Nikolas & Zeena Schreck

15 sept 11 Nikolas & Zeena Schreck

En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #5, www.obskuremag.net publie ces extraits inédits de notre entretien avec Nikolas & Zeena Schreck

 

ObsküreMag : Tout d’abord, laissez-moi vous dire que j’ai été impressionné par cette nouvelle édition du Dossier Manson longue de 1000 pages. C’est également un honneur que ce livre paraisse dans son édition française avant qu’il ne soit publié dans sa langue originale.

Nikolas : Je suis heureux que tu aies apprécié. Il y avait une méthode derrière la folie de le publier d’abord en français. Le public européen a toujours compris les nuances de mon travail bien mieux que mes compatriotes américains. Puis il y avait les nombreuses « connexions françaises » quant à ce dossier, commençant avec la naissance de Roman Polanski à Paris en 1933, une année avant la naissance de Manson. Et si le vieil ami de Polanski Voytek Frykowski ne l’avait pas suivi dans son exil français, le désastre lié au deal de drogue aurait-il eu lieu dans la maison de Polanski en 1969? Puis il y a Bobby Beausoleil, qui a mis la catastrophe en marche et que Manson appelait « Le Français ». Sur un plan plus personnel, je suis tombe dans ce trou à lapin qu’est l’affaire Tate-La Bianca quand j’étais à Paris, là où j’ai vu Le Bal des Vampires de Polanski en 1967. En regardant le film, j’ai été frappé par ce que je ressens à présent comme une prémonition étrangement inquiétante de ce qui allait se produire. Vingt-six années plus tard, l’acteur Ferdy Mayne, la star de ce film qui l’a amené à connaître ce réseau, nous a révélé à Zeena et moi-même quelques unes des circonstances cachées des assassinats de Cielo Drive, ce qui fut la genèse de ce livre. Aussi, Camion Noir s’inscrit dans la continuité d’une longue tradition de livres subversifs américains publiés en France avant qu’ils n’atteignent les rivages anglo-saxons. Cela remonte à Olympia Press.

Zeena : Sur un plan plus mystique, l’édition française a aussi été inspirée directement de la gnose de Seth. Nikolas avait l’intention initialement de sortir les éditions françaises et anglaises simultanément. En parallèle à la signature du contrat avec Camion Blanc, nous étions en train de négocier avec deux maisons d’édition de langue anglaise. Mais à un moment alors que nous correspondions, quelque chose d’étrange s’est produit pendant la création de la suite God Bless Charles Manson. Alors que je travaillais dans la chambre noire sur « You don’t see the light, » il m’est apparu évident que nous devions stopper les négociations avec les éditeurs de langue anglaise pour Le Dossier Manson. ce n’était pas une pensée rationnelle mais un « message » alors que les procédés chimiques étaient en route pour rendre lentement l’iconographie religieuse de cette pièce. C’était clair comme du crystal. Et je sais d’où cela est venu. Seth est le dieu de bien des choses. Il est connu comme étant le Dieu des Terres Etrangères et de la Souveraineté. Il est celui qui éveille et celui qui sépare. Il est le dieu qui rompt avec sa terre natale et qui est toujours en exil. Il est le dieu des oasis et des frontières. Il est comme Abraxas. Et Abraxas, comme on peut le lire dans Le Dossier Manson est celui qui a guidé Manson dans son propre combat souverain à travers les frontières de son esprit, dans les « couloirs de l’infini » – l’expression qu’il utilise pour désigner la prison dans laquelle il a été depuis si longtemps. Autre chose : dans la chambre noire, le seul éclairage est rouge. La couleur de Seth. Donc les conditions étaient mûres, le message était clair, et je l’ai reçu. Ce livre avait besoin d’être publié dans le monde tout d’abord dans une langue étrangère à celle de son auteur et à la langue native du sujet. Ainsi il gardera sa Souveraineté dans sa propre langue, libre des chaînes d’une censure potentielle ou d’un montage sélectif.

Nikolas, cela fait 25 années que tu travailles sur la cas Manson, que tu fais des recherches en essayant de savoir ce qui s’est véritablement passé. Où as-tu trouvé l’énergie et la volonté de travailler sur un tel sujet? Qu’est-ce qui t’as fasciné sur un plan personnel pour t’engager si longuement dans une telle histoire?

Nikolas : il y a eu de nombreux moments, alors que je regardais dans ce gouffre sans fin, où je me suis dit que je n’aurais pas l’énergie de continuer. Après le concert interdit de soutien à Manson avec Radio Werewolf en 1987, le premier Dossier Manson en 1988 et mon film Charles Manson Superstar en 1989, je pensais en avoir fini avec le sujet. Même si mon affection pour Charles, ma correspondance avec lui et mon soutien continuaient, j’étais devenu malade de voir la culture pop faire du profit sur son image. J’ai aussi réalisé que même si mon travail a pu éclairer certaines personnes intelligentes, il a aussi encouragé encore plus d’idiots à l’adapter comme un produit de consommation sous-culturel sans plus de profondeur qu’un tatou ou qu’un T-shirt. Dès que quelque chose de révolutionnaire devient un joujou à la mode, cela ne m’intéresse plus. Mais même après cela, des témoignages solides de chaque partie de l’univers de Manson ont continué à m’apporter des pièces inconnues du puzzle. Alors que ces indices augmentaient, j’ai vu que mon travail n’était pas terminé. Je me suis rendu compte que l’explication « copier-coller » que j’avais eue des meurtres et que j’avais accepté était toute aussi fausse que la théorie « Helter Skelter ». En 1993, un ami proche de Dennis Wilson m’a interviewé pour une émission surla BBC quant à la musique de Manson, et a confirmé mes soupçons quand il m’a révélé quelques informations personnelles sur l’affaire. Peu après cela, Zeena et moi même nous sommes liés d’amitié avec Ferdinand Mayne. Il nous a dit le rôle qu’avait joué un acteur dealer qu’il connaissait dans le meurtre de son amie Sharon Tate. Cela nous a mené vers le cercle fermé de figures hollywoodiennes qui ont brisé le silence sur ce qu’ils savaient. a partir de ce moment là, l’information est venue à nous. Cela a encore pris du temps avant que je n’accepte mon obligation morale à révéler la vérité sur ce qui s’est passé, une tâche qui a demandé un travail de détective faramineux. Pour ce qui est de ma fascination pour cette saga, je pourrais utiliser de belles paroles mais, pour dire la vérité, cela reste un mystère, même pour moi. Finalement, je me suis laissé prendre dans cette intrigue cosmique en raison d’anciennes connexions de karma qui demandaient à être résolues avec tous ceux qui étaient impliqués. En ce sens, écrire ce livre a été un exorcisme. Ou devrais-je dire un Texorcisme ?

Zeena, Le Dossier Manson essaie d’apporter de la vérité dans une histoire qui a été basée sur un certain nombre de mythes et de fantasmes. Peux-tu éclaircir le mythe sur les relations entre la famille Manson et l’Eglise de Satan? Etaient-ils juste au même endroit au même moment ou y a-t-il eu des connexions plus intimes entre les deux?

