Neutral Lies – Interview bonus Obsküre Magazine #15

05 Juin 13 Neutral Lies – Interview bonus Obsküre Magazine #15

Le nouvel album des synth-poppers français, Cryptex, sort sur le label renifleur du genre BOREDOMproduct, ardent défenseur de la pop synthétique d’hexagone. Le duo produit ici des mélodies pensées au gré d’une production affinée par BOREDOM. Inutile de dire toute la bien-pensance qui nous anime à l’évocation de pareille équipe, ce qui amène aujourd’hui www.obskuremag.net à publier les extraits restés inédits de l’entretien réalisé avec le binôme Nicolas Delbarre / Jean-François Dean pour Obsküre Magazine #15 (mai / juin 2013, en kiosques depuis le 9 mai).

Obsküre Magazine : Votre collaboration est ancienne et pose la question de la qualité du lien. Comment a démarré ce partenariat en amitiés et en son, sachant la pluralité des projets qui vous ont occupés respectivement depuis le début des années quatre-vingt, et le voyez-vous comme un phénomène immuable ou évolutif ? Est-il marqué, sur le plan du relationnel, par le calme ou par l’explosion ?
Nicolas Delbarre :
Notre première collaboration date de l’époque où nous nous sommes connus sur les bancs du collège, c’est dire si ça ne date pas d’hier. Les différents projets dans lesquels nous avons trempé étaient influencés par la dynamique de l’époque, ce qui explique aussi que nous ayons participé à des projets électroniques radicalement différents, mais ça nous a aussi ouvert l’esprit. Le phénomène a donc été évolutif car il a évolué logiquement avec nous au fil du temps. En revanche, le lien qui nous unit en dehors de la musique est quasiment comme nous : il n’a pas pris une ride… ou presque. Notre relation est plutôt apaisée. Elle nous ressemble, un calme apparent mais l’explosion n’est jamais bien loin – je parle ici à titre individuel et non pas l’un envers l’autre. Je crois que cette sensibilité commune a créé le ciment de notre relation amicale et de notre collaboration musicale.
Jean-François Dean : Effectivement, nous nous connaissons depuis l’âge de treize ans, époque à laquelle nous sortons de l’enfance et perdons peu à peu notre insouciance. C’est l’arrivée des premiers émois tous azimuts, d’un début de questionnement existentiel, et donc le point de départ de nombreuses expériences plus ou moins réussies. Du temps des sacs US, badges et tout autre attirail, non seulement nous étions sur la même longueur d’onde au niveau musical, mais bien que nous ne nous confions guère sur des sujets sentimentaux, la dérision et le second degrés nous liaient déjà beaucoup. On rit encore de cette période, des gens qui nous entouraient et des anecdotes pimentées de cet âge, un peu comme des anciens combattants… Il ne reste pas grand-chose de nos anciens projets musicaux, à part de bons souvenirs bien-sûr, mais je pense que c’est bien plus tard que l’on a ressenti le besoin d’essayer quelque chose rien qu’à deux, peut-être un peu frustrés que rien n’ait abouti réellement avant. La difficulté d’être plus que deux membres dans un groupe, – divergences, engueulades… – nous a certainement poussés vers une formation « less is more », et forts de nos ressemblances, le ciment a pris et durcit toujours, sans orage.

