaucoup. Je déplore le son qui n’est pas tout à fait à la hauteur du contenu. Je trouve que « Bleeding Death Angel », « Masturbation Machine » et « Dreamland » font partie de nos meilleurs titres. Il y a beaucoup d’audaces dans ce disque qui est passé relativement inaperçu dans le contexte actuel. Il mérite d’être écouté. Mais ce qui importe c’est l’avenir, c’est donc Baphomet qui tient ses promesses en ce qui me concerne.

Usher : C’est aussi un album où une nouvelle façon de composer s’est annoncée. Comme je travaillais depuis quelques années avec Die Puppe où l’électronique était primordiale, j’ai appliqué cette façon de faire avec Norma Loy, et toutes les bases ont été enregistrées chez moi, sur les séquenceurs logiciels que presque tout le monde utilise aujourd’hui.

Nous avions encore répété en groupe sur certains titres d’Un/Real, rien de tel sur Baphomet.

Usher, tu m’écrivais aussi que ce disque, Baphomet, c’était pour toi l’album « le plus achevé » que vous ayez produit. Qu’entends-tu par cette formule ?

Usher : En effet cet album me semble plus abouti au sens où Chelsea et moi avons travaillé longuement les sonorités mais aussi l’aspect conceptuel de l’album, lui donnant une cohérence que nous n’avions pas retrouvée depuis Sacrifice.

Par ailleurs, grâce à Paul Fiction, nous avons exactement trouvé le son adéquat pour chaque titre et pour l’ensemble avec une puissance et une précision que nous n’avons jamais eues.

Plus encore, nous avons, dans la composition, exploré des territoires nouveaux hérités de nos racines intimes mais complètement fondus dans ces titres. La pochette elle-même a été conçue en collaboration entre Chelsea et moi, et j’aime particulièrement le travail accompli en ce domaine, et la cohérence d’ensemble de Baphomet qui constitue une sorte d’univers à soi tout seul.

Pour préciser davantage le processus de composition de Baphomet, je dirais que, contrairement à ce que la première réponse de Chelsea pourrait laisser entendre, il n’a pas été conçu « d’un seul jet ». En réalité il y eut trois étapes distinctes. La première, au sortir de Un/Real, lorsque nous avons enregistré, dans le même studio, « Heroin » et « Blue Moon », « Baphomet » ayant déjà été joué lors de la tournée suivant « Un/Real » et « Je Me Rappelle » peu après. La seconde lorsque, environ un an plus tard, sur des bases ébauchées sur le séquenceur, nous avons structuré « Apocalypse », « Freak », « Strangers in the dark » et « Fleurs ». Et enfin la dernière étape fin 2015-début 2016 où, sur des instrumentaux déjà très élaborés, nous avons enregistré « Altamont », « Kundalini », « 13 novembre », « Golden Fish », « Strange Summer » et « Love and Fears ». Cette dernière étape fut la plus importante car nous avons quasiment refait toutes les voix de tous les morceaux de l’album chez Chelsea, de même que la plupart des instruments chez moi, ainsi que les parties jouées par Mika à Berlin et Duisburg. 

« Blue Moon », de Billie Holiday, est un choix surprenant et merveilleusement interprété. Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous lie à cette chanteuse ?

Chelsea : « Blue Moon » est une chanson très ancienne composée en 1934 par Richard Rodgers et Lorenz Hart. J’adore tout simplement Billie, surtout les grands albums détruits de la fin de sa vie comme Lady in Satin. Cependant ce n’est pas sa version qui m’a inspiré, mais celle d’Elvis Presley enregistrée en 1954 aux studios Sun. Je trouve sa version fabuleuse, et ce titre résonne en moi. Quand j’ai demandé à Usher d’en faire une adaptation pour nous, il l’a retranscrite parfaitement dans une optique “ballade à la Suicide” qui ne pouvait que remporter ma totale adhésion. J’aime chanter ce titre, c’est un vrai plaisir pour moi d’interpréter des ballades, ça me va au cœur, c’est une forme de blues.

 

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