Zeena : L’histoire sur les supposées connexions entre Manson, Polanski et l’Eglise de Satan pourrait constituer un livre en soi. Et bien que je suis la mieux placée avec toutes les données pour écrire un tel volume, cela ne m’intéresse pas de tenter cet effort, donc cette réponse devra suffire.

Il est connu que mon père avait loué les services de Susan Atkins en tant que strip-teaseuse pour sa Witch’s Review à San Francisco. Les relations entre Bobby Beausoleil et Kenneth Anger, qui était très impliqué dans la vie de ma famille à ce même moment, ont été largement justifiées. Mais ces deux personnages ont gravité dans l’entourage de ma famille indépendamment l’un de l’autre. Et ces connexions brèves ont été faites avant que Atkins et Beausoleil ne rencontrent Manson. Même quand la nouvelle du meurtre de Hinman par Beausoleil nous est parvenue, par le biais personnel de Anger, nous n’avions pas connaissance du nom de « Manson ». Ce n’est que quand on a parlé de l’implication de Susan Atkins dans les meurtres de Hinman et Tate qu’on l’a reconnue et qu’on a entendu pour la première fois les médias parler de son supposé « gourou ». Mais nous avons juste assumés qu’elle était une de ces personnes à la dérive dans les années 60 qui passait d’un groupe à l’autre, à la recherche d’un leader.

Après que les médias aient dépeint Manson comme un leader de culte « sataniste », L’Eglise de Satan, avec son image publique pro-hollywoodienne et très « forces de l’ordre » en contre culture à la position contre-culturelle a eu besoin de s’opposer  aux meurtres et à ce que l’on a nomméLa Famille Manson.Il y avait aussi la crainte que quelqu’un lâche l’information sur le fait que Susan Atkins avait été impliquée dans un événement de l’Eglise de Satan, ce qui en termes de relations publiques aurait été un désastre où une époque où LaVey était au sommet de sa popularité. Du coup, LaVey a donné de nombreuses interviews en partie pour avoir l’opportunité de contrôler le dommage qui aurait pu arriver et éviter les accusations médiatiques de la culpabilité-par-association. De nombreux entretiens qu’il a donnés au début des années 70 et qui se trouvent dans mes archives soulignent la différence entre ce que représentaientla Famille Manson, et même les victimes – qu’il détestait pour leur « esthétique hippie » – en opposition à l’idéologie de l’Eglise de Satan. Même durant le procès de Manson, une des filles Manson avait écrit une lettre standard demandant de l’aide pour son cas à l’Eglise de Satan. Ma mère l’a cachée, ne voulant plus jamais en parler jusqu’à ce qu’elle rencontre Nikolas bien des années plus tard et qu’elle lui en donne une photocopie. Pour elle ce n’était qu’une « cinglée » de plus – avec écrit « ne pas répondre », ce qui rend évident le fait qu’il n’y avait pas de connexion initiale entre les deux groupes.

Sans aucun doute, le portrait inapproprié des médias quant aux meurtres de Tate et LaBianca comme un « rite » et la « Famille » Manson en tant que culte sataniste ont mené directement à voir non pas le satanisme tel que nous en faisions l’expérience, c’est-à-dire une fête de cocktail diabolique tendance Playboy-After-Dark mais plus comme quelque chose de dangereux qu’il fallait détruire. Au début des années 70, à l’époque où Helter Skelter est sorti, il y a eu un changement marqué dans les difficultés que rencontraient L’Eglise de Satan que ce soit sur le plan public ou privé en termes de harcèlement quotidien, de vandalisme envers notre maison, menaces de mort, lettres piégées, abus téléphonique, traque meurtrière, kidnapping, meurtre et menaces de viole envers ma soeur et moi-même, et des accusations de sacrifice, de meurtre, et ce qui deviendrait dans les années 80 la « panique sataniste ».

Donc il va sans dire qu’en 1969, L’Eglise de Satan, pour sa propre survie, s’est mise à distance de tout ce qui avait à voir avec Manson et ses associés. C’était un décret sans appel passé par le Pape Noir lui-même. Non, je ne plaisante pas, c’était très sérieux. En entretiens, nous ne devions même pas suggérer l’idée de flirter avec une association à la Famille Manson.La tentative de mon père de cacher qu’il avait connu Susan Atkins a réussie jusqu’à ce qu’elle l’écrive dans son autobiographie, ce qui a amené une nouvelle vague de problèmes pour L’Eglise de Satan. Tu noteras que même dans certaines des interviews que j’ai données avant ma rencontre avec Nikolas je me range à la ligne politique de mon père sur ce sujet. C’est ce en quoi L’Eglise de Satan était fermement Anti-Manson.

Mais cela a changé en 1988 quand Nikolas a contacté LaVey pour un entretien pour un livre qu’il écrivait sur le satanisme en général. Quand mon père a vu le traitement que Nikolas avait donné à un personnage notoirement insulté comme Manson dans Le Dossier Manson et a pris note de l’attention médiatique qu’on lui portait, j’ai vu l’attitude de LaVey envers Manson changer du jour au lendemain. L’ego du satanisme LaVeyain est réapparu et il a pensé, « s’il peut faire ça pour Manson, que pourrait-il faire pour MOI??? » LaVey a de suite présenté à Nikolas une carte de membre de L’Eglise de Satan d’un rouge vif et l’a proclamé « Agent », ce qui voulait dire simplement, « Je te flatte pour que tu écrives Le Dossier LaVey« . J’étais à Los Angeles à cette époque et j’ai entendu parler de cet écrivain qui était venu l’interviewer et qui avait écrit un livre sur Manson. L’année précédente, j’avais déjà commencé à remarquer que Manson et moi-même figurions dans les mêmes programmes télévisés, et je me suis demandé si Manson n’était pas aussi faussement représenté dans les médias que je l’étais. Je suivais la ligne de conduite que l’on m’avait dictée et ne parlais jamais de Manson dans mes interviews. Mais quand mon père qui était si férocement hostile à Manson m’a appelé à Los Angeles et m’a dit que je devais voir ce Nikolas dans une interview télévisée pour la promotion de son Dossier Manson, j’ai pensé que mon père était devenu sénile. Tu peux imaginer qu’après ce qui s’était passé auparavant, entendre ce soudain retournement de veste était un choc pour moi. Cela allait à l’encontre de tout ce qu’il avançait. Il voulait juste un livre similaire pour réhabiliter son image.

Il n’y a eu absolument AUCUNE connexion publique entre L’Eglise de Satan et Manson avant 1988, année où j’ai été invitée pour intervenir lors du rassemblement du 8/08/88 en tant que Grande Prêtresse de l’Eglise de Satan. D’ailleurs, il y a eu de nombreuses rumeurs selon lesquelles Anton LaVey aurait soit assisté soit participé à ce rassemblement. Disons le une fois pour toute, il ne s’est pas présenté cette nuit de quelque façon que ce soit.