neutral-lies_1

Sur quoi se fonde la dynamique artistique de Neutral Lies ? Le résultat que vous obtenez est-il le fruit d’une opposition, chacun pouvant avoir sa propre idée du recours à l’outil ou du but à atteindre, ou voyez-vous Neutral Lies comme le fruit d’une unité de vision ?
Nicolas :
Cette dynamique repose sur des bases solides qui sont avant tout celles d’une sensibilité partagée, qui fait que parfois nous n’avons pas besoin de parler pour nous comprendre. C’est probablement pourquoi on nous demande souvent si nous ne sommes pas des frères – pour la ressemblance physique fortuite – ou un couple – pour la complicité. Mais il ne s’agit ni de l’un ni de l’autre… Nous sommes simplement deux êtres humains et amis qui ressentons beaucoup de choses de la même façon. Au niveau musical, nous sommes quasiment toujours sur la même longueur d’ondes, ce qui rend les décisions artistiques assez faciles à prendre car nous ne nous sommes jamais retrouvés dans une impasse au niveau de nos orientations. Il est assez amusant de voir que parfois, quand on doit faire des choix, sans même s’être concertés, nous tombons d’accord presque immédiatement. Donc pour cela oui, Neutral Lies s’apparente à une unité de vision sans opposition mais où chacun trouve naturellement sa place sans ordre établi et sans rôles définis et imposés. Les choses se sont toujours faites naturellement. Par exemple, certains morceaux sont composés par Jean-François et d’autres par moi, mais franchement je ne me verrais pas sortir un album avec des titres uniquement faits par moi-même. Jean François a dans ses compositions quelque chose que je n’arriverais jamais à réaliser moi-même ou à reproduire mais qui, bizarrement, me ressemble et me transporte. Cette touche spécifique me manquerait si j’avais à écrire une album complet seul.
Jean-François : C’est vrai que malgré notre différence dans la façon de travailler, je considère que Neutral Lies est une entité, il n’y a pas de tâches définies et je pense qu’on travaille au coup de cœur. Au niveau purement musical on peut se présenter des trames plus ou moins abouties, mais dans lesquels ressort un « essentiel », alors on le garde et ça évolue. Il n’y a pas de fermeture et toutes les propositions sont les bienvenues tant qu’elles nous font vibrer tous les deux. C’est 99,99% des cas. Par contre, au niveau des textes, là c’est sans équivoque : Nico s’y colle ! Non pas que je n’aime pas écrire, mais il le fait de manière bien supérieure à tous points de vue, que ce soit au niveau du style que du thème – et ça colle toujours à la musique de parfaite façon. Je m’y range (sourire). Vision Unity !

neutral-lies_3

Le remix semble un de vos dadas et laisse augurer de votre « passion plastique ». La performance live sera-t-elle pour vous l’occasion de reproduire fidèlement les sonorités fixées récemment en studio ou comptez-vous réinventer l’album pour la scène ?
Nicolas :
Je ne pense pas que nous soyons un groupe féru de remixes mais lorsqu’on nous en demande un, on se prend généralement au jeu. Même si je me prête volontiers à cet exercice, le live est quelque chose de plus enivrant et qui nous permet de nous exprimer à fond. Lorsque nous jouons live nous offrons toujours des variantes aux morceaux de l’album : nous y ajoutons des sonorités et des lignes de synthé, et le chant se connecte alors à la présence scénique et peut être différent du son album. Nos lives ne sont donc jamais figés et s’appuient en plus sur de la projection vidéo qui vient épauler les morceaux et leur contenu. Nous sommes d’ailleurs en train de préparer le prochain live, qui marquera la sortie de l’album dans le cadre d’une release party. Rendez-vous le 22 Juin, plus d’infos suivront sur nos sites web.
Jean-François : J’avoue que le remix est un exercice plaisant, rien que pour le plaisir d’avoir la main sur un morceau qui n’est pas le nôtre, le remuer, ajouter, colorer… C’est très ludique ! Par contre pour le live, je crois que réinventer l’album est un grand mot mais il est sûr qu’au clavier, je vais jouer des parties qui ne figurent pas sur l’album, avec d’autres sons. Je ne vois pas l’intérêt pour le public de venir écouter l’album retranscrit tel quel en live. Ce sera plutôt l’occasion de faire vibrer les titres d’une nouvelle manière, sans non plus les chambouler de A à Z.

neutral-lies_cryptex

> SORTIE
– NEUTRAL LIES – Cryptex (BOREDOMproduct) (2013)
> WEB OFFICIEL
www.neutrallies.online.fr

Be Sociable, Share!