Morgane Caussarieu – Interview bonus Obsküre Magazine #15

01 Juin 13 Morgane Caussarieu – Interview bonus Obsküre Magazine #15

Morgane Caussarieu est de retour moins d’un an après son excellent roman Dans les Veines, mais cette fois-ci dans le domaine de l’essai. Fascinée depuis l’enfance par les écritures d’Anne Rice, puis de fil en aiguille par les rapports étroits entre vampirisme et Louisiane, elle publie Vampires & Bayous, un remarquable essai, formidablement complet et documenté, et en provenance du cœur. Voici quelques éléments pour compléter l’interview parue dans Obsküre Magazine #15 (mai : juin 2013, en kiosques depuis le 9 mai). Merci encore à Morgane pour sa disponibilité, et bravo à Patrick Imbert pour les photographies diablement fun qu’il a faites de l’auteur.

Obsküre Magazine : Dans l’essai, tu montres qu’Anne Rice est assez ambiguë sur la question de l’homosexualité. Entre sublimation et destin inévitablement tragique de l’inverti, que peut-on conclure ?
Morgane Caussarieu : Anne Rice a toujours oscillé entre fanatisme religieux et fascination pour la marge. Ses personnages osent tout, se permettent beaucoup d’excès – inceste et pédophilie – mais sont souvent punis pour leurs actions. L’œuvre d’Anne Rice a beaucoup évolué au fil du temps, et sa foi catholique retrouvée a fini par étouffer toute la rébellion des personnages pour les inscrire dans la norme, ce qui est bien dommage. La plume d’Anne Rice a perdu, à mon sens, tout ce qui faisait son sel. D’ailleurs, dans le dernier bouquin de la Chronique des vampires, Le Cantique Sanglant, Lestat, que l’on a toujours connu amoureux des hommes, devient hétérosexuel.

Que penses-tu de cette idée que le vampire resurgit toujours, massivement, aux périodes de crise ? Est-ce que l’archétype ténébreux du vampire ne peut s’imposer dans les arts que lorsqu’il y a « malaise général » ? À ce moment-là, le succès de Twilight, où le vampire symbolise les valeurs puritaines, s’expliquerait-il par une tentative de résolution de ce malaise ?
Je n’adhère pas vraiment à cette idée que le vampire ne marche qu’en période de crise. Le vampire marche tout le temps, et il continuera à marcher. Toutes les décennies, il se réinvente, à travers de nombreuses œuvres marquantes. Les gens adorent les vampires, et ils deviennent phénomène de mode à chaque fois qu’une œuvre originale et différente des autres sort et en entraîne d’autres à sa suite. Avouez qu’un vampire végétarien, puceau et mormon qui joue en plus les boules à facette au soleil, on n’avait encore jamais vu ça !

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Je me disais, récemment, que la décadence et la violence qui règnent dans ton roman Dans les Veines pouvaient représenter plus qu’une simple réhabilitation du vampire comme créature monstrueuse : justement, ne symboliserait-il pas, ce roman, le crépuscule du cycle vampirique, globalement très sage, dans lequel nous nous trouvons actuellement ?
En effet, il me semble que la vague Twilight a été exploitée jusqu’à la lie, l’écœurement, et qu’il était temps de proposer un bouquin qui détourne les codes de la « Paranormal Romance » pour les amener vers quelque chose d’autre, quelque chose de sombre, cruel, et sanguinolent à souhait. Mon but : rendre au vampire son essence perverse et marginale. Dans les Veines se situe dans la lignée de Laisse-moi entrer à ce niveau là, qui lui aussi propose une alternative à la guimauve Bit-Lit. Les deux bouquins ne sont pas révolutionnaires dans le sens où ils ne chamboulent pas totalement le mythe – comme c’était le cas d’Entretien avec un Vampire, Âmes Perdues ou Twillight – et ramènent plutôt aux buveurs de sang oubliés des années soixante-dix/quatre-vingt-dix, mais peut-être constitueront-ils une passerelle vers une nouvelle innovation, qui, je l’espère, enterrera les aberrations de Stephenie Meyer, jusqu’à ce qu’elles ne deviennent plus qu’une passade honteuse dans la longue existence des vampires.

Après avoir travaillé aussi intensément sur le Sud, est-ce que tu as envie d’écrire un roman qui y prendrait place ?
Oui, c’est d’ailleurs déjà fait. Mon second roman, qui sera aussi publié chez Mnémos, situe une partie de son action à l’aube de la Nouvelle-Orléans, alors que la cité n’était encore qu’un vaste chantier. Je me lance dans le Southern Gothic made in France ! Un récit qui flirtera avec le fantastique, peuplé de fantômes et de vampires, à la fois touchant et affreux, sur le malaise rural, l’enfance traumatisée et la perte de l’innocence. Parce que les gamins ne sont pas les anges qu’on imagine, mais de vrais petits démons…

Qu’est-ce que tu ferais en premier, si tu allais à la Nouvelle-Orléans ?
Après être passée à la pharmacie pour m’équiper de crème anti-moustique, j’irais m’accouder au comptoir d’un bouge du Vieux Carré, perdu dans une petite ruelle, et j’irais parler aux piliers de comptoir autour d’un verre, histoire qu’ils me racontent les anecdotes locales. J’aimerais beaucoup aussi assister à une cérémonie vaudou, mais une vraie, hein ! Pas l’attrape-couillon pour touristes.

En sais-tu plus sur la date de publication de ton prochain roman ? Peut-être que c’est top secret mais hein, je demande quand même, au cas où !
La date n’est pas encore arrêtée, mais il faudra attendre au moins 2014 !

Photo Morgane Caussarieu 3

> SORTIE
– MORGANE CAUSSARIEU – Vampires & Bayous (Mnémos, 2013)

 

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