Après que Nikolas ait fini le film Charles Manson Superstar, l’insistance de LaVey pour qu’un documentaire similaire soit produit sur lui, tout comme pour Le Dossier Manson, est devenue de plus en plus emphatique. Je laisserai Nikolas en décrire les détails sur un autre forum. Rapidement, une vidéo fut tournée et le début d’un documentaire Vidéo Werewolf comme Charles Manson Superstar sur LaVey a commencé. Mais LaVey avait rencu les conditions si intolérables que Nikolas a préféré mettre un terme à la production. En bref, c’était plus facile de travailler avec Manson qu’avec LaVey. A présent, vingt ans plus tard, le passé historique a été largement discuté. Certains aimeraient oublier que j’ai gardé tous les documents. On trouve des extrêmes des deux côtés avançant des versions largement différentes sur l’histoire révisionniste entre Manson et L’Eglise de Satan.D’un côté, nous trouvons la très facilement dégoutée Eglise de Saint LaVey des derniers temps qui croyait que « Manson = Nikolas Schreck » donc il ne devait être fait mention de Manson de quelque manière que ce soit. D’un autre côté, vous avez des fantaisistes comme ma propre progéniture, qui déclame avec ignorance ce qui leur passe par l’esprit dès que quelqu’un leur tend un micro, sans aucune preuve sur ce qu’ils avancent. Des gens comme cela, dont le besoin que l’on fasse attention à eux est si incontrôlé qu’il serait capable de bredouiller n’importe quoi, même si ce qu’ils disent est ridicule. Par exemple, le fils dont je me suis séparée est cité par des « auteurs » et des « journalistes » crédules quand il dit que Manson aurait co-fondé L’Eglise de Satan avec LaVey, Susan Atkins, Bobby Beausoleil, ainsi de suite. Et ces journalistes sans cervelle ne remettent jamais en cause ce fabuleux casting et le rapportent comme tel. S’ils cherchaient un tant soit peu, ils apprendraient que Manson aurait été bien incapable d’avoir aidé la fondation de L’Eglise de Satan en 1966 alors qu’il était incarcéré àla Prison de Terminal Island! Pas plus que Susan Atkins qui n’avait pas encore été employée par LaVey en 1966 et qui était trop occupée avec deux amants en commettant des vols à travers le pays. Cette forme de réécriture de l’histoire représente un autre extrême, mais vu comme les choses évoluent, faîtes-en ce que vous voulez.

Nombre d’entre nous ont lu pour la première fois sur le cas Manson à travers le livre Helter Skelter de Vincent Bugliosi, qui était bien entendu une histoire d’épouvante romancée qui n’avait pas grand chose à voir avec ce qui s’est réellement passé. Le Dossier Manson est une sorte de réponse à tous les mensonges qui ont été écrit dans ce livre. Nikolas, aujourd’hui Bugliosi est très âgé mais sais-tu s’il est au courant de tes recherches? Quel genre de réactions as-tu suscitées?

Nikolas : Voyant la réaction très violente qu’a eue Bugliosi lorsqu’un collègue l’a mis face aux nombreuses inconsistances de son Helter Skelter dans les années 90, j’ai décidé que ce serait une perte de temps de l’interviewer directement. Cela dit, au vu de mes critiques fréquentes de Bugliosi lors de mes interviews à la télévision et la radio américaines à la fin des années 80, je suis sûr que certain aussi concerné par sa « bonne réputation » que Saint Vincent est au courant de mes accusations. Quelques unes de mes sources pour le livre ont été des détectives privés et des agents de sécurité qui ont travaillé étroitement avec Bugliosi durant le procès, donc ils ont dû lui mentionner mes recherches. Mais connaissant son mode opératoire, je suis sûr que Vince a préféré me ranger du côté des illuminés odieux du genre « disciple de Manson » ou « adepte de la théorie de la conspiration ». On lui a demandé de faire un travail et il a été joliment remercié pour cela. Je suis sûr que je ne l’empêche pas de dormir.

Un des points centraux du livre est que ce qui s’est passé à Cielo Drive n’était qu’une forme de vengeance entre dealers de drogue, et tout était lié à ce trafic et aux activités criminelles qui avaient lieu dans la maison. Du coup, quel a été le rôle de Manson dans tout cela? A-t-il vraiment joué un rôle? En d’autres termes, cet argument peut être perçu comme une provocation car certaines personnes peuvent penser que tu suggères que Manson était innocent.

Nikolas : Si je disais « 1 plus 1 est égal à 2″, certains diraient, « Allez, il recommence à faire de la provocation! ». Je n’ai jamais dit que Manson n’avait pas sa part de responsabilité dans ce qui s’est passé. C’est juste qu’il a joué un rôle relativement mineur, alors que Tex Watson, son supposé « disciple », a été le seul instigateur du carnage de Cielo Drive. Mon livre établit le degré précis de culpabilité de Manson et/ou son innocence non seulement pour l’assassinat de Tate, mais aussi pour les neuf meurtres pour lequel on l’a enfermé. Je limiterai mes remarques ici à l’incident de Cielo Drive vu que c’est ce que tu me demandes. Manson savait que Watson était rancunier vis-à-vis de Frykowski et Sebring  après qu’ils aient vendu à Tex et sa petite amie Linda Kasabian une solution défective de la nouvelle drogue MDMA et il savait que le couple avait l’intention d’aller à la maison de Polanski pour y trouver Frykowski et Sebring et leur voler leurs drogues cachées. Ce que l’on a caché au public, c’est que Manson, Watson et les filles étaient allés faire la fête de nombreuses fois à la maison de Cielo Drive, le mécène musical de Manson, Terry Melcher, y ayant vécu plus d’un an auparavant. Melcher avait même laissé Tex vivre dans la maison des invités de Cielo Drive avant que les Polanski aménagent, donc il n’y a rien de « fortuit » dans tout cela. Ce plan de vengeance et de vol était seulement du fait de Tex, Manson n’a ordonné le meurtre de personne, pour la simple raison que des cadavres de personnes que tu connais ont tendance à attirer les soupçons de la police, quelque chose que tout escroc compétent préfère éviter. Comme tu le dis, le fait crucial qui a été dissimulé à propos des meurtres Hinman, Tate etLa Bianca est qu’ils ont résulté d’activités mutuelles de deal de drogue de la part des victimes et des assassins. Il s’agissait de disputes typiques entre deux factions criminelles qui se sont révélées mortelles. Le seul rôle de Manson dans l’incident de Cielo Drive est qu’il a participé à la tentative désespérée d’effacer les preuves quand ce col de drogue routinier a mal tourné. Le rôle de Manson a donc été accessoire au crime, comme il l’a avoué lui-même. C’est une inculpation pour laquelle il aurait dû tirer de 12 à 18 années maximum plutôt que la prison à vie. Après son arrestation, on lui a offert la possibilité d’une sentence de dix-huit mois s’il témoignait sur ce qui s’est passé véritablement, mais il est resté fidèle au code criminel du silence. En effet, une raison majeure quant au fait qu’il soit toujours sous les verrous est son refus d’en parler. Les trois procès de Manson avaient des vices de forme qui se sont révélés fatals en raison d’erreurs judiciaires majeures et de la malfaisance aussi bien du côté de la défense que de l’accusation. En se basant juste sur ces technicités légales, y compris le fait qu’on l’a privé de son droit constitutionnel de se défendre, Manson aurait été libéré il y a des décennies de cela. Donc ce que j’établis dans mon livre est bien plus compliqué que l’innocence de Manson.

D’autres personnes ont parlé de ces abus de drogue au sein du milieu hollywoodien. Tu cites Michael Caine qui parlait d’une fête avec Manson et ses filles à la maison de Mama Cass des Mamas & Papas. Je pense aussi au film Mondo Hollywood dans lequel on voit Jay Sebring, Bobby Beausoleil et beaucoup d’autres qui sont mentionnés dans ton ouvrage, comme si toutes ces personnes avaient toutes un point commun: l’acide et le LSD. Comment décrirais-tu l’Hollywood de cette époque?

Nikolas : Une orgie psychédélique ininterrompue dans laquelle les drogues étaient fournis par le même syndicat mafieux dela Côte Est qui tenait les studios de cinéma et les compagnies de disques qui employaient les orgiastes célèbres. C’est un secret connu que la maison du 10050 Cielo Drive, dans laquelle le producteur Terry Melcher vivait et que Roman et Sharon Polanski loueront plus tard était le centre d’un cercle social adepte des drogues et des orgies. Cette fête sans fin s’est répandue jusqu’à la maison de Woodstock Drive où habitait Cass Elliott, chanteuse des Mamas & Papas, et la maison de Sunset Boulevard du batteur des Beach Boys, Dennis Wilson, ainsi que la villa qui appartenait à Elvis Presley. Cette scène incestueuse a battu son plein dès 1966, même si cela avait commencé avec les excès du rat Pack de Frank Sinatra. Un des fournisseurs principaux d’acide et la cocaïne pour cette clientèle exclusive était Jay Sebring, dont le salon de coiffure était une vitrine pour une entreprise de crime organisé fondée par une famille mafieuse du New Jersey. C’est dans cette situation déjà sauvage que Dennis Wilson a introduit son amant, ancien escroc et découverte musicale Charles Manson en 1968. Quand Wilson a présenté  Manson à son jeune ami et dealer Charles Watson and ses collègues du showbiz comme Terry Melcher, Sharon Tate, John Phillips, Mama Cass et l’agent immobilier Rudy Altobelli, la scène était dressée et les acteurs sélectionnés pour le bad trip qui allait avoir lieu un an plus tard. Comme mon livre le dévoile, un motif majeur derrière l’orchestration mensongère d’Helter Skelter par l’industrie du divertissement et l’établissement légal de L.A. était d’empêcher le public de connaître la vie privée des stars qui invitaient Manson et son cercle dans leurs maisons, leurs studios d’enregistrements ou leurs lits. L’oeuvre de Zeena qui accompagne le chapitre ”The Beverly Hillbilly” dans le livre capture l’esprit du Hollywood de la fin des années 60 bien mieux que des mots.

Tu as parlé d’une malédiction quant aux personnes qui essaient de trouver la vérité quant à cette affaire. As-tu rencontré des problèmes particuliers et été témoin d’événements magiques qui te font croire à une malédiction?

Nikolas : Je sais que cela peut paraître absurde à des matérialistes qui ne sont pas conscients du rôle que les forces spirituelles invisibles jouent dans nos vies. Mais l’expérience m’a montré que c’est un phénomène très réel qu’il faut prendre au sérieux. Contrairement à ce que l’on peut imaginer, je ne pense pas que ce pouvoir maléfique ait à voir avec Manson lui même. Il n’est qu’un nom dans la longue liste des personnes qui ont été menées à être impliquées dans cette affaire bien plus grande que lui. Un exemple de cette malédiction est la série presque incroyable de tragédies qui ont marqué la vie entière de Roman Polanski. Puis il y a Dennis Wilson des Beach Boys. quand il était ivre ou défoncé, c’et-à-dire très souvent, il parlait à ses amis des vraies circonstances des meurtres, rejetant la légende Helter Skelter comme des « foutaises » et suggérant qu’il avait sa part de responsabilité dans les crimes. Il menaçait d’écrire un livre qui dévoilerait toute la vérité. Je pense que sa mort par noyade a été une des conséquences de cette malédiction. Plus personnellement, un jour de l’été 1987, je rassemblais des documents pour le premier Dossier Manson. J’ai eu des problèmes à faire une copie du dessin du coroner quant aux blessures de Gary Hinman, qui montrait clairement comment son oreille avait été découpée par l’épée de Manson quelques heures avant que Hinman ne soit tué par Bobby Beausoleil. La copie ne marchait jamais. Du coup, je devais regarder l’image encore et encore. Cette nuit-là, j’ai été attaqué par des assaillants inconnus qui m’ont coupé l’oreille droite. Comme si cet avertissement magique ne suffisait pas, dès que je suis arrivé à l’hôpital, un travailleur social m’a dit que j’avais droit à une compensation financière du fond Doris Tate, la mère de Sharon Tate. Elle l’avait mis en place pour les victimes de crime violent à Los Angeles. Un magicien ignore de telles synchronicités évidentes à ses dépens. Au milieu des années 90, plusieurs journalistes d’investigation nous ont interviewé, Zeena et moi-même, quant à ce que nous avions découvert sur les faits cachés des meurtres. Aucun d’eux n’a cru Zeena quand elle les a mis en garde sur le fait que c’était un trou noir qu’il fallait approcher avec des précautions spirituelles. Quand ils ont fait des recherches sur ce que nous leur avions dit, ils ont été frappés de malchance subite, de violence inexpliquée, de maladie mentale ou physique et de catastrophe financière. Même quand cette nouvelle édition du Dossier Manson est partie à l’impression, un nombre ridicule d’obstacles en a reculé la date d’achèvement. C’est arrivé tellement souvent, à chaque fois que mon éditeur m’appelait pour me parler du dernier problème, il disait, « la malédiction Manson a encore frappée! » Après quelques décennies de ce genre de choses, tu as le sentiment que tu essaies d’ouvrir une porte fermée qu’un démon retient de toutes ses forces.

Zeena, il y a des liens entre ta propre histoire et l’histoire de Manson, et vous avez croisé vos chemins plusieurs fois. Que représente-t-il pour toi aujourd’hui?

Zeena : Je sens presque que je connais Charles trop bien aujourd’hui pour mettre des mots sur notre relation et les connexions bizarres que nous avons eues l’un et l’autre avant même de se connaître, il est comme le saint patron qui nous a réunis Nikolas et moi, et il a apporté tellement de choses formidables dans nos vies que les gens auraient des difficultés à imaginer. Pour cette raison, j’ai senti que je devais réellement me connecter à Charles et à la saga qui est devenue la malédiction de sa vie à travers une pièce artistique en neuf volets God Bless Charles Manson. Je sens que je connais cette personne d’une façon qui ne peut être décrite par les mots. Même quand je faisais la transcription de l’interview de Nikolas avec Charles pour le livre, en essayant de capturer chaque nuance de son langage spécial, je suis rentré dans son esprit et j’ai ressenti de l’amour et de la compassion pour lui. Beaucoup de gens qui croient comprendre Manson, parce qu’ils pensent qu’il est cool, intéressant, drôle ou « méchant », ne comprennent qu’une projection d’eux mêmes. Quand je me suis tourné vers mon travail artistique et que j’ai placé avec soin les détails de sa propre formule du positif et du négatif, lumière et obscurité, images-miroir, Abraxas comme la contre-force de toute dualité, je crois que j’en suis venue à comprendre Charles d’une manière si profonde qu’elle m’a fait couler des larmes alors que je travaillais sur ce projet.

Il a inspiré beaucoup d’artistes qui ont partagé le « cauchemar américain ». Pourquoi cette fascination pour Manson aux Etas-Unis?

Nikolas : La fascination culturelle pop pour Manson est inspirée essentiellement par les fantasmes fabriqués par Bugliosi plus que par l’être humain. Manson raconte la vérité quand il dit qu’il est un miroir dans lequel les gens voient ce qu’ils sont capables de voir. Nous devons séparer l’inspiration positive qu’il a exercé sur beaucoup de personnes qui l’ont rencontré durant sa phase d’avant la notoriété en 1967-69 de la légende qui l’a consumé après son arrestation. De son vivant, il est devenu autant un mythe que le sont le Roi Arthur ou Barbe Bleue. Et comme eux, le mythe n’a pas grand chose à voir avec la réalité historique. Quelques obsessionnels anti-Manson sont persuadés qu’il est Satan incarné. Ils sont indirectement excités par l’idée de pouvoirs hypnotiques tournant des « disciples » innocentes en esclaves du sexe et en criminelles lobotomisées d’étrangers pris au hasard. Quand je leur explique que ce n’est pas ce qui s’est passé et qu’il s’agissait d’une sordide histoire de vol de drogue, ils régissent avec la même indignation que les Chrétiens à qui on présenterait des faits qui mettent en doute la vérité absolue dela Bible. A l’autre extrême, il y a aussi les admirateurs fascinés par Manson qui croient naïvement qu’il est une figure du Père Noël sans défense, un Saint martyrisé par les porcs car il voulait sauver les arbres. Ces rêveurs tendent à nier son long passé criminel en tant qu’escroc, maquereau et dealer avec des liens avecla Mafia qui remontent aux années 50. Ils ne veulent pas que les détails compliqués des crimes fassent intrusion dans leur vision fantasmée et simpliste. Quand les premières soucoupes volantes ont été « vues », Carl Jung avait théorisé sur le fait que l’humanité projetait les archétypes supprimés de toutes leurs peurs religieuses enterrées et leurs espoirs dans ces apparitions inexplicables. Manson, également, est un ovni qui touche une corde sensible dans l’imagination humaine. le mystère de la fascination que Manson inspire prend également ses racines dans la nature même du charisme, qui était originellement perçu comme un don des dieux. C’est pourquoi je prédis que dans les siècles à venir, on se souviendra de Manson comme d’une figure religieuse. Je dois signaler que personne n’est aussi stupéfait et amusé par cette curieuse fascination que Manson lui même, qui ma demandé récemment, « Comment ai-je fait pour avoir cette vie? »

Bien entendu, on se souvient de toi en tant que leader de Radio Werewolf. Musicalement parlant, sur quoi as-tu travaillé depuis tout ce temps? as-tu eu d’autres projets? Travailles-tu sur de nouvelles choses? Y a-t-il des projets de rééditions des anciens albums?

Nikolas : Mon premier projet musical post-RW a été complètement retiré du milieu sous-culturel bohémien dans lequel j’ai passé tant de temps. J’ai conçu, organisé et produit le premier album de Christopher Lee en tant que chanteur, un défi logistique et artistique intercontinental incluant de l’opéra, de la musique country et des comédies musicales de Broadway. Cela a ouvert les horizons musicaux de mon propre travail. Depuis, j’ai composé beaucoup de chansons et des pièces instrumentales plus longues, et à présent que j’ai terminé plusieurs livres à paraître, le premier étant cette nouvelle édition du Dossier Manson, je m’atèle à l’enregistrement d’un album solo. Oui, c’est très différent de Radio Werewolf, mais ma voix, ma préférence pour le clavier et mon penchant pour les tons mineurs offrent probablement une continuité à ce que je faisais avant. On nous demande souvent d’enregistrer de nouveaux morceaux avec Radio Werewolf, ou de faire une tournée « come back ». Revenir en arrière ne m’intéresse pas du tout, donc cela ne se fera jamais. Mais comme de nouvelles générations continuent à découvrir Radio Werewolf, nous avons accepté qu’il y ait une re-sortie de la bête de sa cage. Cela importe peu que Radio Werewolf ait disparu du champ de bataille il y a si longtemps. Nous recevons encore des courriers adressés à « Radio Werewolf » comme si c’était toujours en activité. Le monstre de Frankenstein qui s’est échappé de notre laboratoire vit à présent une existence posthume indépendante de ses créateurs.

Le groupe était difficile à classer. Dans sa première période, c’était encore très rock, avec une théâtralité proche de la batcave (la chanson « 1960 Cadillac Hearse »), puis il y a eu une phase plus magique et dark ambient (The Lightning and the Sun) et finalement une période plus spoken word, avec des sermons basés sur un accompagnement minimal d’orgue et de percussions. En regardant en arrière, est-ce que le message était plus important que la musique elle-même? Te considérais-tu comme un musicien ou plus comme quelqu’un avec une mission spirituelle et un message à dire?

Nikolas : Quand j’écris un morceau, je ne pense pas au genre auquel on va l’associer. J’ai été condamné aux ghettos gothiques et industriels, mais aucun des dix musiciens qui ont officié dans Radio Werewolf, moi y compris, n’était intéressé par ces styles musicaux. Le « Werewolf » (loup-Garou) dans Radio Werewolf fait référence aux changements de forme inhérents à la lycanthropie. C’est pourquoi j’incarnais une personne différente à chaque performance ou enregistrement, tout comme nous utilisions n’importe quelle forme musicale du moment qu’elle collait au sujet, au lieu de nous limiter à un mode de composition. par exemple, dans la première période de RW, « 1960 Cadillac Hearse » tire son inspiration des airs de hotrod des premiers Beach Boys et des disques de récits d’horreur à l’eau de rose des années 1964-65 sans aucune trace du son habituel pleurnicheur et suicidaire des groupes « goth ». Une pièce théâtrale comme « Triumph of the Will » aurait pu venir d’un cabaret ou d’une comédie musicale de Broadway et ne rentre pas dans les codes du genre gothique. Pour ce qui est de The Lightning and the Sun, il faut savoir que toute notre musique suit des principes magiques, y compris les chansons qui ne s’annoncent pas comme « occultes ». Je préfère l’expression allemande « Tonkunstler » ou « artiste sonore » à celle de « musicien ». La mention spirituelle que tu mentionnes était inséparable du véhicule musical qui la portait. Quand j’ai quitté les USA et que je suis parti en Egypte en 1983, j’avais l’intention de renoncer à la vie matérialiste et m’installer là-bas pour me dévouer à la maîtrise de l’art de la magie et de la méditation au sein d’une communauté d’âmes semblables. Mais j’ai reçu des ordres divins me disant de retourner à l’Ouest avec ce que j’avais appris et de confronter les forces de l’ignorance et de la répression directement au pouvoir du son. La musique et le message de RW étaient importants au même niveau, tout comme dans nos nombreux titres instrumentaux, où le son pur était le seul moyen de communication.

Love Conquers All reste mon album préféré de Radio Werewolf (en particulier des pièces comme ”Barbarossa” ou ”Heidentor”). Pensez-vous que vous étiez arrivés à la fin de quelque chose à ce moment-là et que vous aviez dit tout ce que vous aviez à dire?

Zeena : Pas une fin, mais comme la première partie Love Conquers All le symbolise, un nouveau départ. Quand nous avons enregistré cet album, nous en étions arrivés à un point où les performances rituelles de Radio Werewolf sur divers sites sacrés et magiques en Autriche et en Allemagne nous ont amenés à réaliser que ce que nous faisions étaient en train de muter en un phénomène strictement religieux. Après avoir eu des expériences initiatrices aussi intenses, cela change ta conscience et ta sensibilité spirituelle de sorte qu’il est impossible de revenir vers le marché musical grand public. Quand j’ai écrit les morceaux « Heidentor », « Barbarossa »,  « Pleasure Dome », « TWO », et « Luchorpan », j’utilisais la même expérience mystique sans âge qui avait inspiré quelques unes de mes musiques religieuses préférées comme Messiaen, Hildegard von Bingen, les Vêpres de Satie et ses compositions mystiques. Ces chansons marquent un tournant dans mon initiation qui me menèrent à finalement renoncer à la vie terrestre en général et à faire de mon développement spirituel ma priorité. Après que tu aies vu derrière la façade de la mise en scène, tu ne peux plus prendre la pièce au sérieux. En d’autres termes, tu ne peux revenir en arrière et retrouver ton ignorance, tu dois avancer.

Nikolas : Love Conquers All a été le point culminant dans le voyage des ténèbres vers la lumière. The Fiery Summons, comme son titre l’indique, invoque le Fenris Wolf, Abraxas, et les autres forces spirituelles requises pour le rite. Dans Songs for the End of the World, l’évocation de Ragnarok, le Crépuscule des Dieux, était l’acte de destruction nécessaire et l’ouverture d’un espace vide, la longue nuit de l’âme par laquelle l’initié doit passer pour renaître. Love Conquers All est l’aube d’une nouvelle création, l’élévation du phénix alchimique des cendres. Les trois talismans magiques, soniques et vinyliques sortis entre ces albums ont servi à sceller chaque étape de la transformation et d’augmenter les changements magiques dans le monde matériel. Cependant, c’était tout ce que nous avions à dire sur un plan public. Après que Zeena et moi-même ayons décidé d’arrêter les performances publiques et les conventions de l’industrie musicale après un rassemblement en Suisse, nous avons enregistré et joué plusieurs transmissions ésotériques de Radio Werewolf qui étaient juste disponibles pour les initiés qui avaient signé le pacte du Werewolf Order. Si nous étions restés dans les limites de la scène musicale alternative, nous serions devenus des ours dansants offrant ce qui aurait été compris comme une échappatoire divertissante. Nous avons donc créé un véhicule plus pur qui séparait clairement la spiritualité du show business.

A l’époque, il y a eu cette reprise surprenante de « These Boots Are Made For Walking”. C’était juste une blague ou quelque chose de bien plus ironiquement sérieux, avec un sens particulier?

Nikolas : ”Sérieusement ironique” est le mot juste. A ce moment-là, nous avions enduré des années de harcèlement policier et médiatique fondamentaliste chrétien de droite durant la chasse au sorcière qu’on a appelée la « Panique Satanique ». Nos albums étaient déclarés ”Jügendgefährlich” (dangereux pour la jeunesse) par le gouvernement allemand connu pour son manque d’ironie, dû à des commissaires culturels à la sensibilité ouvertement de gauche. Et notre réputation avait fait de nous ce que Zeena appelait « le groupe le plus interdit au monde », ce qui faisait que nos concerts se déroulaient comme des opérations militaires secrètes. Notre hommage à Sinatra avait un message codé plus profond, mais c’est aussi une auto-parodie assumée, une réaction envers la façon très sérieuse et lourde avec laquelle on nous regardait. Loki, un dieu central à Radio Werewolf, est un plaisantin, un comédien cosmique et cruel qui brise les frontières entre le rire, la moquerie et un comportement inapproprié. L’humour noir, le sarcasme et l’ironie ont toujours été essentiels dans Radio Werewolf. Mais étant donné que nous gardions des visages aussi dénués de rire que des cartes de poker durant la partie publique du rite, seuls ceux qui nous connaissaient bien captaient la blague. Comme pour notre chanson ”The Last Laugh”, l’humour peut servir un but terriblement sérieux. Ce qui peut sembler être une blague touche à des vérités secrètes d’une manière qu’une présentation plus sobre ne pourrait atteindre. En décrivant Radio Werewolf à une personne qui m’interviewait, j’avais cité la phrase d’un morceau des Bee Gees:”J’ai commencé une blague qui a fait pleurer le monde entier.”

Zeena : Sur un plan plus évident, mon enregistrement de « Boots » se moquait de notre image publique. Mais il y avait un sens particulier qui était communiqué par l’objet dans son entier. N’oublie pas que nous sommes des magiciens, et que chaque aspect de ce que nous publions porte un équilibre alchimique spécifique, du costume que j’avais dessiné et que je portais sur la couverture jusqu’au lieu précis où la photo avait été prise. Je peux dire que je travaillais sur l’énergie qui vient du fait de mêler une hypersexualité extrême avec l’humour et la peur. Mais comme pour toute magie, un talisman comme « Boots » atteint l’effet voulu sur un plan subconscient. Donc je trahirais le propos si j’expliquais « le sens spécial ». Un des problèmes avec le fait de télécharger la musique sortie originellement en vinyle dans une pochette c’est que la personne qui écoute n’a accès qu’à la chanson elle même mais sans le contexte nécessaire fourni par l’emballage. Quand l’enregistrement original a été conçu comme un objet d’art magique, et tu n’en entends qu’une distillation digitale des sons sans avoir l’image correspondante, du coup, le sens particulier se perd.

Zeena, je ne veux pas rentrer dans ta vie privée, je sais que ce doit être assez douloureux, mais tu as été la porte-parole de L’Eglise de Satan en même temps que tu étais impliquée dans Radio Werewolf, et tu es apparue dans de nombreux programmes télévisés et tu étais une sorte de « personne publique ».

Zeena : C’est vrai que j’étais une « personne publique » mais ce n’était pas mon choix. Dès ma naissance, mes parents m’ont utilisée comme un outil publicitaire pour leur numéro de cirque, au même titre que le lion de la famille, les objets fabriqués, les voitures anciennes, la Maison Noire et tous les accoutrements qui rendaient leur « spectacle » plus intéressant. Ils m’ont liée à leurs activités publiques depuis l’enfance, même avant que L’Eglise de Satan existe. A l’époque où je suis entrée à l’école, j’étais déjà connue comme le « vrai bébé de Rosemary ». La discrimination de la part des enseignants et des camarades de classe était mon ombre constante du moment où j’ai pénétré le monde structuré des écoles, des règles, de ce qu’il est bien ou mal de faire. Néanmoins, j’ai été élevée en croyant que c’était notre religion. Je le prenais très sérieusement et je demandais mon droit constitutionnel d’être libre d’avoir ma propre religion à l’école, car tant de personnes prenaient L’Eglise de Satan si sérieusement dans ses premiers jours. Nous ne savions pas que nous étions les poires de la farce auxquels le Grand Prêtre se référait quand il citait P.T. Barnum qui disait qu’une poire naissait à chaque minute. Nous ne savions pas que nous étions tous escroqués par le Grand Prêtre et sa partenaire de vie dont tout le monde pensait qu’elle était sa femme (ma mère). Et cette vieille parole disant que le sang est plus épais que l’eau n’est pas vraie car ils ont menti à leur propre sang autant qu’à leurs clients.

Apparaître dans des émissions télévisées a été le résultat d’un événement spécifique. En 1985, une émission sur l’actualité qui se nommait 20/20 a accusé La Bible Satanique d’avoir été responsable de mauvais traitements sur des enfants en garderie, de mutilations animales et de toutes les accusations avec lesquelles nous sommes familiers à présent – mais qui étaient nouvelles à l’époque. Je travaillais au Département de Santé et de Sécurité Environnementale à l’époque à l’Université de Californie. Avant la nuit où cette émission avait été diffusée, je n’avais pas de problèmes au travail. Seuls les amis proches et les collègues savaient qui j’étais. Mais le matin qui a suivi la diffusion de l’émission, des gens qui travaillaient là-bas sont entrés dans le bureau, une personne a demandé, « Quel est le nom de ton père? » Et j’ai su que cela allait être un cauchemar à gérer. J’ai appelé mon père et lui ai demandé quelle stratégie médiatique il allait suivre pour pallier à cette catastrophe. Aucune. Il n’en avait rien à faire. Cela ne le concernait pas. Et il n’allait certainement pas faire quoi que ce soit en public. Il avait admis que de nombreux médias l’avaient contacté mais il n’allait rien faire et attendre que ça se calme.  J’ai essayé de le convaincre que cela allait empirer s’il ne répondait pas et qu’il avait vraiment besoin de quelqu’un pour répondre aux accusations sinon son silence serait interprété comme de la culpabilité. Finalement, il a avoué qu’il n’avait personne pour s’occuper des interviews et des médias. J’ai offert mon aide temporairement jusqu’à ce qu’il trouve quelqu’un. je n’avais pas l’intention de faire cela de ma vie, j’avais d’autres projets. Après la troisième interview, sous mon nom il n’y avait plus écrit « Magistra » mais « Grande Prêtresse ». Selon moi, ma mère était la seule Grande Prêtresse, donc dans ma tête c’était une grosse erreur. Mais l’amertume de mon père face à ma mère qui le quittait était si grande que quand il a vu la légende, il était soulagé de voir quelqu’un faire quelque chose pour lui, ses mots exacts étaient, « Je ne vois personne d’autre ici qui fait quelque chose pour moi. Tu peux aussi bien êtrela Grande Prêtresse ». Donc de mai 1985 jusqu’à ce que je quitte en avril 1990, c’est ce que j’ai été. Et jusqu’à ce jour, je n’ai aucun doute sur le sang, la sueur et les larmes que j’ai versés en me dédiant à ce rôle et ce travail dans l’organisation. je regrette seulement que l’on m’ait menti depuis l’enfance sur ce qu’il en était vraiment et que ma nature dévouée soit gâchée par des ingrats qui m’ont manipulée tout du long. Ouvrir les yeux a été très douloureux, comme tu le soulignes, mais nécessaire.

Pour ce qui est de Radio Werewolf, il faut que je clarifie comment je m’y suis intégrée car il y a beaucoup de confusion sur les différentes phases de Radio Werewolf. Le rassemblement célèbre du 8/08/88 a été le seul moment où l’ancien line-up de Radio Werewolf et ce qui allait devenir le nouveau line-up ont travaillé ensemble. C’est la seule performance où Nikolas, le percussionniste originel Evil Wilhelm et moi même avons joué ensemble. Cela a été le point de transition ouvrant sur trois phases de Radio Werewolf: 1) la collaboration Nikolas Schreck/Evil Wilhelm, 2) Nikolas Schreck en solo (The Fiery Summons), et 3) la collaboration Nikolas Schreck/Zeena. Cependant, en mai 1988, j’étais allée voir Nikolas, Gisela Getty et NON jouer à Berkeley. Ce n’était pas véritablement une performance de Radio Werewolf. Mais Nikolas récitait la poésie de Ezra Pound sur les percussions Kodo japonaises de Gisela. J’avais un fort passé dans le théâtre avec un goût pour le surréalisme, Dada, l’Expressionisme mais aussi les drames helléniques antiques. N’ayant aucune connaissance des performances passées de radio Werewolf, j’y suis allée avec un regard vierge et l’aspect austère et rationnel du message m’avait beaucoup intéressée. je connaissais beaucoup de musiciens, et bien que je les soutenais en tant qu’artistes, je n’aurais jamais pensé avoir affaire avec eux professionnellement. cela ne m’intéressait pas. Et pour être honnête, si j’avais vu le précédent Radio Werewolf, je n’aurais pas souhaité faire ce genre de musique. Mais quand j’ai vu Nikolas seul sur scène avec l’accompagnement de Gisela, j’étais très impressionnée. Avec le recul, je suis très heureuse de l’avoir vu pour la première fois lors d’une rare occasion comme celle-là. Cela m’a donné l’opportunité de voir qui il était lui seul. Nous avons parlé d’autres performances que nous avions faites d’une nature similaire et de là a développé l’idée de faire quelque chose ensemble mais c’était encore trop tôt pour savoir que ce serait Radio Werewolf.  Peut-être quelque chose de différent, car les choses n’avaient pas encore fonctionnées comme du temps de la collaboration avec Wilhelm. Quand j’ai montré à Nikolas le travail artistique que j’avais fait pour une pièce qui se nommait « Bring Me the Head of Geraldo Rivera » inspirée par l’interview télé de Geraldo Rivera avec Manson datant d’avant ma rencontre avec Nikolas, nous avons commencé à planifier de faire quelque chose ensemble autour de cela, ce qui deviendrait plus tard le EP de Radio Werewolf du même nom. Donc ce n’est pas comme si Nikolas avait introduit sa femme dans Radio Werewolf, mais nous collaborions à parts égales. Que Wilhelm ait arrêté sa participation à Radio Werewolf a juste permis à Nikolas de continuer ce qu’il avait fait avec The Fiery Summons mais avec de nouveaux collaborateurs. Nikolas, moi-même et deux mois plus tard, Kirby, avons commencé à travailler avec plaisir et comme une unité quand nous avons enregistré Songs for the End of the World. C’est donc moi qui ait décidé de travailler avec Nikolas en tant que collaboratrice, et non pour donner un coup de main ou « faire les choeurs » dans Radio Werewolf. En fait, nous aurions fait un autre projet si Wilhelm avait continué avec Radio Werewolf. C’est une histoire de collaborateurs qui changent.

Je sais que tu as rejeté L’Eglise de Satan, ta famille et ce que tu considères comme des mensonges, mais penses-tu que ces pensées ont eu une influence sur les disques que tu as faits avec Radio Werewolf ou, au contraire, vois-tu les thèmes abordés par radio Werewolf comme plus purs, dénués de ces influences extérieures?

Zeena : Avant tout, j’essaie d’atteindre quelque chose de plus trans-personnel et religieux par la musique, même si le message n’est pas forcément apparent. Donc, non, mes expériences passées et mon éducation n’ont pas joué de rôle dans ce que j’ai apporté aux enregistrements de Radio Werewolf. Même ceux faits alors que j’appartenais encore à L’Eglise de Satan. Par exemple, quand je travaillais sur The Lightning and The Sun. J’étais dans un état d’esprit à l’antithèse des influences que tu mentionnes, non seulement sur le plan thématique mais aussi en traversant d’autres dimensions, et ce sentiment d’absorption que l’on peut avoir quand on travaille sur une composition dont on sait qu’elle nous lie à des entités et des forces célestes. Cela n’a rien à voir avec la vie personnelle et tes expériences humaines. Quand je crée de la musique, je travaille jusqu’à ce que j’atteigne le continuum mental éternel du « non moi », qui peut naviguer au sens le plus pur au sein d’énergies anciennes ou futures pour agir en tant que médium. J’essaie d’éviter ce qu’on appelle l’expression personnelle. Pour certaines personnes, cela représente la forme artistique suprême. Personnellement, ça m’ennuie. Même si cela peut avoir une fonction cathartique, et je crée occasionnellement des choses à cet effet dans le privé. Pour finir, et cela est sans doute dû à ma pratique spirituelle et à la méditation, s’il devait y avoir un sentiment de représentation dans ma musique de cette nature, ce ne serait pas entièrement personnel mais plus un état de pensée connecté plus généralement à la condition humaine.

Nikolas, ta vision des choses a-t-elle changé depuis la fin des années 80? Est-ce que tu assumes tous les propos que tu as pu tenir ou croire dans ta jeunesse?

Nikolas : ce que j’ai fait depuis prouve que j’ai renoncé à un bon nombre de choses que j’ai dites à cette période. J’ai toujours été d’admettre que je m’étais trompé et de changer ma pensée en conséquence. A la fin des années 80, j’étais un adorateur du Diable théiste, arrogant et vengeur, buvant du sang et avec des « visions de swastikas dans ma tête et des projets pour personne » pour citer le poète James Osterberg. Dans les années qui ont suivi, pour faire court, Zeena et moi même avons découvert que le Diable que nous pensions vénérer était en fait Dieu. Je sais que vous Français avez un problème avec Dieu depuis que vous avez coupé la tête de votre roi, mais encore un peu de patience. Après quelques errances dans les profondeurs confuses de l’occultisme organisé, nous avons fondé en 2002 le Mouvement de Libération Séthien comme un moyen de communiquer sa révélation. Un autre changement majeur a été de réaliser que l’Occident était spirituellement mort et que rien n’y ferait. Quand nous avons déménagé en Autriche, nous avons commencé à réincorporer des techniques de yoga orientales que nous avions appris adolescents dans notre pratique. Lentement mais sûrement, au fil des années, cela nous a mené à nous convertir formellement au Bouddhisme Tantrique, qui est centré sur le fait de générer la compassion universelle que nous dédaignions par le passé et aussi sur la dissolution de l’égo que nous vénérions par le passé. Cela ne veut pas dire que je nie à présent l’existence du Diable, quel que soit le nom qu’on lui donne. Mais à présent il est plus comme un vieil ami avec qui je n’ai plus besoin de raisons de garder le contact.

Quels souvenirs gardes-tu des échanges artistiques que tu as eus à l’époque de Radio Werewolf et de l’énergie qui vous habitez? Ressens-tu une certaine nostalgie? Ou au contraire penses-tu que tout cela n’avait été mené que par la colère et le dégoût du monde qui nous entoure?

Nikolas : Honnêtement, j’ai de bien meilleurs souvenirs des très appréciables échanges de fluides corporels plus que des échanges « artistiques ». Je n’ai pas de nostalgie pour les « bons vieux jours ». Je sais que nos activités à cette ère pré-virtuelle des plus intenses ont été sois idéalisées soir diabolisées à travers le brouillard de la légende. Mais quand je regarde en arrière, je vois que ma naïveté de jeunesse, mon idéalisme et ma pensée volontaire m’ont aveuglé vis à vis de la nature négative de la plupart des choses dans lesquelles j’étais impliqué. Et c’est terriblement douloureux de voir les erreurs de jugement que j’ai pu faire sur certaines personnes et en choisissant mes collaborateurs. J’ai des souvenirs positifs du travail créatif dans le studio d’enregistrement, sur scène ou sur l’écran, ce qui a perduré avec le temps et qui continue à inspirer nos admirateurs et à irriter nos détracteurs aujourd’hui encore. Et oui, radio Werewolf, en tant que créature née en l’année 1984, est été dirigé définitivement par ma colère et mon dégoût vis-à-vis des conditions grotesques qui régnaient dans l’Amérique de Reagan. Mais ma répulsion réactionnaire et destructrice envers l’époque était contrebalancée par un besoin créatif de fournir une alternative positive et une force de résistance spirituelle guerrière.

Quelle était ta relation à la performance publique en tant que leader de Radio Werewolf et au vu de tes nombreuses participations à des émissions télévisées? Quand on tape ton nom sur Internet, on tombe sur ces programmes TV, et un ami m’a avoué t’avoir découvert à travers ces émissions. Comment réagis-tu face à ça ?

Nikolas : Mes performances ses basaient sur la discipline du cérémonial magique traditionnel et sur mon expérience quand j’étais jeune dans le théâtre classique, le théâtre de l’absurde et les comédies musicales. Que ce soit àla TV ou en concerts, il s’agissait de rituels magiques publics. Une des règles indestructibles du rite, comme au théâtre, est de tenir son personnage et tu continues quel que soit ce qui se passé autour de toi, même si les rideaux prennent feu, les amplis explosent et si c’est l’émeute dans la foule. Il arrive souvent qu les gens me découvrent en regardant sur You Tube, et c’est une bénédiction mitigée. C’est intéressant quand des gens de l’ancien Bloc Soviétique, du Moyen Orient, ou d’Asie qui ne connaissent pas du tout mon travail antérieur me contactent pour partager leurs retours positifs. L’illusion d’immédiateté d’Internet en fait quelque chose de nouveau pour eux. La même chose se passé avec des jeunes enthousiastes de radio werewolf nourris à l’Internet, pour qui les années 80 et 90 sont de l’histoire ancienne mais qui sont encore plus fanatiques que les admirateurs d’origine. Et nous avons aussi gagnés plein de nouveaux ennemis, qui pensent avec tort que notre croisade télévangéliste satanique d’il y a plus de vingt ans continue à retranscrire notre pensée actuelle. La nature aléatoire, digressive et fragmentaire d’Internet prend des morceaux de données audio-visuelles et les met hors du contexte historique. Mélange ça avec une attention surchargée d’informations et sur plusieurs taches en même temps, qui ne peut se concentrer plus longtemps qu’un clic, et il est fort probable que la donnée qu’il va recevoir sera mal comprise à un niveau plus que superficiel. Quand quelqu’un regarde ces vieux programmes sur le net aujourd’hui, ils ne captent pas que quand Zeena et moi-même défendions nos croyances religieuses surla TV nationale au siècle dernier, nous ne procurions pas du divertissement. Nous combattions une menace très réelle de la part du mouvement politique Chrétien de droite déterminé à persécuter tous les occultistes et les religions minoritaires alternatives. Et Zeena avait commencé cette bataille seule quatre années avant que nous nous rencontrions.

Photo: Gisela Getty

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